Menaces de mort envoyées à 42 députés: l'auteur des mails condamné à 10 mois de prison ferme

Ambre Lepoivre
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À l'heure où l'on reçoit des centaines de mails par jour, utiliser une formule de fin qui sort du lot peut retenir l'attention de votre interlocuteur.  - Jason Rogers - Flickr - CC
À l'heure où l'on reçoit des centaines de mails par jour, utiliser une formule de fin qui sort du lot peut retenir l'attention de votre interlocuteur. - Jason Rogers - Flickr - CC

"C’est un sacré plaisantin celui qui a fait ça." Cette tentative malhabile du prévenu n'a pas suffi à convaincre la 23e chambre du tribunal judiciaire de Paris qui a décidé de le condamner, ce jeudi, à 18 mois de prison - dont 8 mois de sursis probatoire pendant 3 ans - en raison des mails hostiles qu'il a adressés à 42 députés, les 5 et 6 mars dernier. En cause: des objets de mails obscurs, des images de décapitation et des injures non dissimilées qui ont poussé, le 9 mars, le président de l'Assemblée nationale à saisir la justice.

Face au prévenu, placé en détention provisoire depuis le 18 mars, la présidente énumère les messages incriminés: le 5 mars, elle relève une menace de décapitation expédiée aux 42 députés, accompagnée de la formulation, "vous allez le payer bande d’enculés de merde". Le 6 mars à 10h44, ils reçoivent un autre mail avec pour objet: "Jacqueline, la mort ou le Tchitchi", avec la photo d'une élue et celle d'une personne en train de se faire égorger.

Le même jour, un autre mail est envoyé dans lequel il est inscrit: "Les Français, on va vous faire votre fête bande d’arrogants. Révolution".

Victime d'un piratage?

L'homme accusé d'être l'auteur de ces messages nie. Âgé de 34 ans et originaire du Cameroun, il se montre peu coopératif et élude les questions posées par la juge. Une phrase revient cependant en boucle: "J'ai été victime d'un piratage." "Quel intérêt aurait quelqu’un à aller sur votre adresse mail envoyer ces messages aux députés?", l'interroge alors la magistrate. L'une des possibilités, selon lui, est qu'un individu vivant dans le même hôtel social que lui à Vincennes (Val-de-Marne) se soit introduit dans sa chambre - qu'il ne ferme jamais à clé - et qu'il ait fait ces envois.

"Il a y deux, trois personnes avec qui je m’entends mal, mais je ne sais pas... Ça peut être n’importe qui". "Comme vous", le coupe la présidente. "Oui, mais ce n’est pas moi. Vu que je ne suis pas l’auteur, ma seule explication c’est le piratage", martèle-t-il.

Mais des indices jouent contre lui. Durant l'enquête, son adresse mail à pu être reliée à des courriels de menaces dont les policiers ont retrouvé trace dans sa boîte d'envoi. Et puis, s'il sagit d'un piratage, "pourquoi n'a-t-il absolument pas coopéré à l'enquête? Il a fait obstacle à toutes les investigations en refusant de donner ses codes de téléphones et l'exploitation du matériel saisi", relève la procureure de la République qui considère la thèse du piratage "absurde".

"Il n'est pas très malin, il a trois adresses mails mais elles commencent toutes par son identité", ajoute, sardonique, la magistrate du parquet.

"Faut être malin"

Mais justement, "si c’était moi, j’aurais pris un pseudo. Faut être malin", tente le mis en cause qui est parallèlement rattrapé par son passé. Le 28 novembre 2018, ce livreur chez Deliveroo a déjà été condamné à 4 mois de prison avec sursis pour menaces de mort réitérées. L'avocat du trentenaire entre alors en scène et balaie le caractère menaçant des messages envoyés.

"Certes ils ne sont pas agréables, c’est une intimidation, mais ce n’est pas une menace de mort. Il y a bien l’image de l’égorgement mais l’objet du message fait référence à un 'assassinat symbolique', est-il écrit. Il faut le marteler. D’autant que les députés eux-mêmes ne se sont pas sentis menacés puisqu’ils n’ont pas fait la démarche de porter plainte. C'est le président de l'Assemblée nationale qui a signalé ces mails", argumente-t-il.

L'avocat plaide la relaxe de son client face aux réquisitions de la procureure qu'il juge "sévères". Celle-ci a demandé au tribunal de le condamner à une peine de 15 mois d'emprisonnement dont 9 mois assortis d'un sursis probatoire de 3 ans, avec obligation de travail ou formation ainsi que de soins psychiatriques. Le tribunal a finalement décidé d'aller au-delà des réquisitions du parquet.

Article original publié sur BFMTV.com