« Mektoub My Love » : Abdellatif Kechiche chahuté pour son retour en public

Le réalisateur franco-tunisien Abdellatif Kechiche s’exprime lors de sa masterclass au festival Cinemed à Montpellier, , le 28 octobre 2022.
PASCAL GUYOT / AFP Le réalisateur franco-tunisien Abdellatif Kechiche s’exprime lors de sa masterclass au festival Cinemed à Montpellier, , le 28 octobre 2022.

CINÉMA - Retour attendu mais agité pour le cinéaste franco-tunisien. Le réalisateur Abdellatif Kechiche, tapi dans l’ombre depuis le Festival de Cannes 2019, assure qu’il travaille activement à la sortie des deux derniers volets de sa trilogie Mektoub My Love, a-t-il expliqué ce vendredi 28 octobre à Montpellier.

Il y a trois ans, son film Mektoub My Love : Intermezzo, qui comportait des scènes de sexe très crues, avait suscité la polémique et choqué lors du festival de Cannes. Ophélie Bau, nommée aux César pour sa prestation dans le premier volet de Mektoub My Love - Canto Uno en 2016, avait monté les marches mais s’était éclipsée avant la projection du film.

Le réalisateur, Palme d’Or en 2013 pour La vie d’Adèle, ne s’était plus montré en public depuis cet épisode et on ignorait tout de l’état d’avancement de ce film, bien qu’il ait promis d’en modifier le montage pour écarter les plans qui gêneraient son actrice, comme de son troisième volet.

« Ils sont filmés, ils sont au montage, au remontage. J’y passe mon temps, depuis toutes ces années. Je n’ai fait pratiquement que ça : monter, remonter, essayer… J’espère bientôt la fin de Mektoub », a expliqué le cinéaste de 61 ans lors d’une « master-class » devant plusieurs centaines de spectateurs, au festival du cinéma méditerranéen (Cinémed) de Montpellier, dont il est l’un des invités d’honneur.

« J’écris aussi des scénarios, mais je ne suis pas encore sûr de celui que je vais bientôt aborder en préparation, casting, etc. », a-t-il ajouté, suggérant qu’il tournerait probablement à nouveau dans cette région Occitanie où il « se sent bien ».

Pour expliquer son retour, après avoir exprimé son envie « de ne plus paraître », Abdellatif Kechiche explique avoir « senti ce devoir de montrer ma gratitude aux personnes qui m’ont portées ».

« Ici aussi, on se lève et on se casse »

Malgré ces nouvelles, la venue du metteur en scène a suscité la colère de manifestants féministes. Avant et après sa master-class, une vingtaine de personnes ont protesté devant le palais des congrès pour dénoncer la venue du réalisateur, l’accusant de « sexisme » dans sa manière de filmer les femmes et dénonçant au passage ses méthodes de travail qui s’apparenteraient à du harcèlement.

« Devant Kechiche aussi, on se lève et on se casse », pouvait-on lire sur des pancartes de manifestants féministes en marge d’une master-class du réalisateur Abdellatif Kechiche.
PASCAL GUYOT / AFP « Devant Kechiche aussi, on se lève et on se casse », pouvait-on lire sur des pancartes de manifestants féministes en marge d’une master-class du réalisateur Abdellatif Kechiche.

« Le travail avec les acteurs et les actrices, ça se passe parfois merveilleusement bien, et puis parfois, ça peut aussi se passer très mal », a reconnu le réalisateur, en disant toutefois préférer que le « linge salle se lave en famille ». Prêt à aborder tous les sujets, comme la soirée de projection de Mektoub My Love : Intermezzo à Cannes en 2019, il a affirmé qu’il « n’était pas conscient sur le moment de ce qui s’est passé » ce soir-là : « Je ne savais pas que les deux acteurs (Ophélie Bau et Roméo de Lacour) les plus concernés par le film étaient partis. Autrement, la projection n’aurait pas eu lieu », a-t-il lancé.

Quelques militantes féministes l’ont alors interrompu depuis les rangs du public, en scandant « Ici aussi, on se lève et on se casse », en référence au départ fracassant d’Adèle Haenel lors des César 2020 après un prix remis au cinéaste Roman Polanski pour le film J’accuse. Invitée à s’exprimer au micro, l’une d’entre elles a dénoncé sa venue, soulignant notamment qu’il avait fait l’objet d’une plainte pour agression sexuelle (classée sans suite en 2020).

« Je pense que vous desservez la cause que vous êtes censée défendre », a répondu calmement le cinéaste. « On milite comme on veut ! », a répliqué la jeune femme. « Je crois que les films que je fais ont parlé et que je n’ai pas besoin de faire de discours sur ces films pour (que l’on comprenne) que tout ce dont je suis accusé est proprement stupide », a ensuite soupiré le réalisateur pour mettre un terme à la discussion.

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