Michel Bouquet: comment Macron a fait de l'hommage national aux Invalides sa spécialité

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Emmanuel Macron devant le cercueil de Jacques Chirac dans la cour des Invalides. - Lionel BONAVENTURE / AFP
Emmanuel Macron devant le cercueil de Jacques Chirac dans la cour des Invalides. - Lionel BONAVENTURE / AFP

Passage en revue des troupes, honneurs du drapeau et éloge funèbre. Aux Invalides ce mercredi, Emmanuel Macron va présider l'hommage national qu'il a choisi de rendre à l'acteur Michel Bouquet.

Pour sa première sortie officielle après sa confirmation à la tête du pays pour cinq ans de plus, le chef de l'État soigne le décor et les invités. Fabrice Luchini, Muriel Robin et Pierre Arditi vont prendre la parole tandis qu'Emmanuel Macron se réservera l'éloge funèbre.

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Première fois que le président fraîchement réélu retourne dans la cour d'honneur, septième fois qu'il s'y rend pour honorer la mémoire d'une célébrité. Douzième fois qu'il y préside un hommage national.

"Après des élections tendues, il s'offre ici un moment de concorde, c'est un peu son bouquet final", décrypte Stephen Burnard, enseignant et expert en communication, auteur de Vos gestes disent tout haut ce que vous pensez tout bas.

Bras ouverts aux "aimés des Français"

Pendant les cinq ans précédents, le président français a largement ouvert le Panthéon militaire construit sous Louis XIV à des civils qui partagent un point commun: l’amour que leur portent les Français.

Après Simone Veil qui a ouvert le bal des hommages nationaux le 5 juillet 2017, deux mois après le second tour de la présidentielle, l’espace central du site de l’Hôtel national des Invalides a vu défiler les cercueils de nombreuses personnalités issues du monde de la culture et de la politique. Une singularité de l'ère précédente avec laquelle le président renoue aujourd'hui.

Du côté des Arts et des Lettres, on peut citer l'hommage à l'écrivain et académicien Jean d’Ormesson, en décembre 2017, celui du réalisateur et résistant Claude Lanzmann, en juillet 2018, du chanteur Charles Aznavour, quelques mois plus tard en octobre ou encore celui du journaliste Jean Daniel, en février 2020 et enfin celui de Jean-Paul Belmondo, 9 septembre 2021.

"Il y a du 'en même-temps' macroniste dans ces événements. Le président transforme le lieu pour ouvrir les hommages aux civils issus de la vie culturelle. Un peu comme Napoléon finalement qui a détourné les Invalides de sa vocation d'hôpital militaire pour lui-même", constate l'historienne Isabelle Veyrat-Masson, politologue et directrice de recherche au CNRS.

Ces cérémonies moins habituelles se sont ajoutées pendant cinq ans à celles, plus traditionnelles, en hommage aux militaires français tombés au champ d'honneur, à son prédécesseur Jacques Chirac en septembre 2019 et au professeur d'histoire-géographie assassiné, Samuel Paty en octobre 2020.

En 2015, c'est le président Hollande qui lui ouvre la voie en étendant la notion de "mort pour la France" aux victimes des attentats terroristes du 13 novembre.

Rendez-vous populaire

Pour retrouver la première trace d'une célébration officielle à la mémoire d'une personnalité qui participe au patrimoine culturel français, il faut remonter à 1997. Le 30 juin, un hommage national est rendu à l'explorateur marin et homme de télévision Jacques-Yves Cousteau à Notre-Dame de Paris.

En mars 2012, quinze ans plus tard, a lieu celui aux Invalides -une première-, en l'honneur du romancier et correspondant de guerre Pierre Schoendoerffer. À cette époque, c'est le Premier ministre François Fillon qui prononce le discours. Un an plus tard, c'est au tour du Défenseur des droits et ancien journaliste Dominique Baudis de bénéficier de cet accueil dans le 7e arrondissement, sous l'œil attentif de François Hollande.

Disséminés avec parcimonie au fil des quinquennats, ces hommages dans le célèbre monument parisien se multiplient sous la présidence socialiste et deviennent presque systématiques avec Emmanuel Macron. Quitte à les promettre et les oublier, comme celui de Gisèle Halimi annoncé pour "début 2022" et remis pour l'instant aux calendes grecques.

Il faut dire que le président prise l'exercice. Cérémonieux, monarchique, solennel et dans un cadre exceptionnel, l'hommage national est une façon pour le maître des horloges de s'inscrire dans l'Histoire et de décider de ceux qui la font avec lui.

"Dans ce type d'événement, on retrouve l'entre-deux du président, entre l'immobilisme d'Hollande et l'agitation de Sarkozy. Il est dans l'action tout le temps, mais au moment de l'hommage national, il montre qu'il sait se poser", nous analyse Stephen Bunard, spécialisé en communication non-verbale, notamment.

Quand ils sont consacrés à des célébrités, ces cérémonies ont l'avantage en plus de flatter les électorats. Et permettent de créer des rendez-vous majestueux et imposants avec les Français tout en étant populaires.

Emmanuel Macron y montre un visage empathique et donne l'impression de prendre au sérieux l'émotion des gens. C'est aussi l'occasion pour l’amoureux des textes et des mots qu'il est de prononcer une allocution, de trouver le ton adéquat et de ne pas se limiter sur le nombre de signes.

Exercice de style

Pas question de laisser l'exercice à ses ministres, c'est lui qui discoure à chaque fois. Certains de ses éloges funèbres ont fait mouche, comme celui prononcé à la mémoire de Jean-Paul Belmondo.

Pendant treize minutes, le président fait une déclaration d'amour à la France en voyageant à travers le rôle de l'acteur -ou une déclaration à l'acteur en voyageant à travers la France. L'exercice de style est remarqué et sa formule "Belmondo, c'est un peu nous en mieux" émeut, même chez les critiques de l'homme politique.

876450610001_6271749071001 "On a un président littéraire. Cet exercice lui permet de renouer avec la nostalgie mittérandienne et de s'ancrer à gauche à un instant précis. Et en même temps, il y a quelque chose de l'acteur chez Macron. Il sait incarner expressivement les choses. Dans cet exercice, il sait montrer la justesse des émotions", précise Stephen Bunard.

En 2017, pour Jean d'Ormesson, il déposait selon les vœux de l'auteur un crayon sur le cercueil. Un clin d'œil émouvant et une image pour les admirateurs de l'écrivain. À chaque hommage, Macron cherche à créer l'union.

"Le président voit bien que ces hommages à des civils fonctionnent bien et reçoivent de bons échos", décrypte la politologue Isabelle Veyrat-Masson.

"Aux Invalides, ce n'est plus la guerre qui crée le sentiment d'appartenance à la France, mais c'est le bonheur et la joie que procure une chanson ou un livre. Être français, c'est aussi le plaisir. Ça rejoint le macronisme et sa vision positive du progrès", conclut-elle.

En pleine guerre ukrainienne aujourd'hui, on peut se demander si ce choix ne lui sera pas cette fois reproché. Quoiqu'il en soit, en investissant à nouveau les Invalides, Macron démarre son nouveau quinquennat avec ce qui a fonctionné dans le précédent.

Article original publié sur BFMTV.com

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