Michel Barnier est-il vraiment un "paysan, montagnard" comme il l'affirme ? Voici ce que dit son passé

À plusieurs reprises depuis son entrée à Matignon, Michel Barnier a mis en avant son côté "paysan", "montagnard". Ce qui contraste fortement avec son passé.

Michel Barnier, alors député de Savoie,  dans la station huppée de Courchevel en 1985 (Photo by Laurent MAOUS/Daniel SIMON/Gamma-Rapho via Getty Images)
Michel Barnier, alors député de Savoie, dans la station huppée de Courchevel en 1985 (Photo by Laurent MAOUS/Daniel SIMON/Gamma-Rapho via Getty Images)

Il le répète à l'envi. Depuis sa nomination mercredi dernier, impossible de ne pas voir Michel Barnier aux mots "Montagnard" ou "Paysan". "J'ai le calme des vieilles troupes et des montagnards", rassurait-il il y a quelques jours, auprès de la Tribune du Dimanche. "Ne soyez pas impatients... Je suis un paysan, un montagnard, une étape après l'autre", répondait-il au sujet de la date de la formation du gouvernement.

Des adjectifs ou éléments de langage qui ne datent pas d'hier. Il y a 30 ans, alors que Michel Barnier était auditionné devant le Sénat comme ministre de l'Environnement, il évoquait déjà son "bon sens de paysan montagnard", et se revendiquait "montagnard" à plusieurs reprises. Pareil en 2004, pour évoquer l'élargissement de l'UE : "Dans ces derniers mètres avant le sommet, en bon montagnard, je fais pleine confiance à la présidence irlandaise, qui a su avec patience nous guider à cette altitude", lance-t-il alors qu'il est ministre des Affaires étrangères. Neuf ans plus tard, "c'est sobre, un montagnard", assume Barnier dans un portrait dressé par Libération.

Bref, Michel Barnier le répète depuis des dizaines d'années c'est un montagnard. Et ça marche, puisque l'adjectif est accolé à son nom année après année dans les médias.

Une métaphore qui peut parfois avoir un effet boomerang, puisque ses adversaires qui le surnommeraient "le crétin des Alpes", croyait savoir la presse suisse en 2017. Des expressions qui renvoient directement aux départements où il a grandi : l'Isère, où il naît, puis la Savoie, où il grandit entre Albertville et Bourg-Saint-Maurice. Pour autant, le parcours de Michel Barnier semble bien loin de celui d'un montagnard ou d'un paysan.

Son père, aujourd'hui décédé, était patron d’une petite entreprise locale et sa mère, également disparue, était une catholique engagée et féministe, qui avait fondé la Ligue contre la violence routière de Haute-Savoie après un drame personnel.

Rapidement, il prend la direction de Lyon pour le lycée, puis de Paris pour poursuivre ses études et intégrer aux cotés de Jean-Pierre Raffarin l’École supérieure de commerce de Paris, école prestigieuse considérée comme la doyenne mondiale des écoles de commerce et de gestion et dont il sort diplômé à 21 ans.

À 20 ans, encore étudiant, il donne sa première interview télévisée, comme membre du haut comité de la jeunesse sport et loisir, crée par le président quelques mois plus tôt. Car la politique, Barnier s'y intéresse dès ses 14 ans.

Michel Barnier se consacre ensuite à la politique dont il gravit rapidement les échelons. Un an après la fin de ses études, il est chargé de mission dans un cabinet ministériel, puis devient le plus jeune conseiller général de France à 22 ans en étant élu en Savoie. En parallèle, il enchaine les postes de conseiller dans les ministères à Paris, jusqu'à être élu à 27 ans, plus jeune député, toujours en Savoie. De quoi garder un lien avec sa montagne.

Un lien avec la montagne qu'il renforcera en co-présidant le comité d'organisation des Jeux olympiques d'hiver à Albertville, de 1982 à leur organisation en 1992. Un projet concrétisé autour d'une "fondue ou une raclette" à Val d'Isère avec Jean-Claude Killy, raconte-t-il à l'Équipe.

À partir de 1993, il enchaîne les postes qui l'éloignent de la Savoie : ministre, sénateur, commissaire européen, député européen, Vice-président de la Commission européenne puis négociateur du Brexit. En 31 ans, seuls quatre années ne sont pas occupées par des postes nationaux ou européens.

Années notamment occupées par un poste au Conseil d'État et comme vice-président d'une holding regroupant un ensemble de sociétés dans le domaine de la biologie ou comme conseiller spécial pour la politique de défense et de sécurité auprès de la Commission européenne.

Son lien avec la montagne et la Savoie, il l'entretient, médiatiquement, en posant notamment pour Paris Match dans son village de Saint-Martin-de-Belleville, à l'occasion de la primaire LR de 2021, ou en postant différentes photos du village les jours où il s'y rend pour voter, confiait-il en 2021 à un journaliste le suivant dans le cadre de la campagne de la primaire.

Quant au lien avec le monde paysan qu'il revendique, Michel Barnier a bien sûr été ministre de l'Agriculture et de la Pêche durant deux ans entre 2007 et 2009. Question origines, le blog Geneanet ne trouve de professions liées au monde paysan que parmi certains ancêtres il y a plusieurs générations, essentiellement du côté maternel. Suffisant pour se qualifier de paysan ?