Le menu sans viande imposé dans les cantines à Lyon est-il dangereux pour les enfants ?

Maxime Poul
·4 min de lecture
Bien que provisoire, la mise en place d'un menu unique sans viande dans les cantines des écoles lyonnaises est fortement critiquée.

La mairie écologiste de Lyon a décidé d'imposer un menu sans viande aux enfants dans les cantines des écoles de la ville, suscitant la polémique. Ce menu unique peut-il avoir des conséquences sur la santé des enfants ?

C'est une annonce qui a provoqué la polémique, notamment au sein de l'exécutif. Le maire écologiste de Lyon Grégory Doucet a décidé d'instaurer temporairement un menu unique sans viande dans les cantines scolaires "pour des raisons sanitaires". Selon la municipalité, ce menu unique est instauré "pour correspondre au goût du plus grand nombre" et surtout pour permettre d'accélérer le service et d'accueillir tous les enfants dans le respect du nouveau protocole sanitaire qui impose une distanciation de deux mètres dans la restauration scolaire.

S'il ne s'agit pour l'instant que d'une décision provisoire, elle a déjà fortement été critiquée notamment par le gouvernement. Gérald Darmanin dénonce une "idéologie scandaleuse" et une "insulte inacceptable aux agriculteurs et aux bouchers français".

"Ce dont ils ont besoin pour bien grandir"

L'élue lyonnaise Stéphanie Léger tient cependant à préciser que le menu unique proposé aux 30 000 élèves de la capitale de la gastronomie à partir de ce lundi 22 février n'est pas végétarien, puisque des œufs et du poisson continueront à être servis. Pourtant, le député LREM Bruno Bonnell s'inquiète d'un éventuel "véganisme imposé" dans l'assiette des enfants avant d'ajouter : "donnons-leur simplement ce dont ils ont besoin pour bien grandir. La viande en fait partie". Jeudi dernier, Julien Denormandie avait par ailleurs appelé les élus locaux à "faire le pari" de la viande de jeune bovin dans les menus scolaires pour soutenir des éleveurs.

Depuis plusieurs années, le débat fait rage entre pro-viande et végétariens, les premiers affirmant que les protéines animales que contient la viande sont essentielles à l'Homme et les seconds indiquant que la viande n'est pas indispensable pour avoir un régime équilibré.

"Un enfant a besoin de protéines animales"

Contactée par Yahoo Actualités, la diététicienne et nutritionniste Déborah Ohana n'est pas inquiète pour la santé des écoliers lyonnais bien que les enfants aient besoin de protéines animales : "Dans la mesure où il ne s'agit que d'un seul repas par jour ça ne pose absolument pas de soucis, on peut compenser lors des autres repas. Il faut quand même savoir qu'à l'heure actuelle, les organisations pédiatriques ne recommandent pas l'alimentation végétarienne exclusive ou vegan pour un enfant, car un enfant a besoin de protéines animales."

En effet, s'il existe des protéines végétales, ces dernières ne sont pas aussi bonnes que les protéines animales pour la croissance de l'enfant. "Un enfant a besoin de protéines animales parce que elles apportent du fer héminique, un fer qui est indispensable à la croissance des enfants et qui s’assimile extrêmement bien. Ce n’est pas le cas du fer des protéines végétales qui est non héminique et moins bien absorbé, même si la protéine végétale est plus riche en fer de base. C'est pour ça que les enfants ont besoin de protéines animales. L'idéal c’est d’en avoir deux portions par jour", assure Déborah Ohana.

Cela apporte "une diversité alimentaire plus intéressante"

Dans le cas des cantines lyonnaises, il s'agit d'un menu unique sans viande et non d'un menu végétarien ou vegan. Cela signifie donc qu'avec les œufs ou le poisson, les écoliers auront les protéines animales nécessaires pour leur bonne croissance. Il n'y a donc pas réellement de débat à avoir sur la question concernant la santé des enfants, confie la diététicienne. "Ce n'est pas mauvais pour la santé en général et je trouve même cela plutôt intéressant car ça permet d'élargir les connaissances alimentaires de l'enfant et de lui apporter une diversité alimentaire plus intéressante que d'avoir que de la viande. Cela lui montre qu'il y a autre chose qui existe."

Par ailleurs, la problématique de l'accès à la viande pour les enfants issus de famille populaire, évoquée par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, n'en est pas vraiment une. Les études indiquent en effet une plus forte consommation de viande chez les ouvriers, principalement sous forme surgelée. 

Les alternatives existent également. "Je peux comprendre que cela pose problème à certains car la viande, notamment la viande rouge, coûte assez cher mais pour les apports en protéines animales, les œufs restent relativement abordables", conclut ainsi la diététicienne.

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