Marine Le Pen en tête en Outre-mer : pourquoi elle a réussi à éviter le vote barrage

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Marine Le Pen récolte plus de 50 % des voix dans cinq territoires d'Outre-mer. Elle fait son meilleur score en Guadeloupe, avec 69,60 % des suffrages.

POLITIQUE - De la gauche radicale à l’extrême droite, de Jean-Luc Mélenchon président au premier tour dans les Antilles-Guyane à Marine Le Pen en tête presque partout au second. Les résultats du second tour de la présidentielle ce dimanche 24 avril dans plusieurs territoires ultramarins sont un choc et sans doute la meilleure illustration du vote anti-Macron.

En 2002, le Front national de Jean-Marie Le Pen faisait moins de 10 % dans cinq départements ultramarins sur neuf. À l’époque, l’extrême droite obtenait son meilleur score en Nouvelle-Calédonie, avec 19,58 % des suffrages. Ce temps est bel et bien révolu. Ce dimanche 24 avril, Marine Le Pen obtient 60,87 % des voix en Martinique, 69,60 % Guadeloupe, 60,70 % en Guyane. Elle fait 59,79 % à Mayotte et 50,69 % Saint-Pierre-et-Miquelon. À la Réunion, elle est également en tête avec plus de 60 % des bulletins, selon des résultats encore partiels.

Son score est moindre en Polynésie (48,20 %) et à Wallis-et-Futuna (32,56 %), bien qu’elle progresse de 7 à 12 points respectivement par rapport à 2017. Seule exception, la Nouvelle-Calédonie où elle récolte 38,96 %, un chiffre en baisse dans un scrutin marqué par une abstention à 65 %.

“Mes remerciements vont tout particulièrement à nos compatriotes des provinces et des campagnes mais aussi des Outre-mer qui m’ont largement placé en tête du second tour avec une force extraordinaire qui m’honore et me touche sincèrement. Cette France trop oubliée, nous, nous ne l’oublions pas”, a déclaré Marine Le Pen lors de son discours après l’annonce des résultats.

Au premier tour pourtant, la couleur politique était autre. En Guadeloupe, Martinique, Guyane, à la Réunion et à Saint-Pierre-et-Miquelon, Jean-Luc Mélenchon était arrivé largement en tête jusqu’à 56 % en Guadeloupe. Après la défaite, la France Insoumise, consciente d’une certaine porosité entre son électorat et celui du RN, a multiplié les appels contre l’extrême droite. En vain dans les Outre-mer.

Jean-Marie Le Pen empêché d’atterrir en 1987

Pendant longtemps, la famille Le Pen ne pouvait même pas se rendre dans certains territoires ultramarins. En 1987, des milliers de personnes envahissent le tarmac de l’aéroport de Martinique pour empêcher l’atterrissage de Jean-Marie Le Pen. Trente-cinq ans plus tard, Marine Le Pen arrive en Guadeloupe sans difficulté. Seul incident notable de son déplacement : un duplex perturbé depuis son hôtel par des manifestants aux cris de “raciste, dehors”.

Il faut dire que depuis l’époque de Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen a tout fait pour dédiaboliser son parti et faire oublier l’image de son père. Elle a choyé les Outre-mer, dont son entourage se plait à rappeler qu’ils “représentent près de 4 % du corps électoral.” Au début de la campagne, la candidate fait savoir avec un sourire que c’est le premier volet de son programme à être finalisé.

Lors du débat de l’entre-deux-tours, elle est la seule à les mentionner - superficiellement et uniquement pour appuyer d’autres arguments contre Emmanuel Macron. Mais quand même. Le président sortant les évoque une seule fois... pour regretter de ne pas avoir pu y consacrer plus de temps.

Nos compatriotes d’Outre-mer qui ne quittent jamais mon cœur ! Marine Le Pen, à Arras, le 21 avril 2022

Le lendemain, 21 avril 2022, à Arras, Marine Le Pen consacre une partie de son discours à “nos compatriotes d’Outre-mer (qui) ne quittent jamais mon cœur” et qui “souffrent du déficit d’infrastructures et de vision que l’on doit avoir pour ces si beaux territoires.” Un résumé de cinq ans de discours, où elle a mis l’accent sur leur éloignement. Parfait, pour celle qui se présente comme la représentante “de la France des oubliés”.

Le résultat est visible dans les urnes. En 2002, Jean-Marie Le Pen faisait en moyenne 10 % des voix dans les Outre-mer. Marine Le Pen triple ces scores : en 2017, elle obtient en moyenne 34 % dans neuf des territoires, et arrive en tête, devant Jean-Luc Mélenchon et François Fillon. Le chiffre est encore plus élevé cinq ans plus tard : en moyenne, Marine Le Pen récolte plus de 50 % des bulletins.

La déception Macron

Le vote pour Marine Le Pen doit aussi s’analyser comme un vote de rejet d’Emmanuel Macron, après un bilan plus que mitigé dans les Outre-mer. Certes, il a été le président qui a mené à bien les référendums des Accords de Nouméa en Nouvelle-Calédonie en 2020 et 2021. Mais le maintien de ce dernier en décembre, malgré les appels à le repousser côté indépendantistes, a crispé.

Emmanuel Macron a aussi offert une avancée sur le dossier sensible du chlordécone en Martinique et en Guadeloupe : la reconnaissance du cancer de la prostate. Mais en la conditionnant à certains critères, le gouvernement a laissé la population sur sa faim.

La critique la plus importante concerne l’obligation vaccinale des soignants pendant la crise du coronavirus. Imposée par le gouvernement, elle a été à l’origine d’émeutes en Martinique et surtout en Guadeloupe en novembre 2021 et la réponse très sécuritaire du gouvernement a été mal reçue. Dans nos colonnes en mars 2022, le ministre des Outre-mer dit “assumer” sa méthode et récuse le terme de “crise sociale”. A contrario, le discours de Marine Le Pen, opposé à l’obligation vaccinale, est bien reçu. Résultat : près de 70 % des Guadeloupéens votent pour Marine Le Pen au second tour de la présidentielle.

Quant à la vie chère, éternelle sujet de préoccupation dans les Outre-mer, le gouvernement lui-même concède que “la bataille n’est pas terminée”. “Il y a plusieurs pistes de travail à lancer, en même temps, pour avoir un véritable impact”, reconnaissait encore le ministre Lecornu auprès du HuffPost en évoquant le développement de la production locale, la modernisation du fret ou encore la nécessaire évolution de l’octroi de mer...

Ce dimanche, la Macronie en paye le prix. À nos confrères du Monde avant le scrutin, une aide-soignante martiniquaise en grève et qui se définit comme une électrice de gauche en temps normal, a confié qu’elle voterait RN “juste pour que Macron ne passe pas au second tour”. “On a vu que la peste n’est pas bonne, alors on va essayer le choléra”, lançait-elle.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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