Qui est Mgr de Moulins-Beaufort, sommé par Darmanin de s'expliquer après ses propos polémiques?

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Mgr Éric de Moulins-Beaufort - Image d'illustration  - FRANCOIS NASCIMBENI / AFP
Mgr Éric de Moulins-Beaufort - Image d'illustration - FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Il s'est retrouvé au coeur de la polémique la semaine dernière. Quelques heures seulement après la présentation du rapport Sauvé dans lequel sont mis en lumière des centaines de milliers d'abus sexuels sur mineurs dans l'Église depuis les années 1950, Mgr Eric de Moulins-Beaufort, le président de la Conférence des évêques de France (CEF), avait souligné auprès de Franceinfo que le secret de la confession était, selon lui "supérieur aux lois de la République".

Très vite, ces propos ont provoqué un tollé, premièrement sur les réseaux sociaux, puis au sein de l'exécutif. Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a d'ailleurs rappelé dès le lendemain "qu'il n'y a rien de plus fort que les lois de la République." Dans la foulée, et à la demande du président de la République Emmanuel Macron, l'homme de foi a été convoqué par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin pour une entrevue qui doit avoir lieu ce mardi aprèsmidi.

Actif dans la lutte contre les agression sexuelles

Archevêque de Reims, celui qui est également surnommé "EMB" est ce que l'on appelle un serviteur de la religion. Élu pour trois années à la tête de la CEF, il est notamment reconnu pour ses qualités de "bosseur", d'"homme intelligent", "capable du consensus", selon les mots de plusieurs de ses pairs. A 57 ans (59 aujourd'hui), il incarnait alors le renouvellement, dans une assemblée d'un peu moins de 120 évêques, plutôt âgée.

Le président de la conférence épiscopale n'est pas le chef de l'Église catholique en France - chaque évêque étant maître dans son diocèse sous l'autorité du pape - mais il incarne toutefois la première religion de France auprès des autorités.

S'il n'est pas à l'origine de la création de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église en novembre 2018, "EMB" avait travaillé le sujet quand il était évêque auxiliaire à Paris. En 2016, il avait créé une commission pour prévenir les agressions sexuelles.

Il a également mené, à cette époque-là, des auditions de personnes accusant d'agressions sexuelles le prêtre et "psychanalyste" Tony Anatrella.

"Manager"

Au sein de la CEF, il a oeuvré "à la sensibilisation de tous les évêques", lui reconnaît Olivier Savignac, du collectif de victimes Parler et revivre, qui salue l'organisation, en mars, d'une assemblée extraordinaire des évêques sur la question de la responsabilité.

"Il a toujours réussi à nous faire voter de façon largement majoritaire sur des sujets très débattus", souligne Mgr Luc Ravel, archevêque de Strasbourg, qui loue ses qualités de "manager".

C'est de sa part "une stratégie de communication", juge au contraire François Devaux, cofondateur de l'association de victimes La Parole Libérée, qui fut à l'origine des affaires Preynat et Barbarin. "Derrière, c'est creux, il n'y a pas de sincérité", accuse, très critique ce dernier, qui lui reproche de tarder à lancer une véritable "indemnisation" des victimes.

Né en 1962, Eric de Moulins-Beaufort, diplômé de Sciences-Po, a suivi le séminaire français de Rome. Il a été directeur au séminaire de Paris et enseignant, notamment à la Faculté de théologie Notre-Dame.

Ce fils d'officier, qui dit avoir découvert sa vocation à 11 ans, a été secrétaire particulier de Mgr André Vingt-Trois (2005- 2008), archevêque de Paris. Auparavant, il avait été curé de la paroisse Saint-Paul-Saint-Louis, dans la capitale, pendant cinq ans.

"Pris en étau"

Cet homme, grand de taille, peut donner une image de raideur, mais cache un humour "très british", selon des proches. "C'est un évêque pleinement centriste, issu de Vatican II, sans excès, sans regret", estime Christine Pedotti, directrice de la rédaction de Témoignage chrétien. "C'est un vrai grand serviteur" de l'Église, dit celle qui a autrefois travaillé avec lui à l'aumônerie des lycées du Quartier latin.

"Il a la juste vision des choses", dit de lui le père Pierre Vignon, très engagé aux côtés des victimes de pédocriminalité. "Mais je ne pense pas qu'il soit vraiment suivi" par le reste de l'épiscopat, ajoute-t-il, regrettant que certains "évêques en ce moment en soient à se demander s'ils peuvent dire la messe en latin".

Les propos qu'il a tenus mercredi sur le secret de la confession - "plus fort que les lois de la République" - reflète "une institution qui ne veut pas reconnaître sa responsabilité pleine", estime Olivier Savignac.

Pour François Devaux, il reste "dans une position de calcul". Il en veut pour preuve le fait que le rapport Sauvé à peine publié "il essayait déjà de négocier l'ascendance que doit garder l'Église". Il est "coincé", "pris en étau entre l'institution qu'il représente, et Rome (le Vatican, ndlr) qui ne veut pas lâcher, avec des dicastères (subdivisions de la curie romaine, ndlr) profondément conservateurs", juge Olivier Savignac.

Article original publié sur BFMTV.com

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