Mes carnets australiens (I) - Non, Murray n’a pas mérité ça !


Le Britannique, en larmes, a annoncé à la veille de l’Open d’Australie que sa carrière touchait à sa fin. La raison ? Des douleurs à la hanche qui ne le quittent plus. Le circuit est sous le choc.

Murray en larmes lors de sa conférence de presse

Lorsqu’un joueur du calibre d’Andy Murray se retrouve devant la presse à la veille d’un tournoi du Grand Chelem, c’est soit pour réaffirmer ses ambitions, soit pour annoncer une mauvaise nouvelle. Dans le cas du Britannique, qui se démène tant bien que mal avec depuis deux ans avec des douleurs consécutives à son opération à la hanche, cela ne faisait guère de doute.

Mais le choc a été plus grand qu’un éventuel simple forfait pour cette première levée du Grand Chelem car le Britannique sera bien ce lundi sur le court face à Roberto Bautista Agut. Non, plus grave, Murray ne voit tout simplement pas comment il pourrait continuer à évoluer bien longtemps au plus haut niveau et souhaite désormais, si son corps le veut bien, disputer un dernier Wimbledon, son tournoi de coeur, et raccrocher. Le moment fut intense, cruel même, puisque fauché par l’émotion, Murray a rapidement fondu en larmes et quitté la salle avant de revenir quelques minutes plus tard.

Comme si, avant de s’exprimer, il avait alors pris de plein fouet ce qui était en train de se passer : lui le membre de ce que l’on a -un temps- appelé le Big 4, allait connaître, contraint et forcé, la fameuse « petite mort » du sportif de haut niveau, la fin de carrière, et avec, celle des illusions.

Un sportif doit pouvoir décider du moment où il met le point final et Murray, comme d’autres, en sera privé. En tennis, dans un passé relativement récent, les blessures et les opérations à la hanche ont déjà envoyé au stand deux autres numéro un mondiaux (Gustavo Kuerten, Lleyton Hewitt) et un numéro deux (Magnus Norman). C’est un mal récurrent des acteurs du circuit qu’ils trainent parfois à jamais. La démarche claudiquante de Boris Becker est impressionnante, par exemple, aujourd’hui encore. D’ailleurs, Murray a rappelé qu’il voudrait tout simplement connaitre une existence sans douleur. Pour preuve : en ce moment, il a parfois du mal à enfiler des chaussettes ou des chaussures.

A l’heure où un champion s’apprête à tirer sa révérence, il est de bon ton de lui tresser des lauriers. Concernant Murray, il serait impossible d’en faire autrement car ce garçon est un authentique champion, une personnalité à part, un joueur qui a su aussi exister par ses propos et ses convictions (la lutte contre le sexisme notamment), un dingue de sports, et un frappadingue de son sport.

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Il le fallait d’ailleurs, tout comme il fallait que Murray croie très fort en son étoile, pour se dire qu’il allait réaliser ses rêves tout en étant le contemporain de Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic. Il n’est certes pas devenu leur égal mais il a gagné tout ce qu’il est possible de gagner en tennis : trois Grand Chelem (US Open 2012, Wimbledon 2013, 2016), 14 Masters 1000, 45 titres au total, deux titres Olympiques (2012, 2016), une Coupe Davis (2015, une première depuis 1936 pour la Grande-Bretagne), le Masters (2016) et la place de numéro un mondial (2016).

Murray a surtout été l’archétype du champion qui ne se repose jamais sur ses acquis. Au fil des années et du travail fourni, il est devenu un meilleur joueur, cherchant toujours des solutions pour progresser, à la fois dans son jeu (son coup droit était un problème au début de sa carrière), physiquement (là il a peut-être donc trop tiré sur la corde) et mentalement (jeune, il était beaucoup trop impétueux). Du grand art. Et puis, le fils de Judy, la maman coach, celle des premières balles à Dunblane, en Ecosse, a su gérer sa carrière avec intelligence. En appelant à ses côtés Ivan Lendl afin de l’aider à franchir le rubicon en Grand Chelem ou en engageant une femme, Amélie Mauresmo. Murray a gagné et mais il a su aussi casser les codes, changer les habitudes ou les regards. La marque des plus grands.

De notre envoyé spécial à Melbourne Park, Christophe THOREAU