La MDMA serait bénéfique pour traiter les patients atteints de stress post-traumatiques

Maxime Poul
·5 min de lecture
La MDMA, drogue populaire en milieu festif, soulagerait les personnes atteintes d'un trouble de stress post-traumatique (TSPT) lorsqu'elle est associée à une thérapie.

Une nouvelle étude a montré que la MDMA, connue pour être le principe actif de l'ecstasy, peut apporter un soulagement lorsqu'elle est administrée lors d'une thérapie de la parole pour les personnes atteintes de troubles du stress post-traumatique (TSPT).

La MDMA va-t-elle être autorisée à des fins thérapeutiques ? Une récente étude américaine a démontré que le MDMA, le principe actif de la drogue qu'est l'ecstasy, soulage les personnes atteintes d'un grave trouble de stress post-traumatique lorsqu'elle est associée à une thérapie par la parole. 

Sur les 90 personnes qui ont participé à cette étude relayée par le New York Times, les patients qui ont reçu de la MDMA pendant leur traitement ont connu une réduction significative de leurs symptômes par rapport à ceux qui ont reçu un traitement placebo. Deux mois après avoir reçu le traitement, 67% des patients ayant reçu de la MDMA ne sont plus en état de stress post-traumatique contre seulement 32% des personnes du groupe placebo. 

Aucun effet secondaire grave relevé

Le quotidien new-yorkais révèle que la prise de MDMA n'a produit aucun effet secondaire indésirable grave, mais que certains patients ont présenté des symptômes bénins comme des nausées ou une perte d'appétit. 

Pour que la MDMA soit approuvée pour un usage thérapeutique, la Food and Drug Administration (FDA) a besoin qu'un nouvel essai clinique de phase 3, actuellement en cours sur une centaine de participants, se montre concluant. L'approbation pourrait intervenir au cours de l'année 2023. 

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Les experts en santé mentale se sont réjouis des premiers résultats des essais cliniques et espèrent qu'ils pourraient ouvrir la voie à d'autres études sur le potentiel de la MDMA à traiter d'autres pathologies mentales difficiles à traiter. Parmi elles, la toxicomanie, les troubles obsessionnels compulsifs (Toc), les phobies, les troubles de l'alimentation, la dépression, l'anxiété de fin de vie ou encore l'anxiété sociale chez les autistes adultes. Selon eux, ces études pourraient également encourager des recherches supplémentaires sur d'autres psychédéliques interdits tels que le LSD, la psilocybine (principe actif de certains champignons hallucinogènes) ou encore la mescaline. 

"Un moment merveilleux"

"C'est un moment merveilleux et fructueux pour la science, car les gens vont pouvoir considérer ces substances comme thérapeutiques, ce qui n'est pas arrivé en 50 ans", a déclaré Jennifer Mitchell, neuroscientifique à l'Université de Californie de San Francisco et auteure principale de l'étude. 

D'autres experts préfèrent prendre ces résultats avec des pincettes. C'est le cas d'Allen James Frances, professeur émérite et ancien président de psychiatrie à l'Université Duke, qui n'a pas participé à l'étude : "[Les nouveaux traitements] ne sont jamais aussi merveilleux qu'ils le paraissent à première vue. Tous les nouveaux traitement en médecine ont toujours eu un effet de halo temporaire du fait qu'ils sont nouveaux et qu'ils promettent plus que ce qu'ils peuvent probablement offrir."

Un traitement à prendre en complément d'une thérapie

Sarah Mitchell tient à préciser que contrairement aux produits pharmaceutiques traditionnels, la MDMA n'agit pas comme un pansement pour atténuer les symptômes du TSPT. Il faut que cette dernière soit utilisée en complément d'une thérapie pour que le cerveau traite les souvenirs douloureux et se guérisse. Sans thérapie, sa prise ne produirait probablement aucun effet bénéfique. 

"Ce n'est pas un médicament, c'est une thérapie améliorée par le médicament", a déclaré Rick Doblin, directeur de l'Association multidisciplinaire pour les études psychédéliques et également auteur de l'étude.

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Les scientifiques ayant mené cet essai clinique expliquent que pour que le processus fonctionne, les patients doivent être préparés à s'engager dans leur traumatisme. Le 90 participants à l'étude ont dans un premier temps suivi des sessions préparatoires avec deux thérapeutes puis en trois séances de huit heures chacune espacées d'un mois, ils ont reçu soit un placebo inactif, soit de la MDMA. 

"Cela m'a vraiment fait comprendre ce qu'est le sentiment de joie"

Le groupe de participant ayant participé à cet essai clinique de phase 3 comprenait des anciens combattants, des victimes d'agressions sexuelles, de fusillades de masse, de violences domestiques ou de traumatisme infantiles. Chacun d'entre eux avait un TSPT sévère depuis au moins 14 ans et 90% ont déjà envisagé de se suicider. 

Plusieurs patients ayant reçu de la MDMA au cours de l'étude ont témoigné auprès du New York Times sur les bienfaits de leur thérapie améliorée par le médicament. Nathan McGee, âgée de 43 ans, suivi depuis son adolescence pour anxiété et dépression était "toujours en colère sans raison", selon ses propres termes. Guidé par les thérapeutes et la MDMA, l'homme qui a vécu un traumatisme à l'âge de 4 ans a revisité sa mémoire traumatique à travers ses yeux d'enfant de 4 ans dégagé de stigmates, d'interprétations d'adultes ou d'émotions fortes. "Cela m'a permis de m'accepter et de reconnaître qui je suis", a-t-il déclaré. Depuis sa participation à l'étude, il a déclaré se mettre beaucoup moins en colère et avoir appris à profiter de certains moments. "Je découvre continuellement de nouvelles choses et je m'améliore. Cela m'a vraiment fait comprendre ce qu'est le sentiment de joie."

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