Marquinhos en sentinelle : l'idée risquée de Thomas Tuchel

Ambre Godillon
Journaliste Yahoo Sport

Placé au milieu de terrain lors des deux derniers matches du PSG, Marquinhos va devoir s’habituer à endosser un rôle qu’il ne maitrise pas. Zoom sur le Brésilien.

Nul besoin de s’étaler sur les défaillances du mercato parisien pour en tirer le problème principal : l’absence de recrutement d’un milieu de terrain. Il faut dire qu’en un an, le PSG s’est séparé de Matuidi, a laissé Motta filer à la retraite, a cédé Pastore et a prêté Lo Celso. Une jolie brochette de départs qui n’a été comblée par l’arrivée d’un nouveau profil pour étoffer le milieu de terrain. Encore moins sur le plan défensif, où Papa Motta n’a biberonné aucun successeur, voyant même Callegari, le poussin de l’Académie, filer du côté de l’Italie.
In fine, malgré la ribambelle de noms qui a défilé pendant l’été (Kanté, Pjanic, Weigl, Milinkovic-Savic, Carvalho, Paredes etc), Thomas Tuchel est resté sur sa faim et a très vite dû composer avec un Diarra convalescent et un Marco Verratti toujours sujet aux rechutes. Pas le pied pour commencer une saison.

Qu’importe, le coach allemand n’a eu d’autres choix que de se plonger dans son effectif pour trouver celui qui, en l’absence de la perle rare, allait devoir boucher les trous. Et c’est Marquinhos qui a tiré le gros lot.

Lancé d’abord pour remplacer Diarra lors des 20 dernières minutes du Trophée des Champions face à Monaco devant une défense Silva-Rimane, puis face à Angers devant un trio Silva-Kehrer-Kimpembe, Marquinhos n’a pas franchement eu le temps de prendre ses marques. Car si dans les duels et la récupération des ballons, son apport ne fait pas tâche, difficile de ne pas remarquer ses difficultés dans le placement. Interrogé par nos soins en conférence de presse, Tuchel n’a pourtant pas caché, dans la foulée son envie de conforter le Brésilien dans ce poste inédit pour lui.

Résultat, à l’occasion du déplacement à Nîmes, l’ancien coach de Dortmund a réitéré l’expérience en plaçant « Marqui » devant une défense à quatre, cette fois. Sans grand succès. Délaissé dans les tâches défensives par un Neymar occupé à se projeter en attaque, pas vraiment aidé par les pertes de balles de ses coéquipiers dans l’entrejeu, et peu soutenu par un Rabiot déjà bien occupé à combler l’apprentissage éclair de Kimpembe et de Di Maria de son côté, le match n’a pas été de tout repos pour Marquinhos. Avec le titi parisien à ses côtés, les échanges ont d’ailleurs été proches du néant.

Sur le plan individuel non plus, et même s’il n’a pas manqué de bonne volonté, le défenseur central n’a pas franchement été à la hauteur. Techniquement dépassé, Marquinhos n’a pas l’habitude d’être un maitre dans l’art de tenir le ballon, pour mieux distribuer le jeu ensuite. Résultat, plusieurs mauvaises passes, trois fautes (plus que tout autre joueur), quelques ballons très dangereux rendus à l’adversaire nîmois, et même une relance ratée dans le dernier quart d’heure qui mène directement à une occasion des Crocodiles… Qui échoue miraculeusement sur la transversale d’Areola.

Tactiquement, ensuite, Marquinhos n’a pas semblé avoir ingéré le placement idoine pour gérer ce nouveau poste : entre la tentation de se replier aux côtés de Thiago Silva sur chaque contre, et la possibilité inédite pour lui de se projeter pour lancer ses compères d’attaque. Résultat, un no man’s land bien souvent dangereux au milieu de terrain parisien.

Difficile en tout cas d’en tenir rigueur à Marquinhos, victime collatérale du mercato parisien. Niveau mentalité, le n°5 est irréprochable, et on ne peut pas non plus le condamner sur deux petits matches. Et si Casemiro est maitre dans l’art de la conservation du côté du Real, c’est aussi parce qu’il est entouré de cadres techniques et créatifs comme Kroos ou Modric, ce que Rabiot n’a pas non plus la prétention d’être au PSG.

Difficile aussi d’en vouloir à Tuchel de composer avec les ingrédients dont il dispose, d’autant que Marquinhos a souvent démontré sa polyvalence. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’il avait dépanné au poste d’arrière gauche sous l’ère Laurent Blanc, finissant même par concurrencer directement Van der Wiel à son poste.

Et puis, déloger un défenseur central pour lui permettre d’évoluer en sentinelle n’est pas une grande nouveauté, et ces expérimentations s’avèrent parfois payantes. David Luiz, parfois lancé devant la défense, en est une bonne illustration. Fabinho, qui est désormais milieu défensif après avoir été latéral droit, en est également le parfait exemple.

“Marqui dispose beaucoup des qualités qu’on recherche. Il est très rapide, c’est un soutien au niveau du mental, il a cette personnalité là, c’est un joueur qui a le sens du sacrifice. C’est quelque chose d’important à ce poste au plus haut niveau, comme c’est le cas avec Casemiro, Fabinho, ou Busquets au Barça. Il a beaucoup de qualités qui le prédestinent à ce poste“, a d’ailleurs confirmé le technicien allemand sur le plateau de RMC Sport ce lundi.

Marquinhos, lui, n’a de son côté pas la prétention d’être une référence à un poste qu’il appréhende seulement depuis deux matches, alors qu’il achevait 4 saisons en tant que défenseur central, dans le sillage de son mentor Thiago Silva.

Alors oui, l’humilité, c’est aussi honorable que le travail fourni pour tenter de répondre aux exigences du coach. Avoir conscience du chemin à parcourir, c’est bien. Mais être bon sur le terrain, quand d’énormes échéances européennes pointent déjà le bout de leurs nez, c’est quand même franchement mieux.
Tuchel peut-il vraiment compter sur lui pour devenir une sentinelle à long terme ? En a-t-il vraiment besoin s’il souhaite se détacher du milieu à trois parisien ? A-t-il les armes pour remporter face à Liverpool la bataille du milieu ? Si Verratti ne se remet pas très vite sur pied, ne doit-il compter que sur Diarra ou Bernede sur le banc ?
Autant de questions que Tuchel devra très vite anticiper. Car dans moins d’une semaine, juste après la seule réception de Saint-Étienne, les Parisiens se rendront dans le stade incandescent d’Anfield pour une plongée bouillante dans la Champions League.
Et pour le chimiste allemand, l’heure ne sera plus aux expérimentations, mais au concret.

Ambre Godillon