Maroc: scandale après une vidéo qui montre des policiers espagnols frapper des mineurs migrants

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C’est une vidéo qui enflamme internet. Filmée en janvier 2021, elle montre, dans un centre d’accueil pour mineurs de la région de Tafira, aux Canaries, en Espagne, des policiers tabasser littéralement des jeunes migrants marocains.

C’est une vidéo d’un peu plus de quatre minutes, filmée depuis un étage du bâtiment. On y voit des adolescents suppliant les policiers d’arrêter de les rouer de coups. L’un des jeunes est allongé sur le ventre. Il est immobile et semble avoir perdu connaissance.

Tout au long de la scène, les policiers ne semblent tenir aucun compte des cris de ces jeunes recroquevillés sur le sol et qui sont giflés et frappés en permanence. Des images qui ont donc fait le tour des réseaux sociaux, si bien que Rabat a convoqué l’ambassadeur espagnol et exigé que des mesures disciplinaires soient prises à l’encontre des policiers mis en cause.

Aux Canaries, la presse décline sa propre version de l’affaire. Elle invoque des menaces proférées par l’un des mineurs marocains, contre des employés du centre d’accueil, d’où l’intervention policière. Et elle va même jusqu’à affirmer que l’adolescent allongé au sol faisait semblant d’être inanimé.

Ces images interviennent dans un climat de plus en plus tendu sur l’archipel des Canaries, entre migrants et autorités espagnoles. L’an dernier, 25 000 migrants en provenance d’Afrique ont débarqué aux Canaries selon l’ONU et une grande partie d’entre eux venait du Maroc. Cette brusque accélération s’est accompagnée de manifestations de plus en plus hostiles. Il faut dire que la crise du Covid est passé par là, les hôtels des Canaries sont vides bien sûr alors qu’une grande partie de la population vit du tourisme.

L’extrême droite s’est vite emparée du sujet. Des manifestations anti-immigrés ont eu lieu ces dernières semaines, et les ONG continuent d’alerter sur une situation qui en rappelle bien d’autres. « On a déjà vu ça à Lesbos en Grèce ou à Lampedusa en Italie, rappelle Judith Sundreland est directrice adjointe de Human Right Watch pour l’Europe. C’est en grande partie du à la mauvaise gestion des autorités. Cette politique d’attraper les personnes dans des îles toutes petites où il y a déjà des situations de souffrance, ce n’est pas la bonne politique. »

L’affaire de cette dernière vidéo fait écho à un autre drame survenu l’été 2019. Le corps d’un jeune marocain de 18 ans avait été retrouvé dans un centre pour mineurs en Andalousie. La justice avait conclu à un « décès accidentel » et avait prononcé un non-lieu. Un an plus tard une vidéo montrait clairement que le jeune homme avait été étouffé par un responsable du centre et par plusieurs gardes de sécurité.