Melissa Lucio, condamnée pour la mort de sa fille Mariah, bientôt exécutée au Texas

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Melissa Lucio doit être exécutée le 27 avril prochain au Texas. Reconnue coupable d’avoir tué sa fille de 2 ans, elle est la première femme d’origine hispanique dans le couloir de la mort dans cet État. Un documentaire, L’État du Texas contre Melissa, a mis en lumière son cas, semé le doute et généré une vaste mobilisation d'activistes anti-peine de mort, mais aussi de militants anti-IVG ou encore de Kim Kardashian.

De notre correspondant à Houston,

Depuis 15 ans, Melissa Lucio attend en prison son exécution. L'affaire remonte à 1997 lorsque sa fille de deux ans, Mariah, est retrouvée inconsciente dans son appartement à Harlingen, dans le sud-est du Texas, proche de la frontière mexicaine. Les secours ne parviennent pas à la réanimer.

Les marques sur le corps de l'enfant conduisent la police à penser à un homicide. La médecine légale précisera que le décès est dû à un choc violent sur sa tête. Mariah était tombée d’un escalier quelques jours avant son décès.

Melissa Lucio est arrêtée. Son interrogatoire dure plus de cinq heures. « En fait, ils ont essayé de me faire admettre que j’étais responsable de sa chute. Et je n’ai pas cessé de leur dire que je n’avais pas fait de mal à ma fille. Ils étaient grossiers, brutaux. Ils n’arrêtaient pas de me montrer du doigt et me menacer pour que j’avoue quelque chose que j’aurais été incapable de faire à mon enfant. »

Ce témoignage, issu du documentaire L’État du Texas contre Melissa, est suivi par les vidéos de son interrogatoire dont voici un verbatim :

Policier 1 : « C’est votre chance d’établir la vérité. Car pour l’instant, ça ressemble à un meurtre qualifié et vous êtes une meurtrière. Êtes-vous une tueuse de sang froid ?

Melissa : Non, je ne le suis pas.

Policier 1 : Ah ! Vous êtes juste une mère exaspérée qui s’en est pris à elle.

Policier 2 : Vous savez que quelque chose sonne faux.

Melissa : Non, je ne sais pas.

Policier 2 : Si je vous montre toutes ces photos. Si je vous frappe à mort comme cet enfant l’a été, je pense que vous seriez morte aussi.

Melissa : Je jure que je n’ai pas battu ma fille, Monsieur.

Policier 2 : Non ?

Melissa : Je ne suis pas aussi cruelle avec mes enfants, Monsieur.

Policier 2 : « Alors d’où viennent ces ecchymoses sur ce pauvre enfant ? »

Une technique d’interrogatoire qualifiée depuis de « brutale ». « Elle a répété son innocence au moins 100 fois, dénonce Sandra Babcock, professeure de droit à l’Université Cornell et avocate de Melissa Lucio. Mais la police n’a pas accepté cette version et a continué de réclamer ses aveux de culpabilité, jusqu’à ce qu'elle craque et admette être responsable de certaines blessures constatées sur sa fille. Mais c’était une confession obtenue sous la contrainte. Et dans le documentaire, vous pouvez voir à quel point les policiers sont agressifs. Ils la dominent de toute leur taille, l’un d’entre eux lui parle à 2 cm de son visage. Ils portent des armes, la majorité sont des hommes. Et pour une femme qui a subi la violence des hommes toute sa vie, c’était une situation terrifiante. La seule chose qu’elle a pu faire pour que ça cesse, fut de leur dire ce qu’ils voulaient entendre. »

Melissa avoue finalement avoir fessé et mordu sa fille. Le procureur considère ces aveux comme une confession de meurtre et réclame la peine de mort. Le jury va suivre le procureur sans avoir entendu aucun des 13 autres enfants de Melissa Lucio, ni aucun expert médical.

Les enfants, aujourd'hui adultes, affirment n’avoir jamais assisté à aucune violence de leur mère et certains ont assisté à la chute de Mariah. Cinq anciens jurés réclament un nouveau procès. Dans le même temps, le père de l’enfant, signalé auprès des services de police pour violences domestiques, n’est lui condamné qu’à quatre années de prison.

Peu après le procès, en 2014, le procureur dans cette affaire, Armando Villalobos, est condamné pour corruption à 13 années de prison. Il réclamait de l’argent pour influencer son jugement et utilisait ce procès pour mobiliser sa base politique et assurer sa réélection.

Alors les doutes entourant ce procès et la date fatidique approchant ont conduit à une mobilisation rare : plus de la moitié du Parlement texan, près de 90 démocrates et républicains, demande de suspendre cette exécution. Y compris des partisans de la peine de mort, comme l’élu républicain de Plano, Jeff Leach.

« En tant que républicain conservateur, j’ai toujours été en faveur de la peine capitale pour les crimes les plus horribles. Mais je n’ai jamais vu un cas aussi troublant que celui de Melissa Lucio, explique Jeff Leach. Certains diront que demander un sursis de l’exécution ou une commutation de peine affaiblit notre système de justice criminelle. Je pense que si l’on fait tout ce que l’on peut pour s’assurer qu’un innocent ou un potentiel innocent ne soit pas mis à mort par l’État (du Texas), on rend notre système de justice plus fort. Et on rend justice à Mariah et à la famille Lucio. Je veux pouvoir parler aux leaders religieux et ceux qui envahissent ce Parlement quand on discute de loi contre l’avortement. Je vous demande donc et vous supplie de défendre ce cas aussi, car la vie d’une Texane qui a selon toute évidence l’air d'être innocente est en jeu. »

Il est très rare que la commission des libérations conditionnelles du Texas revienne sur une condamnation à mort. Mais John Lucio espère. L'aîné des enfants rend visite à sa mère une à deux fois par semaine.

« Ma mère n’envisage aucune date d’exécution. Elle est confiante. Elle dit qu'elle va rentrer à la maison et vivre avec nous, elle sera alors notre baby-sitter. Ma mère se sent vraiment bien, on est allé la voir avec cette super nouvelle que Kim Kardashian la soutient. On ne sait qu’une chose : quand elle va rentrer, elle va devoir nous cuisiner beaucoup de repas. »

Le gouverneur du Texas aura le dernier mot, après l’avis de la commission des libérations conditionnelles. Mais la dernière fois qu’il a commué une exécution en peine de prison, c’était parce que les membres de la famille de la victime lui avaient demandé de le faire. Et aujourd'hui, tous les enfants de Melissa Lucio le supplient de gracier leur mère.

Le nouveau procureur en charge de l'affaire de Melissa Lucio, Luis Saenz, procureur du district de Cameron County, pense que la cour d'appel criminelle va émettre un sursis et repousser la date de l’exécution. Sans quoi il le fera lui-même, en attendant que les 17 recours soient étudiés.

La pétition pour demander la clémence de l'État du Texas envers Melissa Lucio

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