Mexique: le gouvernement veut extrader les trafiquants d’armes depuis les États-Unis

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Dans sa lutte contre le crime organisé, le gouvernement mexicain veut réclamer aux États-Unis l’extradition des responsables du trafic d’armes vers le Mexique. La majeure partie des armes qui sont aux mains des cartels et qui contribuent à propager la violence au Mexique viennent des États-Unis. Ce sont précisément ces filières illégales de ventes d’armes que le gouvernement mexicain veut démanteler.

Avec notre correspondante à Mexico, Emmanuelle Steels

Ces demandes d’extradition représentent une nouvelle stratégie de la part du Mexique. Il s'agit d'un nouveau front ouvert par le gouvernement d’Andrés Manuel López Obrador. Il part d’un constat très simple : les cartels mexicains ne peuvent pas exister sans les armes fournies par les États-Unis. Alors ces demandes d’extradition, dont la presse mexicaine a révélé qu’elles étaient en cours de préparation, seront adressées à la nouvelle administration, celle du futur président Joe Biden.

À l’occasion du changement de gouvernement à Washington, le Mexique veut inaugurer une nouvelle ère de collaboration avec son voisin contre le crime organisé transfrontalier. Les États-Unis ont de longue date réclamé et obtenu de la part du Mexique l’extradition des grands chefs de cartels qui sont jugés responsables de la mort de milliers d’Américains consommateurs de drogues. Désormais, le Mexique demande une mesure équivalente : l’extradition des trafiquants dont les armes tuent des Mexicains.

Des peines différentes au Mexique et aux États-Unis

Ces trafiquants d’armes réclamés par le Mexique ne sont pas forcément détenus actuellement aux États-Unis. Il s'agit justement de l’un des points de friction dans ce dossier : le Mexique juge les peines infligées aux trafiquants d’armes par les tribunaux américains beaucoup trop légères. Au Mexique, le port d’armes est illégal et lourdement sanctionné par la loi : plus de dix ans de prison dans les cas les plus graves, alors que de l’autre côté de la frontière, les armes sont en vente libre.

Une dizaine de trafiquants dont le Mexique réclame l’extradition sont actuellement en liberté après avoir été condamnés à des peines très brèves. Aux États-Unis, la vente illégale d’armes n’est pas considérée comme un délit grave. Le gouvernement de López Obrador envisage d’ailleurs de négocier avec les démocrates aux États-Unis afin qu’ils durcissent la législation sur le trafic d’armes.

Le Covid-19 ne freine pas la violence

Cette décision survient alors que le Mexique fait le bilan d’une nouvelle année critique en matière de violences. La pandémie de Covid-19 n’a pas freiné la violence à travers le pays. Le record d’homicides volontaires de l’an dernier est à nouveau en passe d’être atteint : 35 000 meurtres, cela représente près de 100 meurtres par jour. La plupart de ces crimes sont commis avec des armes fournies par des trafiquants américains. Le gouvernement évalue à quinze millions le nombre d’armes qui circulent illégalement au Mexique, dont plus de 70% proviennent des États-Unis.

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