#MeToo politique: pourquoi La République en Marche et la droite n'ont pas signé la tribune

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Image d'illustration  - Bertrand GUAY / AFP
Image d'illustration - Bertrand GUAY / AFP

"Que le monde politique prenne enfin en compte le mouvement #MeToo": c’est ce que réclament 285 femmes politiques de gauche dans une tribune publiée par Le Monde. Parmi les signataires de ce texte, l'eurodéputée LFI Manon Aubry, l'ancienne ministre PS des Droits des femmes, Laurence Rossignol ou encore la finaliste de la primaire écologiste Sandrine Rousseau. Mais nulle trace de femmes politiques de la République en marche, des Républicains ou encore de l'UDI.

La parole est-elle plus difficile à faire émerger à droite ou au sein de la majorité présidentielle sur la lutte contre les violences sexuelles ou est-ce une volonté de celles qui ont lancé cette initiative de la réserver aux élues de gauche? Éléments de réponse.

Une tribune qui vient des cercles de gauche

Les autrices de la tribune viennent des bancs du Parti socialiste, comme Fiona Texeire, collaboratrice d'Anne Hidalgo, d'Europe Écologie-Les Verts avec la conseillère de Paris Alice Coffin, proche de Sandrine Rousseau ou encore Mathilde Viot, attachée parlementaire de la députée insoumise Danièle Obono.

Cette dernière, également cofondatrice de l'association "Chair collaboratrice" créée en 2016 pour dénoncer les violences faites aux collaboratrices de l'Assemblée nationale et du Sénat, retrace pour BFMTV.com la genèse de cette tribune.

"On a toutes un passé commun pour avoir milité ensemble dans des collectifs féministes. Quand on a décidé d'écrire ce texte, on a fait le tour de nos réseaux pour voir qui avait envie de signer. Notre idée n'était pas de faire un appel à signatures très large. On a bien envoyé notre tribune à quelques femmes de droite mais elles ont hésité à signer", raconte Mathilde Viot.

Fiona Texeire nuance le récit. "On a sollicité les femmes politiques qui s'intéressent au sujet à LaREM, à l'UDI et chez les LR, notamment dans les délégations des droits des femmes au Parlement. Mais nous n'avons pas eu de réponse", avance la conseillère de la maire de Paris.

Malaise à droite

"On est clairement dans une démarche transpartisane. Moi, par exemple, j'ai fait suivre cette tribune à toutes les conseillères de Paris, dont Rachida Dati", expose de son côté Alice Coffin.

Parmi les femmes politiques de droite, on botte en touche. "Je n'ai pas été sollicitée. Je ne me sens pas concernée directement par le sujet", répond à BFMTV.com Annick Billon, la présidente UDI de la délégation des droits des femmes au Sénat.

Annie Genevard, vice-présidente LR de l'Assemblée nationale et membre de la délégation des droits des femmes partage le point de vue. "Je fréquente le monde politique depuis assez longtemps pour pouvoir dire qu'il n'est pas particulièrement exposé aux violences faites aux femmes."

L'absence de signatures de femmes politiques de droite parmi presque 300 participantes ne surprend pas Mathilde Viot.

LaREM aux abonnés absents

"Quand on a lancé 'Chair collaboratrice', nous avons été auditionnées par l'Assemblée nationale. Des députés de droite nous avaient alors accusées de jeter l'opprobre sur toute l'institution", explique la collaboratrice de Danièle Obono. "Et puis, à gauche, on a une certaine culture de la lutte contre les discriminations. Il y a une possibilité plus grande de parler des violences sexuelles", analyse encore l'attachée parlementaire.

Si la tribune a fait chou blanc sur les bancs de la droite, la macronie est également absente des signataires. "Marie-Pierre Rixain, la présidente LaREM de la délégation des droits des femmes à l'Assemblée nationale, a accusé réception de notre envoi mais n'a pas souhaité aller plus loin", raconte l'une des autrices du texte.

Un malaise nommé Darmanin

Sollicité par BFMTV.com, son entourage répond qu'elle ne "cosigne jamais de tribune". Son absence de la liste des signataires peut surprendre, alors même qu'Emmanuel Macron a officiellement fait de la lutte contre les violences conjugales l'une des priorités de son quinquennat.

"Au sein de la majorité, il y a clairement un blocage lié à la situation de Gérald Darmanin (le ministre de l'Intérieur est accusé de viol, harcèlement sexuel et abus de confiance. La juge d'instruction a clos l'enquête et s'oriente vers un non-lieu, ndlr). On demande dans notre texte de ne pas investir des personne mises en cause pour violences sexistes ou sexuelles. Ça concerne tous les partis politiques mais si on applique cette disposition, Gérald Darmanin n'aurait pas été désigné pour les élections régionales et ne serait pas ministre non plus...", décrypte Alice Coffin.

Du côté de la majorité présidentielle, on estime, au contraire, avoir eu raison de ne pas signer cette tribune.

"Quand on voit les signataires, on constate que ce sont toutes les oppositions qui se coalisent contre l'Élysée. On a été les tous premiers à mettre sur la table le sujet des violences sexuelles. Rien n'a été fait pendant toutes ces années, notamment par la gauche et c'est nous qui avons mis en place le Grenelle des violences conjugales", répond Gaël Le Bohec, député LaREM et vice-président de la délégation des droits des femmes.

En parallèle de cette tribune, un site dédié, Metoopolitique a également été lancé pour porter un engagement en trois points contre les violences sexistes et sexuelles en politique. Avec un objectif: faire en sorte qu'il soit signé par les cadres des partis politiques, à quelques mois de la présidentielle et des législatives.

Article original publié sur BFMTV.com

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