Mener une vie normale, le grand défi de l’être humain

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Mener une vie normale, le grand défi de l’être humain
Russell Cheyne / REUTERS

Mener une vie normale, presque joyeuse, est l’un des grands défis de l’être humain. Pendant qu’on mène une vie normale, le monde est peut-être en train de s’effondrer, comme c’était le cas dans le film Casablanca. On ne peut pas vivre, continuer à vivre chaque jour, à moins d’apprendre à feindre la normalité, ou à moins de faire croire qu’il ne se passe rien — alors qu’il se passe presque tout, et surtout des choses moches.

La dissimulation est une constante dans l’histoire. Il est possible qu’aucun d’entre nous ne soit qu’une seule et unique personne – auquel cas on peut passer d’une identité à l’autre sans cesser d’être soi-même, et faire face successivement, y compris dans la même journée, à l’inquiétude, au rire, à la fatigue, à la frivolité, aux reproches, au plaisir…

La vie normale, avec son cortège de problèmes vulgaires, est un miracle accompli. Elle se fraye un passage à travers n’importe quelle horreur. Il y a quelques jours, à l’occasion du cinquantenaire du Parrain de Francis Ford Coppola, quelqu’un m’a rappelé une séquence que j’avais presque oubliée.

Peter Clemenza et Rocco Lampone reçoivent l’ordre de tuer Paulie Gatto, le garde du corps de Vito Corleone qui s’est vendu aux Tattaglia, permettant ainsi que son chef soit criblé de balles. Le jour où ils doivent remplir leur contrat, Rocco et Gatto passent chercher Clemenza chez lui pour se rendre à New York et faire plusieurs commissions. Quand celui-ci monte dans la voiture, sa femme lui rappelle, sur le pas de la porte : “N’oublie pas les cannoli.”

Le problème et la solution

De retour de la grande ville, ils s’arrêtent dans un lieu isolé. Clemenza sort pisser au bord de la route. Entre-temps, dans son dos, il entend trois tirs. Il ne se retourne pas. Rocco vient d’abattre Gatto, qui tombe sur le volant. “Laisse le pistolet, donne-moi les cannoli”, demande Clemenza à son comparse, qui lui tend le paquet contenant le dessert. Puis les hommes s’éloignent du véhicule et de la scène de crime. Cette manière de se souvenir de la commission, de prendre les cannoli sans se soucier du cadavre, est peut-être l’expression la plus aboutie de la vie normale, qui prend le dessus par rapport à la vie hors-normes de l’assassin.

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