Michel Barnier peut-il vraiment passer d'outsider à favori du Congrès LR?

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Michel Barnier photographié en décembre 2020 à la Commission européenne.  (Photo: via Associated Press)
Michel Barnier photographié en décembre 2020 à la Commission européenne. (Photo: via Associated Press)

POLITIQUE - “Je suis à vélo d’habitude, ça va plus vite”. Brasserie Lazare, VIIIe arrondissement de Paris, mercredi 20 octobre. Michel Barnier, invité vedette d’une rencontre avec la presse organisée par l’Ifop, s’excuse de ce retard qui ne lui ressemblerait pas. Il sort tout juste de RTL, et les bouchons parisiens conjugués à la pluie d’automne ont eu raison de sa ponctualité héritée, selon lui, du temps où il fréquentait le champion olympique Jean-Claude Killy, à l’occasion des JO d’Albertville: “après des années de préparation, il est inconcevable de rater une course parce qu’on est en retard”.

Sur le circuit de l’investiture LR, il fut pourtant l’un des derniers à démarrer, annonçant sa candidature après Valérie Pécresse, Philippe Juvin et Éric Ciotti, alors que Xavier Bertrand continuait de jurer qu’il n’enfilerait pas le dossard d’une compétition interne. Un retard qu’il a depuis rattrapé, puisque le négociateur européen du Brexit est passé au fil des semaines du statut d’outsider à celui de quasi-favori, malgré une moindre visibilité médiatique en comparaison de celle du président des Hauts-de-France et de son homologue d’Île-de-France.

Prime à la loyauté

Cette stratégie de la discrétion était, à la rentrée, parfaitement assumée par son entourage, qui se plaisait à voir le négociateur du Brexit enchaîner les conférences prestigieuses à l’étranger pendant que Valérie Pécresse et Xavier Bertrand étaient tous les jours questionnés sur leurs rapports aux Républicains. Jusqu’à ce que les événements jouent en sa faveur. Car en choisissant le vote des adhérents, Les Républicains ont obligé les deux démissionnaires à revenir au bercail pour reconquérir le cœur de militants froissés par leur aventure en solo.

Pas Michel Barnier, qui répète à l’envi qu’il n’a jamais quitté le navire. “J’ai toujours été fidèle à ma famille politique que je n’ai jamais quittée”, disait-il fin août dans Le Figaro. Argument également martelé par tous ses soutiens. “Il est militant de notre famille politique depuis qu’il a 16 ans, et il a gravi tous les échelons un à un. Qu’il soit candidat de notre famille politique à l’élection présidentielle, c’est la suite logique”, estime Alexandra Monet, déléguée nationale des Jeunes Républicains.

Une prime à la loyauté terriblement précieuse dans le cadre d’un scrutin fermé qui, selon franceinfo, a connu récemment un couac. La radio a révélé ce jeudi 21 octobre que Michel Barnier n’avait pas renouvelé son adhésion entre juin 2018 et le 31 décembre 2019. Un trou qui pourrait s’expliquer par le contexte des élections européennes et d’un potentiel rapprochement de sa part avec La République en Marche.

“Une vaste blague”, pour l’entourage de l’intéressé, qui souligne que ce défaut de cotisations ne saurait remettre en question son engagement. “Il a plus de 50 ans d’engagement. Il faut voir sa carte, on dirait une relique. Il n’a jamais quitté sa famille politique, il a participé à Bruxelles à toutes les réunions du PPE”, poursuit-on de même source. En outre, ses soutiens veulent aussi y voir la preuve qu’il dérange. Auprès du HuffPost, une source LR voit dans ce coup de canif au storytelling de Michel Barnier “une manœuvre du camp Bertrand”, qui aurait tout intérêt à démonétiser l’atout maître de celui que Le Figaro dépeint en “Joe Biden de la droite” quand le président des Hauts-de-France peine à se départir de son image de déserteur.

”Mais ça peut être contre-productif, puisque tous les adhérents se sont retrouvés, un jour ou l’autre, dans une situation similaire avec leurs cotisations”, souligne cet observateur, qui compte plusieurs campagnes internes à son actif. D’autant qu’au-delà de son parcours au sein des LR, Michel Barnier a aussi l’avantage d’avoir évité, du temps où il jouait les entremetteurs entre Bruxelles et Londres, les intrigues internes. “Je reste un homme neuf, ce qui est un exploit à mon âge”, ironisait-il mercredi, conscient de la “marge de progression” qu’il lui reste à combler, lui qui souffre d’un déficit de notoriété auprès du grand public.

“Gueule de président”

En témoigne la dernière enquête Ipsos pour Le Monde, publiée ce vendredi. Le Savoyard recueille péniblement entre 8,4 % et 9,6 % des intentions de vote selon les configurations. C’est, à titre de comparaison, moins que ce que comptabilise l’écolo Yannick Jadot (entre 8,4 % et 10,1 % selon les scénarios), alors que l’offre politique à gauche est particulièrement morcelée. Mais pas de quoi décourager ses soutiens, qui misent sur sa “gueule de président” pour rattraper le retard. “Il a une allure présidentielle. Très grand de taille avec une carrure assez impressionnante. Ça lui donne un côté force tranquille, rassurant. Et ça marche plutôt bien chez les jeunes LR”, note Alexandra Monet, déléguée nationale des Jeunes LR, qui souligne également “l’expérience internationale” du négociateur du Brexit.

Un lieutenant du candidat abonde: “La hype Barnier, je l’ai vue venir au Parc Floral (lors de la rentrée des Jeunes Républicains, NDLR), où il a eu un accueil très chaleureux. Et puis il a un autre avantage, il s’entend bien avec tout le monde, ce qui n’est pas le cas des ses concurrents”. Une manière de souligner que Michel Barnier dispose d’appuis solides en interne, jusqu’au très influent Laurent Wauquiez.

Si le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes n’a pas officiellement apporté son soutien au Savoyard, il a récemment loué ce “grand monsieur” capable de “porter les couleurs” du parti de droite. Ce dimanche, Michel Barnier est d’ailleurs de passage à Grenoble, dans la région de Laurent Wauquiez. À l’inverse, Xavier Bertrand nourrit des relations très fraîches avec l’ancien président des Républicains, que certains considèrent comme “l’homme clé” de ce scrutin interne, en raison notamment de l’empreinte qu’il a laissée dans l’organisation de l’appareil.

“La machine est wauquiéziste”, admettait la semaine dernière un proche de Laurent Wauquiez cité par Le JDD. Une proximité qui renvoie (encore) à la fidélité revendiquée par Michel Barnier, et qui lui assure des soutiens de personnalités qui, à l’image de Nadine Morano, ont souvent eu la dent dure contre les “traîtres” qui avaient claqué la porte du parti ou de profils précieux, comme le financier Arnaud de Montlaur, très courtisé à droite et ancien soutien stratégique de François Fillon en 2017. Soit un autre outsider qui, en quelques semaines, était passé du statut de troisième homme à champion de sa famille politique.

À voir également sur Le HuffPost: Les trois volte-face de Xavier Bertrand sur le Congrès LR en dix jours

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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