Pour Marine Le Pen, le rassemblement c'est maintenant

Anne RENAUT
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La présidente du Rassemblement national (RN) et députée Marine Le Pen en conférence de presse le 9 mars 2021 à Paris

Marine Le Pen, que les sondages actuels donnent au second tour de la présidentielle, a souhaité lundi rassembler au-delà de son camp dès le premier tour, en accueillant le ralliement d'une centaine de dissidents souverainistes de son ancien allié de 2017 Nicolas Dupont-Aignan.

"Ce rassemblement doit se faire dès le premier tour", a fait valoir la candidate à l'Elysée, en vantant "la logique unificatrice voulue par le général De Gaulle", longtemps honni par ses partisans mais auquel elle rend désormais hommage.

Marine Le Pen honorait de sa présence une conférence de presse organisée par les dissidents du mouvement de Nicolas Dupont-Aignan, Debout la France, qui ont appelé lundi à "s'unir" autour de sa candidature.

La présidente du Rassemblement national n'a plus le soutien de Nicolas Dupont-Aignan, qui avait conclu avec elle un accord de gouvernement entre les deux tours de la présidentielle de 2017 et devait devenir son Premier ministre.

Le souverainiste a finalement décidé de faire cavalier seul en 2022. Il était crédité de 4% des voix début mars selon l'Ifop.

Les dissidents de DLF, qui sont plus d'une centaine selon une liste présentée à la presse, ont présenté leur nouveau mouvement de "droite gaulliste", nommé L'Avenir français, appelé à jouer un rôle de "trait d'union" avec le Rassemblement national.

- "Compromis" -

La nouvelle formation, "statutairement et financièrement indépendante" du RN, rejoint ainsi d'autres mouvements satellites du RN, comme la Droite populaire de l'ancien ministre sarkozyste Thierry Mariani et le Mouvement localiste animé par le député européen du RN et chantre de l'écologie identitaire Hervé Juvin, censés rallier des soutiens frileux de prendre leur carte au RN.

Son logo, un chêne, symbolise selon eux "l'âme gaulliste" et "l'enracinement". C'est aussi le nom d'un ancien journal militant du MNR (Mouvement national républicain) du dissident du Front national Bruno Mégret, note le politologue Jean-Yves Camus.

Marine Le Pen s'est même dite "prête" au "compromis", mettant en avant de récentes "inflexions programmatiques". Le RN ne veut par exemple plus sortir de l'UE ni suspendre les accords de libre circulation de Schengen.

Désireuse de ratisser large, la cheffe du RN prévoit de former, si elle est élue, un "gouvernement d'union nationale" auquel elle associerait des personnalités pas forcément encartées RN, comme l'ancien LR Jean-Paul Garraud à la Justice.

La candidate fait fi ainsi des mises en garde de son père et ancien président du FN (devenu RN) Jean-Marie Pen, pour qui au premier tour, "il faut rassembler tous les Français qui sont légitimement excédés", c'est-à-dire un électorat traditionnel plus radical.

- "Hégémonique" -

Alors que l'extrême droite conservatrice, identitaire, et proche de sa nièce Marion Maréchal, pousse la candidature du polémiste Eric Zemmour, et que M. Dupont-Aignan pense qu'elle va perdre face à Emmanuel Macron, elle a fustigé les "candidatures vaines, de témoignage" qui seraient "dommageables" à sa "famille de pensée".

Elle a assuré que "la démarche" du RN n'était "pas hégémonique mais partenariale" et qu'elle ne serait pas la candidate "du RN" mais "soutenue par le RN" alors qu'elle songe à abandonner la tête de son mouvement, pour ne pas être "enfermée dans une présidence de parti politique".

Son départ de la présidence n'aura pas lieu cependant au congrès début juillet, qui doit entériner sa candidature, mais plutôt après l'été, selon un haut cadre.

Pour autant la cheffe du RN, qui peine à forger des alliances avec d'autres formations, considère que "le compromis n'est pas la compromission" et met "trois limites" à l'ouverture politique: "la cohérence globale du projet", "le respect des engagements", et "le respect en toute circonstance de l'unité nationale".

Accusée de manquer de personnel politique, la candidate du "peuple" a assuré qu'elle travaillait à "faire émerger une nouvelle élite pour le pays".

Mais les personnalités avancées à ce stade pour devenir d'éventuels ministres sont les mêmes que Mme Le Pen avait investies aux élections européennes et qu'elle a désignées pour les régionales.

are/cs/sp