A Marseille, des quartiers submergés d'ordures après 12 jours de grève

Olivier LUCAZEAU
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"Prise en otage" des Marseillais côté direction, lutte pour cesser de travailler "la peur au ventre" côté salariés, les ordures s'accumulaient toujours lundi dans certains quartiers de Marseille malgré un arrêté de réquisition, au 12e jour de grève d'une partie des éboueurs.

Selon la préfecture de police des Bouches-du-Rhône, "plus de 900 tonnes de déchets n'ont pu être collectées" depuis le début de ce mouvement, notamment dans le quartier historique du Panier, au coeur de Marseille, et dans les quartiers populaires du nord de la cité phocéenne.

Mais "il n'y a pas de sortie de crise en vue, les salariés ayant refusé la réquisition décidée ce matin par arrêté de la préfecture de police" pour motif sanitaire, a regretté lundi la métropole Aix-Marseille-Provence, compétente pour le ramassage des poubelles dans la seconde ville de France.

En attendant que la situation se débloque et que les éboueurs de Polyceo, une filiale de Derichebourg, reprennent le travail dans ces 2e, 15e et 16e arrondissements où il sont chargés du traitement des ordures, la métropole a annoncé le dépôt de huit bennes, lundi et mardi, dans les secteurs les plus touchés, "'afin que les habitants ne soient plus contraints de jeter leurs poubelles sur la voie publique".

Et des pénalités pour absence de service minimum sont appliquées à Derichebourg depuis le début du mouvement, à raison de 1.500 euros par jour.

Chez les 220 salariés de Derichebourg-Polyceo, en grève depuis le 17 décembre, les revendications sont claires: obtenir les "mutations" du directeur du site marseillais de l'entreprise et de son adjoint, qu'ils accusent de "harcèlement", ainsi que l'embauche d'un intérimaire annulée au dernier moment.

"La situation est toujours au même point, l'activité est à zéro, même s'ils ont essayé de jouer la carte de la réquisition", a assuré à l'AFP Lionel Martini, délégué syndical FO du site marseillais de l'entreprise.

"Il est impossible de réquisitionner des salariés du privé, même s'ils exercent une mission de service public", a-t-il argumenté, annonçant un recours en référé-liberté contre cet arrêté devant le tribunal administratif de Marseille.

- Héritage du "fini-parti" -

Et les grévistes sont déterminés à aller jusqu'au bout, malgré la menace pénale d'une amende de 10.000 euros voire d'une peine de six mois d'emprisonnement pour refus de réquisition. "On ne peut pas reprendre avec une direction avec laquelle on travaille avec la peur au ventre. Les licenciements, c'est une simple formalité pour eux, mais c'est la destruction d'une vie pour d'autres", explique ce représentant syndical depuis le début du conflit.

Dénonçant "un mouvement irrationnel", Thomas Derichebourg, président de Derichebourg Environnement, dont Polyceo est une filiale, a dénoncé de son côté "une prise en otages des Marseillais, un hold-up". "Il n'est pas question de céder à un ultimatum, c'est la première fois qu'on me demande la tête d'un dirigeant par voie de grève et de presse", s'est-il insurgé lundi auprès de l'AFP: "J'aimerais juste qu'on ait le fonctionnement normal d'une entreprise normale", a conclu Thomas Derichebourg.

"Il y a une volonté chez certains de prendre le contrôle de l'entreprise", a accusé Emmanuel Brun, directeur général de Poly-Environnement, la maison mère de Polyceo.

Il a aussi rejeté les critiques selon lesquelles les dirigeants marseillais agiraient en "dictateurs", affirmant notamment que les salariés de l'entreprise opérant sur le périmètre de Marseille "effectuaient en moyenne seulement 53% du temps de travail officiel" - un héritage du "fini-parti", ce système en place localement où les agents pouvaient quitter leurs postes une fois leur travail officiellement accompli.

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