#MeTooPolitique: pourquoi la parole peine à se libérer

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VIOLENCES SEXUELLES - Une nouvelle vague #Metoo qui toucherait le milieu politique? Pas si simple. Alors que 300 femmes politiques appellent les partis à ”écarter les auteurs de violences sexuelles et sexistes” de la vie politique et à mettre fin à “l’omerta”, le chemin est encore long.

En parallèle de cet appel, une pétition et d’une plateforme de recueil de témoignages ont été lancées. Sur les réseaux sociaux, des témoignages de femmes évoluant en politique émergent, avec le hashtag #MeTooPolitique. Ce dont Fiona Texeire, collaboratrice d’élus qui est l’une des initiatrices du mouvement, se félicite.

“On a vu énormément de femmes raconter des histoires qui leur étaient arrivées, lorsqu’elles ont croisé la route de tel ou tel homme politique, raconte-t-elle au HuffPost. Cette tribune a permis de prouver par l’exemple à quel point le sujet était massif, transcendait les partis politiques. Il y a vraiment un côté caisse de résonance. Enfin une attention médiatique est portée sur ces sujets-là.”

Un statut précaire

Mais si les récits de ces femmes, qui vont du sexisme au viol, en passant par le harcèlement et les agressions sexuelles, sont parfois glaçants, pour l’instant peu de noms ont été publiquement dévoilés. Une semaine après les témoignages à visage découvert de huit femmes affirmant avoir été agressées ou violées par PPDA dans Libération, il est encore difficile de dénoncer des hommes politiques ou de se tourner vers la justice.

“Ce qui est compliqué, quand on est une collaboratrice parlementaire ou une collaboratrice d’élu, c’est qu’on a un statut particulièrement précaire, explique tout d’abord Fiona Texeire. On peut être licencié quand on rompt la confiance ou la loyauté à l’égard de son élu employeur. C’est extrêmement dissuasif de parler puisque ça veut dire perdre son emploi. C’est aussi freiner son propre parcours politique.”

Une autre raison invoquée est la peur de nuire au parti, à l’institution ou à la cause en laquelle on croit. “Souvent, on est membre du même parti, on défend les mêmes idées, les mêmes valeurs, souligne-t-elle. On ne tient pas à entacher l’image de l’institution, ni à entacher le travail de celles et ceux qui font un boulot difficile et efficace au quotidien. Parce qu’être élu, c’est un sacerdoce.”

“Pour autant, ça ne doit pas être un prétexte pour les institutions, pour les partis, pour les élus, pour les cadres, pour ne pas agir”, ajoute-t-elle.

La balle est dans le camp des partis

Si les initiatrices du mouvement ne souhaitent pas “jeter en pâture” les noms de ces hommes, elles appellent partis, mouvements, maires et élus, “circonscription par circonscription” à agir “en amont”, pour que des affaires comme celles de DSK, Denis Baupin ou Georges Tron “n’adviennent plus”.

Et à s’engager sur ces trois points: ne pas investir de personne mis en cause pour violences sexistes ou sexuelles, ne pas donner de parrainage à une personne mis en cause pour violences sexistes ou sexuelles et ne pas embaucher (équipe de campagne, équipe de collaborateurs et collaboratrices) une personne mise en cause pour violences sexistes ou sexuelles.

“Ces affaires sont dévastatrices et elles minent aussi la confiance des Français envers leurs représentants, rappelle Fiona Texeire. Nous, ce qu’on demande, c’est un travail de prévention en amont pour que de tels scandales n’adviennent plus.”

Entre 1944 et 2000, les femmes, même si elles étaient éligibles, n’étaient pas élues. Les hommes faisaient en sorte de se garder les meilleures places systématiquement.Fiona Texeire, initiatrice de #Metoopolitique

Dernier rappel mais non des moindres: si les lieux de pouvoir sont si propices aux violences sexistes et sexuelles, c’est aussi pour des raisons historiques. “Jusqu’en 1944, les institutions ont été construites exclusivement par des hommes, en excluant les femmes”, rappelle Fiona Texeire, qui est en charge d’un cours sur le sujet à Sciences Po Rennes.

“Entre 1944 et 2000, les femmes, même si elles étaient éligibles, n’étaient pas élues. Les hommes faisaient en sorte de se garder les meilleures places systématiquement, poursuit-elle. Il y a eu un tournant au moment des années 2000, avec les lois de parité. Et pour autant, 20 ans après, on constate que 80% des maires par exemple sont encore des hommes.”

Dans son podcast “Y a par mort d’homme” (Binge Audio) -nommé ainsi en référence à des propos de Jack Lang au sujet de DSK et l’affaire du Sofitel- créé avec la journaliste Hélène Goutany et réalisé par Elisa Grenet, Fiona Texeire décrypte pourquoi les violences sexistes et sexuelles restent encore la norme en politique. Il sera diffusé tout au long de la campagne présidentielle et jusqu’aux élections législatives. Le premier épisode a donné la parole à Édith Cresson, seule femme à avoir accédé à la fonction de Premier ministre.

Le deuxième épisode sera diffusé vendredi 19 novembre. Il traitera des mécanismes des agressions sexuelles, avec le témoignage d’une chargée de mission en cabinet ministériel, victime d’un Préfet, et l’analyse de ces comportements par Mathilde Viot, cofondatrice du collectif Chair Collaboratrice à l’Assemblée nationale.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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