Marine Le Pen "molle": les propos de Gérald Darmanin sèment l'embarras au sein de LaREM

Élisa Bertholomey, Benjamin Duhamel et Thomas Soulié, avec Clarisse Martin
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Marine Le Pen et Gérald Darmanin en débat sur France 2, le 11 février 2021. - France 2
Marine Le Pen et Gérald Darmanin en débat sur France 2, le 11 février 2021. - France 2

"Madame Le Pen, dans sa stratégie de dédiabolisation, en vient quasiment à être dans la mollesse je trouve... Il vous faut prendre des vitamines, je ne vous trouve pas assez dure là". Jeudi soir sur le plateau de France 2, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin débattait avec la présidente du Rassemblement national (RN) Marine Le Pen.

Une rencontre au cours de laquelle l'occupant de Beauvau a plusieurs fois taxé son adversaire d'être "molle", lui reprochant également d'être "approximative" sur les questions ayant trait à l'islam radical. Une tactique du ministre de l'Intérieur qui ne fait pas l'unanimité, et qui semble même avoir semé le trouble parmi des cadres de La République en Marche (LaREM).

"Je n'aurais pas utilisé ce terme", a ainsi réagi le député européen et conseiller politique d'Emmanuel Macron Stéphane Séjourné dimanche lors de l'émission Le Grand rendez-vous d'Europe 1, CNews et Les Échos. Il a "voulu dire" qu'elle était "floue", a quant à lui estimé le délégué général du parti Stanislas Guerini sur France Info.

Darmanin assume, Matignon temporise

Christophe Castaner, dans l'émission Questions politiques de France Inter - franceinfo - Le Monde, a quant à lui assuré dimanche ne pas croire "une seconde que Gérald Darmanin partage les convictions" de la députée du Pas-de-Calais.

Pour autant, face aux nuances apportées par des ténors de LaREM, Gérald Darmanin persiste et signe ses propos. "Il n'a pas de leçons à recevoir sur la lutte contre le RN, ça fait quinze ans qu'il fait de la politique", assure-t-on à BFMTV dans l'entourage du ministre. "La dédiabolisation, si ça marchait, ça se saurait."

"Gérald Darmanin n'a pas préparé ses éléments avec nous", confie un proche du Premier ministre. "C'est une formulation qui est la sienne, une formulation comme une autre", poursuit un conseiller avant d'insister: "La réponse du Premier ministre, c'est de gérer la crise, de répondre aux préoccupations des Français, y compris sur la sécurité, apporter des réponses concrètes."

Dans la concomitance des prises de parole du week-end écoulé, beaucoup ont vu la patte du chef de l'État. "La Macronie, c'est assez simple, chacun fait tout dans son coin et le président de la République distribue les bons et les mauvais points", sourit un cadre.

Divisions au Palais-Bourbon

Dans les travées de l'Assemblée nationale, le sentiment est mitigé, et les élus se déchirent entre pro et anti-stratégie de Gérald Darmanin.

"Darmanin a raison, il pousse Marine Le Pen dans ses retranchements", s'enflamme ainsi un élu. À l'inverse, un autre estime qu'il "a été nullissime. Il a voulu normaliser Marine Le Pen, il a raté son débat". Ce dernier fustige les pro-Darmanin: "Tous les Goebbels de chez nous ont dit que Darmanin était formidable", ose-t-il.

"J'ai trouvé Gérald embarrassé, il a raté le débat de fond, il n'a pas réussi à démontrer pourquoi Marine Le Pen ça marche pas", estime un cadre.

En guise de stratégie, des élus appellent à combattre le RN et sa présidente sur le fond. "L'électorat populaire, il faut aller le chercher. C'est pas en étant collé au RN que ça va le convaincre de voter pour nous", défend en ce sens un parlementaire. "Il faut insister sur le fait qu'il n'y a que nous qui cognons le RN, la gauche, la droite, les écolos se planquent", ajoute-t-il. Et de s'inquiéter: "Le front républicain n'existe plus. Les mecs de gauche auront piscine si c'est un second tour Macron / Marine Le Pen en 2022."

L'entourage de Marine Le Pen se réjouit

Du côté du Rassemblement national, on se frotte les mains de la tactique mise en oeuvre par Gérald Darmanin.

"Au final, ça nous rend service. Ca crédibilise notre stratégie de présidentialisation", se réjouit un membre de l'entourage de Marine Le Pen. "Ceux qui pensent vraiment que Marine Le Pen est molle sur l'islamisme... face à Macron, ils nous choisiront toujours."

"Comment voulez-vous qu'ils expliquent que le fascisme et la dictature arrivent, alors qu'on est mou?", appuie un membre du premier cercle lepéniste. "À trop vouloir jongler, dribbler en débat, Darmanin a marché sur le ballon."

Article original publié sur BFMTV.com