Menacés de licenciement, les ouvriers de Ferropem s'attaquent à la "Bastille des actionnaires"

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"Les nouveaux seigneurs sont les actionnaires": bonnets phrygiens sur la tête et tambour battant, des salariés de Ferropem, menacés de licenciement, ont symboliquement "pris" mercredi le château de Vizille (Isère), haut-lieu de la Révolution française.

Le 30 mars, Ferroglobe, la maison-mère de Ferropem, avait annoncé la fermeture de ses deux usines alpines, avec à la clef la suppression de 131 emplois aux Clavaux (Isère) et 221 emplois à La Léchère (Savoie). Motif invoqué: le "défaut de compétitivité" de ces usines spécialisées dans la production de silicium.

"Vizille, c'est de là qu'est partie la Révolution française", rappelle l'avocat du comité d'entreprise Ralph Blindauer.

Aujourd'hui, "c'est le 14 juillet et là, c'est la Bastille des actionnaires, la Bastille de l'argent-roi qui anéantit deux usines. On ne pouvait pas ne pas faire le parallèle", lance Me Blindauer.

Une soixantaine de manifestants - des salariés et leur famille, ainsi que quelques "gilets jaunes" -, portant pour certains un bicorne flanqué d'une cocarde bleu-blanc-rouge, et chantant une Carmagnole revisitée, ont joué les révolutionnaires en ce jour de Fête nationale pour investir dans une ambiance bon enfant le château de Vizille.

Ce site historique avait accueilli une assemblée des trois ordres du Dauphiné en 1788, annonciatrice de la Révolution de 1789, qui mit fin à l'Ancien Régime.

Le siège du groupe à Madrid, "pour moi c'est la Bastille des temps modernes", avance de son côté le délégué syndical central FO Mourad Moussaoui.

Ferroglobe met en avant des pertes, résultant d'une baisse de la demande et de la chute des cours depuis 2018 en raison de la concurrence du silicium chinois, mais les syndicats dénoncent des erreurs de gestion.

Un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) doit être négocié jusqu'au 7 octobre.

Les quatre autres usines françaises du groupe ne sont pas menacées.

- Problème "politique" -

Depuis l'annonce de la fermeture des deux usines alpines, les salariés ont "pris à contrepied" les dirigeants du groupe en ne faisant pas grève mais "en se retroussant les manches pour leur montrer qu'ils se trompent", explique M. Moussaoui.

Le responsable syndical assure que la production a retrouvé depuis un "prix de revient parmi les meilleurs".

"Ils auront du mal à justifier ce PSE parce qu'aujourd'hui on a prouvé à tout le monde que tout était infondé", poursuit-il.

Brandissant un drapeau où est inscrit "révolution, Ferropem Les Clavaux sauvons nos emplois", Karen Nadi dit avoir "mal au cœur" à la perspective de voir fermer cette "usine familiale".

"C'est une petit village où il n'y a pas de commerce. Il n'y aura plus de mouvement; ça va être triste", se désole celle dont le grand-père et l'oncle ont travaillé pour Ferropem.

Pour Me Blindauer, qui juge le PSE proposé "pas à la hauteur des enjeux", des alternatives à la fermeture de ces sites restent possibles.

Pour lui, leurs perspectives sont en effet "favorables", la maison-mère ayant, affirme-t-il, "profité d'un bas de cycle" pour annoncer ces deux fermetures.

"Il faut que l'Etat joue son rôle. Le problème devient politique (...) il faut nationaliser Ferropem", lance-t-il, alors que les représentants des salariés doivent se rendre à Bercy le 23 juillet.

M. Moussaoui fait également valoir que Ferropem est le dernier fabriquant de silicium en France et l'un des derniers en Europe,alors que ce matériau est indispensable à de nombreuses industries.

"Je crois qu'on peut être la nouvelle +Silicon Valley+ du 21e siècle (...) mais la différence c'est que nous, on fabrique vraiment du silicone (qui est un dérivé du silicium) et on habite vraiment dans une vallée", ajoute-t-il.

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