Meurtre d'Angélique: réclusion à perpétuité et 25 ans de sûreté pour David Ramault

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Une marche en la mémoire d'Angélique, en présence de ses parents, le 1er mai 2018, à Wambrechies (AFP/-)

Une peine lourde pour le crime d'un "pervers" récidiviste: la cour d'assises du Nord a condamné vendredi David Ramault à la réclusion criminelle à perpétuité assortie de 25 ans de sûreté pour l'enlèvement, le viol et le meurtre d'Angélique, 13 ans, en 2018 près de Lille.

La cour n'est pas allée aussi loin que l'avocate générale, qui avait requis une période de sûreté de 30 ans, mais a prévu que l'ancien chauffeur de bus et père de deux garçons fasse l'objet, à l'issue de sa peine, d'un réexamen de sa situation "en vue d'une éventuelle rétention de sûreté".

Condamné en 1996 pour le viol d'une jeune adolescente, cet homme aujourd'hui âgé de 48 ans était sorti de prison en 2000 sans aucun suivi médical, avant de mener pendant 18 ans la vie d'un père de famille en apparence sans histoires.

Ses aveux en 2018 dans l'affaire Angélique avaient relancé le débat sur la castration sexuelle des délinquants sexuels.

Cette fois, la peine prononcée doit permettre d'enclencher "un réel et constant processus de soin, notamment concernant votre fonctionnement de type pervers, dont vous n'avez pas voulu vous départir pendant une période de plus de 20 années", a expliqué la présidente Sylvie Karas à un David Ramault resté impassible à l'écoute du verdict.

Les proches d'Angélique avaient revêtu vendredi un T-shirt violet portant la photo de la fillette souriante. Ils ont obtenu au cours de l'audience la rectification de son âge, à 13 ans au lieu de 12 ans comme mentionné à la suite d'une erreur de procédure.

- "Petit soulagement" -

"C'est un petit soulagement mais ça ne la ramènera jamais", a réagi Anaïs, la sœur aînée d’Angélique, auprès des journalistes. "J'aurais préféré 30 ans sans remise de peine, mais c'est une lourde peine", a-t-elle ajouté, espérant qu'il ne sorte jamais, grâce à la rétention de sûreté.

"Il n'y aura pas d'appel. Si la peine avait été maximale, il n'aurait pas fait appel non plus", a assuré à l'AFP l'avocat de M. Ramault, Eric Demey. "C'est maintenant la première étape pour le commencement de sa thérapie", a-t-il ajouté.

"Vous devez aujourd’hui juger un crime sexuel, un crime sadique, qui a consisté à chercher une victime fragile et vulnérable, à la manipuler, dans le but de la réduire à un objet sexuel (...) pour atteindre la jouissance", a lancé dans son réquisitoire l'avocate générale Carole Étienne, dans un lourd silence.

Au premier jour de son procès, demandant pardon aux parents d'Angélique, David Ramault avait reconnu ne pas avoir fait de démarches pour se soigner à sa sortie de prison, par "honte" de s'avouer sa vraie nature.

Derrière le bon père de famille se cachait un homme aux fantasmes de viol et de soumission, consommateur de porno violent.

"Je voulais dire que j'acceptais d'être soigné, pas pour moi, mais pour la société", a-t-il dit vendredi avant que la cour ne se retire.

Mercredi 25 avril 2018, il est seul chez lui à Wambrechies, sa famille en vacances. Comme souvent, il se masturbe, puis va acheter un aphrodisiaque pour résoudre, selon lui, ses "pannes sexuelles".

- "Piège" -

Au second cachet, il est pris, raconte-t-il, d'un "malaise", de "pensées obsédantes" et sort "prendre l'air" près d'un parc où joue son ancienne voisine, Angélique.

En l'apercevant, "j'ai eu un désir, une pulsion". Il lui promet un cadeau pour ses parents. Puis l'enferme, la viole et l'étrangle.

Identifié quelques jours plus tard grâce au Fichier des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes, il avoue spontanément.

"Tous ces faits, qu'il a réduits à un simple dérapage", ne sont "pas une pulsion", mais un piège, qui "n’avait qu’un seul but: abuser de sa victime et l’éliminer", selon l'avocate générale Carole Étienne, qui a rappelé qu'il s'est immédiatement "préoccupé d’effacer ses traces".

Elle a aussi mis en avant les "troubles de la personnalité graves" de l'accusé, un "prédateur sexuel sadique" selon les experts.

"Cette perversité, c'est ce qui lui permet de survivre", a plaidé son avocat. "Pendant une vingtaine d'années, il va réussir à réprimer ce qu'il est", "garder éteint le monstre qui sommeille en lui", et sera "un bon mari, un bon père, investi", a rappelé Me Demey.

Il a demandé aux jurés, "au nom de cet espoir de se soigner" de "laisser au bout du tunnel de l'enfermement une petite lumière".

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