Meurtre de Giulio Regeni: le procès de quatre policiers égyptiens suspendu sine die

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Il s'était ouvert en leur absence ce jeudi 14 octobre à Rome. Le procès de quatre policiers égyptiens a été suspendu sine die. Ils sont accusés d'être derrière le meurtre de l'Italien Giulio Regeni, dont le corps avait été retrouvé atrocement mutilé au Caire en 2016. L'affaire avait choqué l'Italie et provoqué une crise des relations avec l'Égypte.

Réuni dans une salle sécurisée de la prison de Rebibbia à Rome où se déroulent généralement des procès de mafieux, le tribunal a constaté après sept heures d'audience l'impossibilité de poursuivre. En vertu de la loi en effet, les quatre hommes doivent avoir été officiellement informés de la procédure à leur encontre. Sans quoi, nul ne peut être jugé.

Et pour cause, l’Égypte a toujours refusé de communiquer leurs adresses, souligne notre correspondante à Rome, Anne Tréca.

Le dossier repart désormais au magistrat instructeur qui devra s'assurer des moyens de notifier aux accusés leur mise en cause, a expliqué à l'AFP un avocat de la défense commis d'office.

Un travail gênant, selon les autorités

Rappelons les faits. Le 25 janvier 2016, Giulio Regeni, un étudiant italien de 28 ans qui vit au Caire, quitte son domicile pour rejoindre un ami. Mais il disparaît sur le trajet. Dix jours plus tard, son corps est retrouvé dans un fossé, au bord d'une route. À moitié dénudé, il porte des marques de torture.

Le jeune homme a-t-il été éliminé parce que son travail gênait ? Il effectuait des recherches sur les syndicats indépendants en Égypte, un sujet très sensible. L'affaire provoque en tous cas une immense émotion en Italie, son pays d'origine.

Rome réclame des explications au Caire, rappelle même son ambassadeur. Mais les autorités égyptiennes traînent des pieds, aucune enquête n'est véritablement menée. Et la thèse d'un crime crapuleux est avancée. L'Italie envoie alors ses propres enquêteurs sur place.

En Égypte, le dossier est clos

En 2018, plusieurs suspects sont ainsi identifiés. Quatre membres de la Sûreté nationale, tristement célèbre pour ses exactions contre les opposants égyptiens, sont finalement appelés à comparaître devant la justice italienne.

Avec cette première audience, la cour d’Assises de Rome devait décider si elle retenait ou non les arguments du procureur : la publicité faite dans la presse mondiale à la mort atroce de Giulio Regeni ne peut avoir échappé aux militaires. Ces derniers sont donc bien au courant de ce qu’ils risquent, par contumace : 8 ans de prison pour 3 d’entre eux, la perpétuité pour le 4e.

En Egypte, le dossier est clos. Sans coupable identifié. En Italie, pour la famille de l’étudiant en économie torturé à mort, et pour le gouvernement, partie civile, ce procès vise à établir la vérité, malgré les omissions et les mensonges du Caire, pour que le monde sache ce qui s’est passé en 2016, entre le 26 janvier, date de la disparition de Giulio Regeni, et le 3 février, où sa dépouille mutilée a été retrouvée dans un fossé de la banlieue de la capitale égyptienne.

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