Meurtre de la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia: une première condamnation

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Le meurtre en octobre 2017 de la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia avait choqué Malte et le reste du monde. La journaliste qui dénonçait dans son blog Running Commentary la corruption avait péri dans un attentat à la voiture piégée. Elle était âgée de 53 ans. Un homme soupçonné du meurtre s'est vu infliger, ce mardi, 15 ans de prison, la première condamnation dans ce sordide dossier.

Considérés comme de simples exécutants, trois hommes au casier judiciaire chargé – les frères Alfred et George Degiorgio ainsi que Vincent Muscat – avaient été arrêtés et inculpés le lendemain de l'attentat, soupçonnés d'avoir fabriqué, posé et fait exploser la bombe meurtrière. Ils plaidaient non coupables depuis. Jusqu'au rebondissement de mardi, survenu au cours d'une audience préliminaire devant conduire à un non-lieu ou à leur renvoi devant une cour criminelle.

Alors que ses complices présumés continuent de clamer leur innocence, Vincent Muscat a décidé de changer de stratégie. La juge a pourtant prévenu son avocat : « Ce sont de graves accusations... il risque la réclusion à perpétuité ». Mais Vincent Muscat a insisté : il plaide donc coupable.

Alors qu'il était entendu par la juge, trois personnes soupçonnées d'avoir fourni la bombe ont été arrêtées au même moment par la police. Selon une source proche du dossier, c'est Vincent Muscat qui a donné leurs noms. Il coopère depuis plusieurs mois avec les enquêteurs en donnant les détails du meurtre ainsi que des informations sur des personnalités politiques haut placées de Malte qui seraient impliquées.

En fournissant ces informations et en plaidant coupable, Vincent Muscat espérait obtenir une réduction de peine, après que sa demande de grâce a été rejetée le mois dernier. Il a finalement été condamné à 15 ans de prison ce mardi. Une peine relativement clémente au regard du code pénal maltais.

Corruption endémique

La famille de la journaliste, déçue par le verdict, a néanmoins dit espérer que la condamnation de Vincent Muscat « ouvrirait la voie à une justice totale pour Daphne Caruana Galizia ».

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Un quatrième homme, l'homme d'affaires Yorgen Fenech, avait été arrêté en 2019 sur son yacht au large de Malte, tandis qu'il tentait de fuir. Un chauffeur de taxi soupçonné d'avoir été un intermédiaire l'accuse d'avoir été le principal commanditaire du meurtre, mais les audiences le concernant n'ont pas encore commencé.

C'est en creusant le volet maltais des retentissants Panama Papers que Daphne Caruana Galizia avait mis au jour les liens entre Yorgen Fenech et de hauts responsables politiques maltais. Elle avait notamment révélé qu'une société de Dubaï, la 17 Black, avait versé deux millions d'euros à Keith Schembri, à l'époque le chef de cabinet du Premier ministre Joseph Muscat (sans lien de parenté avec Vincent Muscat), et Konrad Mizzi, le ministre du Tourisme. La contrepartie de ces pots-de-vin présumés n'est pas connue.

Le consortium de journalistes Daphne Project, qui a repris ses enquêtes, a révélé que la 17 Black appartenait à Yorgen Fenech. Et le chef du gouvernement, accusé de s'être ingéré dans l'affaire et d'avoir protégé ses collaborateurs, son chef de cabinet ainsi que le ministre du Tourisme ont démissionné depuis.

Yorgen Fenech a été inculpé de complicité samedi dernier. Il a lui-même mis en cause plusieurs hauts responsables du gouvernement, en particulier Keith Schembri, le désignant comme le « vrai commanditaire » de l'assassinat.