Marche des solidarités : un millier de manifestants demandent la régularisation des sans-papiers

·4 min de lecture

Plus d’un millier de personnes ont manifesté, vendredi, aux côtés des sans-papiers, à Paris et dans toute la France, pour réclamer une nouvelle fois leur régularisation, lors de la journée internationale des migrants. L'occasion de dénoncer leur situation en pleine crise sanitaire.

"Pendant le Covid, c'est nous qui faisons tout le travail." À l'occasion de la journée internationale des migrants, les sans-papiers ont manifesté, vendredi 18 décembre, dans toute la France pour réclamer à nouveau leur régularisation. Cette nouvelle Marche des solidarités a aussi mis en avant leur fragilité durant cette crise sanitaire.

Après celles de mai, juin et octobre, qui avaient réuni des milliers de personnes, cette quatrième journée de mobilisation a eu lieu dans une cinquantaine de villes, dont Bordeaux, Marseille ou Strasbourg.

À Paris, plus d'un millier de sans-papiers, essentiellement originaires d'Afrique, ont manifesté dans le calme entre 18 h 30 et 20 h dans le centre de la capitale, encadrés par un très important dispositif policier, a constaté un journaliste de l'AFP.

"Sans-papiers en danger", "L'effort national, c'est nous", proclamaient notamment leurs banderoles, éclairées par des flambeaux allumés en mémoire des migrants morts en exil.

Travailler malgré le confinement

"On est là pour tous les sans-papiers de France. Pendant le Covid, c'est nous qui faisons tout le travail, qui avons nettoyé les hôpitaux, pendant que ceux qui ont le chômage partiel sont bien au chaud à la maison. Le gouvernement nous a oubliés", a déploré auprès de l'AFP Siby Ahamada, membre du collectif des sans-papiers de Montreuil.

Non loin de là, Kanouté explique qu'il cumule deux emplois : l'un à la plonge dans un restaurant du 8e arrondissement, au noir, et l'autre comme livreur UberEats, à vélo. Il effectue ce dernier avec l'identité de quelqu'un d'autre.

"On me donne un compte et je roule toute la nuit et à la fin le mec me donne quelques euros. Pendant le confinement, on ne s'est pas arrêté", explique ce Malien de 25 ans. "Sans papiers, on ne peut pas vraiment démarrer notre vie" en France.

"Comme on n'a pas de papiers, les patrons profitent de nous et quand ils veulent, ils ne nous payent pas", explique un autre Malien, Lassana, 50 ans, qui vit clandestinement en France depuis 19 ans et travaille dans le bâtiment "une semaine par ci, un jour par-là, parfois juste pour 40 euros". "On est là depuis longtemps, mais notre vie est bloquée."

La préfecture de police de Paris avait interdit la dernière partie du défilé, qui prévoyait l'arrivée du cortège devant la mairie. Cela de crainte de troubles dans ces quartiers très commerçants bondés à la veille des fêtes de Noël. D’autant plus à l'heure du couvre-feu instauré à partir de 20 h.

"Déni de droit"

Les organisateurs avaient au départ laissé entendre qu'un nouveau campement pourrait malgré tout être constitué devant l'Hôtel de Ville à la fin de la manifestation. Cela trois semaines après le démantèlement violent par les forces de l'ordre de tentes de migrants installées place de la République, qui avait suscité une vive émotion.

Ils se sont finalement ravisés face au dispositif policier massif déployé sur place, appelant à la dispersion "pour ne pas mettre les gens en danger".

"L'indignation née place de la République, c'est quoi le résultat ? Les migrants sont toujours à la rue. Les indignations, c'est bien, nous ce qu'on veut ce sont des actes", a dénoncé Denis Godard, un des organisateurs de cette "Marche des solidarités" à l'appel de plus de 200 collectifs.

Les sans-papiers espèrent de cet "Acte IV" une oreille plus attentive que lors des manifestations d'octobre, organisées au lendemain de l'assassinat de Samuel Paty par un réfugié d'origine tchétchène converti aux thèses jihadistes.

"Le sentiment d'injustice est tel pour ces gens, qui sont dans les métiers essentiels, que ce déni de droit est insupportable", a souligné Fernanda Marrucchelli, de la Fédération des associations de solidarité avec tous les immigrés (Fasti).

Naturalisations facilitées pour ceux en première ligne

Ces derniers mois, le dossier n'est pas resté au point mort : le gouvernement a donné mi-septembre instruction aux préfets de faciliter la naturalisation française des ressortissants étrangers mobilisés en première ligne durant l'épidémie.

Début novembre, l'entourage de la ministre déléguée à la Citoyenneté Marlène Schiappa a fait savoir qu'une première série de 334 naturalisations était en cours.

Une goutte d'eau, ont aussitôt jugé les associations qui estiment que les naturalisations, réservées par définition aux étrangers en situation régulière, ne sont qu'une infime partie de l'équation.

Le nombre de sans-papiers en France est estimé entre 300 000 à 600 000.

Avec AFP

>> À lire aussi : Obtenir un titre de séjour en France : l'impossible rendez-vous