Mexique: disparition de Rosario Ibarra, figure des droits de l'homme et des personnes disparues

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C'est le président mexicain qui a annoncé le décès samedi de Rosario Ibarra, infatigable militante des droits de l'homme au Mexique et notamment de la cause des disparus, en mémoire de son fils.

« Mauvaise nouvelle », a commenté le président mexicain. La militante mexicaine emblématique des droits humains, Rosario Ibarra, est décédée samedi à l'âge de 95 ans à Monterrey (dans le nord du pays), a annoncé Andrés Manuel López Obrador (AMLO).

« Sa vie nous rappellera toujours la nécessité d'aimer profondément nos enfants, d'être solidaires avec ceux qui souffrent parce qu'ils ont perdu leurs êtres chers », poursuit AMLO sur Twitter.

Après la disparition en 1975 de son fils Jesus Piedra, accusé d'appartenir à la Ligue communiste 23 septembre, Rosario Ibarra avait fondé le Comité pour la défense des détenus, persécutés, disparus et réfugiés politiques, connu sous le nom de « Comité Eurêka ! », en 1977.

La Commission mexicaine des droits de l'homme, présidée par sa fille, Rosario Piedra, l'antenne mexicaine de la Commission des droits de l'homme des Nations unies et de nombreux autres organismes ont salué l'engagement et le travail accompli de Rosario Ibarra.

Les disparitions forcées entre 1960 et 1980

Les disparitions ont commencé au Mexique avec la « guerre sale » des autorités contre les mouvements révolutionnaires des années 1960-80, rappelle l'Agence France presse. Comme l'Argentine ou le Chili, quoique de façon moins systématique, le Mexique a connu un épisode de disparitions forcées du fait de l'armée, de la police et de groupes paramilitaires. Leurs cibles, comme dans les pays du Cône Sud, les mouvements de gauche et notamment la Ligue communiste 23 septembre, dans laquelle militait le fils de Rosario Ibarra, dissoute en 1983 après avoir défié pendant une décennie le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) au pouvoir de 1929 à 2000.

Une unité de recherche sur les personnes disparues pendant la « guerre sale » a été créée en 2019 ; parmi ses missions, retrouver les « bébés volés », c'est-à-dire les enfants nés en captivité. Quelque 500 personnes ont disparu pendant cette période, selon la Commission mexicaine des droits de l'homme.

Cette cause des disparus, Rosario Ibarra et son « Comité Eurêka ! » l'a défendue aussi en jouant son propre rôle dans un long métrage de fiction sur le sujet, Cementerio de papel, de Xavier Robles en 2006.

Un engagement politique aussi

Née à Saltillo, dans l'État de Coahuila (dans le nord du pays) en 1927, Rosario Ibarra a aussi été la première femme candidate à la présidence de la République du Mexique en 1982 sous la bannière du PRT. Ma mère a alors voté pour elle, rappelle le président mexicain dans son hommage. Elle sera élue au Sénat en 2006 et plusieurs fois citée pour être nobélisable. Parmi ses autres faits d'armes, une grève de la faim - avec d'autres mères de disparus connues comme les doñas - en 1978 devant la cathédrale de Mexico, un site interdit aux manifestations.

Grâce à l'engagement de ces militant(e)s et aux pressions internationales, une amnistie est déclarée en 1978, les prisons s'ouvrent et un certain nombre de détenus politiques sont relâchés. Mais le problème des disparus reste aigu : leur nombre explose à partir des années 2000, avec la hausse de l'activité des narco-trafiquants au Mexique et la guerre que l'ex-président Felipe Calderon (2006-2012) a déclarée aux cartels.

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Des crimes qui entachent aussi le mandat de l'actuel président Andrès Manuel Lopez Obrador, malgré les engagements pris pendant sa campagne. Rosario Ibarra avait d'ailleurs pointé cet échec du président en refusant de se faire remettre par lui la médaille Belisario Domínguez du Sénat mexicain, en octobre 2019, récompensant son engagement en faveur des droits de l'homme et des disparus.

(et avec agences)

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