"Mein Kampf": comment le pamphlet antisémite d'Hitler a été réédité en France

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Une ancienne édition de
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La traduction en français, et contextualisée de Mein Kampf, exposé de l'idéologie raciste et antisémite d'Adolf Hitler, paraît ce mercredi. C'est l'éditeur Fayard qui publie l'ouvrage hautement controversé, sous le titre "Historiciser le mal, une édition critique de Mein Kampf".

Une réédition qui a fait polémique dès l'annonce du projet, en 2015. "C'est un appel à la haine, peu importe s'il n'y a plus personne pour le revendiquer, je suis contre la publication de ce texte même avec des commentaires", avait par exemple critiqué l'écrivain Marek Halter.

Pour l'éditeur, il était important d'éviter "que n’importe qui puisse se mettre à faire une édition critique de ce livre dans le but d’une manipulation ou d’une récupération politique", alors que l'ouvrage venait de tomber dans le domaine public, comme l'a expliqué ce mercredi sur LCI, Sophie Hogg, directrice éditoriale des éditions Fayard.

Une source historique importante

"Rééditer Mein Kampf est intéressant et utile pour le travail de l'Histoire et la connaissance de cette période, du nazisme, du IIIe Reich et d'Adolph Hitler", estime pour sa part Antoine Vitkine, journaliste au Monde, et auteur de Mein Kampf, Histoire d'un livre, témoignant sur BFMTV.

Le brûlot antisémite pétri de haine, écrit par Hitler de fin 1923 à fin 1924, alors qu'il était emprisonné après un putsch raté, et paru en 1925, ne bénéficiait pas en France d'une édition contextualisée.

"Mein Kampf n'existait pour l'heure que sous la forme d'une édition fac simile de l'édition originale en français, de l'édition de 1934, par une petite maison d'édition qui a des liens avec la droite de la droite. Il était donc utile d'avoir une édition intégrale de référérence, mieux traduite, et surtout commentée et analysée par des historiens. C'est une source historique importante pour comprendre le IIIe Reich. Une source historique longtemps sous-estimée, notamment par les historiens".

Une traduction complexe

"J'ai l'impression d'avoir manié de l'uranium radioactif" évoquait sur RTL ce mercredi matin, Olivier Mannoni le traducteur qui a travaillé sur le texte. Cette nouvelle traduction du livre d'Hitler lui a pris 8 ans et a été faite au côté d'historiens. Un travail d'une incroyable complexité, mêlant linguistique et histoire.

Si la traduction de 1934 enjolivait le texte, pour qu'il soit lisible, compréhensible et accessible du public, l'objectif de celle-ci était tout autre.

Pour cette nouvelle traduction il a fallu au contraire coller le plus fidèlement possible au texte, sans tenter de l'améliorer, de manière à "respecter l'illisibilité de Mein Kampf". Il s'agissait à la fois d'en préserver les "maladresses" de style, euphémise Olivier Mannoni, et de "permettre aux lecteurs français de voir ce qu'il y avait dedans".

C'est là qu'est intervenue "une équipe d'historiens extrêmement compétente à la fois sur les problèmes linguistiques, sur l'histoire des mots", qui ont aidé le traducteur à revenir à un texte, qui n'est "pas un calque", mais "un texte brut: on voit ce qu'ont lu les gens en Allemagne à l'époque", souligne encore le traducteur.

"Le travail des historiens et leurs connaissances permettent de déconstruire la façon dont Hitler se met en scène dans son parcours. (...) Mais sans l’appareil critique que proposent les historiens, il est impossible de distinguer le vrai du faux", ajoute Sophie Hogg.

Un public averti

Chez les libraires, les avis sont partagés. Le livre est destiné "aux universités et aux bibliothèques", estime ainsi le libraire parisien Jérémy Derny, interrogé par RMC. Il a décidé de ne pas le proposer à la vente dans sa librairie.

D'autres encores, en ont commandé, mais sans le mettre en rayon. "Nous avons demandé à ce qu’il y ait un système de click and collect, ce sont les clients qui vont commander le livre au libraire et qui ensuite viendront le chercher comme ce que nous avons vécu durant le confinement. Ce qui évitera les piles dans les librairies ou dans les Fnac", a précisé Sophie Hogg sur LCI.

"Cette édition s'adresse d'abord à des amateurs très éclairés d'Histoire, mais aussi à des enseignants et des étudiants en Histoire, qui consulteront l'ouvrage avec un certain intérêt", souligne Antoine Vitkine.

Historiciser le mal, une édition critique de Mein Kampf paraît en édition limitée à 12.000 exemplaires, et coûte 100 euros. Tous les droits du livre seront reversés à la Fondation Auschwitz-Birkenau.

Article original publié sur BFMTV.com