Mauvaise passe pour l’autre Bollywood

Des ouvriers débraillés courent de droite à gauche pendant qu’Arbaz Khan colle soigneusement une grosse moustache sur son visage rasé de frais. Ses cheveux impeccablement coiffés et ses joues glabres ne correspondent pas à son allure de fier Pachtoune. Il inspecte soigneusement sa nouvelle pilosité puis se met en place. On tourne une scène importante. Le héros a démasqué le grand méchant et se fait attaquer par des sbires barbus cachés derrière un arbre. Ceux-ci sortent de leur abri de feuillage, les yeux grands ouverts et armés jusqu’aux dents. Sultan Khan, le personnage qu’il interprète, tire un revolver d’un holster de cuir et vise tranquillement. “Pan, pan, pan”, articule-t-il pendant que son corps tressaute sous l’effet des tirs imaginaires.

“Les acteurs sont respectés dans le monde entier”, affirme Arbaz Khan, une fois la scène en boîte, en se passant la main dans les cheveux tout en veillant à ne pas étaler l’épaisse couche de faux sang qui lui couvre les mains et le visage. “Ils sont considérés comme les représentants de leur pays mais ici, au Pakistan, c’est le contraire : être acteur est quelque chose de honteux.” Acteur établi abonné aux rôles de héros, il est une star de l’industrie cinématographique pachtoune, ourdoue et penjabie de Lahore, qu’on appelle “Lollywood”. Son visage barré d’une fausse moustache s’étale sur des affiches de film dans tout le pays. Malgré la position privilégiée d’acteur prestigieux dont il jouit, les temps sont particulièrement durs pour Lollywood. Voilà dix ans que le cinéma pakistanais connaît un déclin continu.

Les acteurs menacés

L’une des principales raisons évoquées pour expliquer ce phénomène est la violence qui ravage le pays. Nombre de cinémas ont dû fermer dans les zones agitées, comme la province de Khyber-Pakhtunkhwa, et les habitants des grandes villes n’osent plus aller au cinéma de peur d’être victimes d’un attentat. Même les acteurs considèrent qu’ils sont davantage menacés par les extrémistes. “On est sur la liste noire, je vous le dis, assure Arbaz Khan. J’ai reçu beaucoup de coups de téléphone très menaçants. Certains artistes ont été enlevés, d’autres assassinés.” Parmi les autres raisons invoquées pour expliquer cette tendance, il y a la baisse de l’intérêt pour les productions locales et l’absence d’aide financière de l’Etat. Il faut ajouter que depuis la levée de l’interdiction des films indiens, il y a quelques années, Bollywood s’est mis progressivement à dominer le marché.

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