Le meeting de Zemmour à Villepinte offre le pire de l'extrême droite

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Alors que le candidat a livré un discours particulièrement dur, plusieurs heurts ont éclaté dans la salle.

POLITIQUE - “Je n’ai pas l’habitude de prendre le RER B, et quand je le prends, c’est à Port-Royal, dans les quartiers chics”. Ce dimanche 5 décembre à Villepinte, Éric Zemmour a réussi à faire venir dans cette “enclave étrangère” qu’est à ses yeux la Seine-Saint-Denis ce militant issu d’un public peu habitué à se rendre de ce côté de la région parisienne. 12.000 selon l’équipe du candidat qui concevait cette démonstration de force. “Près de 15.000”, a renchéri la vedette du jour, alors qu’au même moment plusieurs rangées de chaises restaient inoccupées. 

Certains sont venus de loin, voire de très loin. Comme ce jeune homme, la petite vingtaine, semblant sorti d’un mariage dans son costume des grands jours, qui annonce avoir fait le trajet depuis les Landes, où il a rejoint des amis, venus eux d’Orléans. Ce qui leur plaît dans la candidature du polémiste? Le fait qu’il ne soit pas issu du sérail. Et puis, personne dans l’offre politique ne leur correspondait vraiment. ”Depuis 40 ans, il n’y a que des gens qui sont là pour être élus”, déplore Lucas, qui estime, comme ses comparses, que les carences programmatiques du candidat ne sont pas des obstacles: “il a vocation à être un chef d’État, pas un manager de McDonald’s”. 

“Il doit être roi de France”

Plusieurs heures avant le discours, l’ambiance était électrique dans la salle, où des drapeaux tricolores étaient distribués au public. Marseillaise, chants militaires, “on est chez nous”... Le public se chauffe. Un peu trop même. Car il a fallu que la sécurité intervienne pour exfiltrer (temporairement) les journalistes de Quotidien sous les huées et les insultes.

Viennent en suite les choses sérieuses. Le meeting donc, censé faire entrer le polémiste dans le costume du candidat à l’élection présidentielle. Sur la scène tricolore balayée par des dizaines de projecteurs façon concert, plusieurs soutiens de l’ancien journaliste sortent du bois, de Paul-Marie Coûteaux à Jean-Frédéric Poisson, en passant par Jacline Mouraud, ex-figure des gilets jaunes. 

“Zemmour doit incarner le corps immémorial et immortel de la France. Il doit n’être rien d’autre que ce que la France attend depuis un demi siècle. Il n’est pas assez d’être Président de la République, il doit être roi de France”, a notamment lancé Paul-Marie Coûteaux, emportant le public. Chez les journalistes, l’information s’évente: le parti que va dévoiler le candidat s’appellera “Reconquête!”. Difficile de ne pas y voir une référence directe à la “Reconquista”, cette période médiévale durant laquelle les royaume chrétiens de la péninsule ibérique ont chassé les musulmans. Une notion qui a la cote à l’extrême droite, puisque c’est par exemple au nom de cet idéal que l’association (aujourd’hui dissoute) Génération identitaire avait justifié l’occupation de la mosquée de Poitiers.    

              La meute est désormais lancée à mes trousses, les journalistes veulent ma mort sociale, et les jihadistes ma mort tout court." Éric Zemmour, candidat à l'élection présidentielle

Ce qui, en réalité, donnait le ton de ce qui allait suivre. Une fois sur scène après avoir difficilement fendu la foule entourée d’une nuée de caméras (et avoir été violemment attrapé au cou par un individu), Éric Zemmour a déroulé un discours d’une rare virulence pour qui cherche à se présidentialiser. Il a surtout cogné sur le “système” dans lequel il range les “journalistes militants”, les “juges aux ordres” et autres “cyniques” qui “volent la démocratie au peuple”. Et de prévenir, au sujet de la presse, ses admirateurs, particulièrement réceptifs de cette logorrhée populiste: “s’ils me détestent, c’est parce qu’ils vous détestent”. Un refrain aux accents trumpistes entonné durant de très longues minutes. “La meute est désormais lancée à mes trousses, les journalistes veulent ma mort sociale, et les jihadistes ma mort tout court”, a-t-il poursuivi, dressant un parallèle a minima intrigant. 

Déroulant sur ses classiques qu’il a maintes fois servis -“islamisation de la France”, “idéologie LGBT”, ”immigration zéro”- le candidat a esquissé le (tout) début d’un programme, très libéral sur le plan économique. Baisse des impôts de production, baisse des cotisations sociales, création d’un “puissant ministère de l’Industrie”... Des objectifs qu’il avait, en réalité, déjà évoqués, mais dont il n’a rien précisé en plus d’une heure de discours. Même chose sur la sortie du commandement intégré de l’Otan, dont il avait déjà parlé, et qui a rencontré un franc succès auprès de l’auditoire.

Les coups pleuvent contre SOS Racisme

Lunettes de vue sur le nez, Éric Zemmour est ensuite revenu sur son terrain favori, le diagnostic d’une France en déclin qu’il entend sauver, en prenant tout de même le soin d’adresser une attaque personnelle contre Emmanuel Macron, cette “marionnette de la gauche” qu’il entend terrasser dans les urnes: “nous laisserons cet adolescent se chercher éternellement”. Pendant ce temps, l’ambiance se dégradait considérablement dans la salle du Parc des expositions de Villepinte. Et pour cause, plusieurs heurts ont éclaté alors qu’il s’exprimait encore. Venus pour protester contre la tenue de ce meeting, des militants de SOS Racisme ont été pris pour cible, et pour certains blessés, par ses partisans.

   

Des groupuscules vêtus de noirs se promenaient dans la salle, sans que l’on sache précisément leurs relations avec la sécurité. Équipés de bâtons, parfois cagoulés, ces individus sont en tout cas impliqués, comme le montrent nos images tournées sur place. Les chaises virevoltaient. Les coups fusaient. Éric Zemmour, qui voulait que ce meeting lui permette d’endosser définitivement le costume de candidat, aura surtout montré que cette première a réuni, dans le discours comme dans les gestes, ce que l’extrême droite produit de pire.  

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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