Marjolaine Borel, médecin urgentiste : "Les urgences, c'est parfois l'abattage médical"

La médecine est-elle une vocation ?

Marjolaine : Oui, j'ai toujours voulu être médecin. Le premier jour, à la fac de médecine, je me suis sentie à ma place. En revanche, choisir urgences en spécialité, je n'y pensais pas avant ma première garde, en octobre 2007. J'étais externe, en 4e année, et j'ai dû gérer l'arrivée d'un homme tombé d'un toit. Ma première réaction a été la panique ! Mais à la fin de la prise en charge, j'avais connu ma première décharge d'adrénaline et je savais que je ne voulais plus vivre que ça.

Avez-vous vu l'accueil aux urgences se dégrader depuis vos débuts?

Bien sûr. Il n'y a plus de "creux" entre 2 et 6 h par exemple, le flux des arrivées est continu, de jour comme de nuit, avec des pathologies identiques. Je peux prendre une personne âgée en décompensation respiratoire ou cardiaque à 3 h du matin comme à 2 h de l'après-midi.

Les urgences sont-elles saturées de cas qui relèvent de la médecine de ville ?

Pour moi, il n'y a pas de consultation injustifiée. Les pathologies sont priorisées, moins c'est grave et plus le patient attend, c'est tout. Notre job, c'est aussi de prendre 5 min pour rassurer un patient anxieux. Malheureusement, aujourd'hui, on n'a souvent plus ce temps-là. On est parfois dans l'abattage.

Manquez-vous de personnel ?

Sur Clermont, les carences sont essentiellement en paramédical, on manque d'infirmiers, d'aides-soignants... Leurs conditions de travail sont extrêmement difficiles, généralement ils tiennent trois ans chez nous avant de saturer.

Depuis septembre dernier, après la naissance de votre premier enfant, vous avez rempilé aux urgences à 80 %. Combien d'heures faites-vous par semaine ?

Difficile à dire car cela fluctue mais je dirais 40 h en moyenne. En semaine, je peux travailler 10 h le jour ou 14 h de nuit, et le week-end avoir une garde de 12 h, jour ou nuit. À ça s'ajoutent une à deux gardes de 24 h au SMUR (Service mobile urgence et réanimation, ndlr) par mois.

Physiquement, (...)

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