Les marabouts et mauvais sorts sont-ils fréquents chez les sportifs?

Le stade de France à Saint-Denis, dans la proche banlieue nord de Paris (photo d'illustration) - @AFP
Le stade de France à Saint-Denis, dans la proche banlieue nord de Paris (photo d'illustration) - @AFP

L'affaire du marabout de Paul Pogba est-elle un incident isolé ou reflète-t-elle des pratiques plus répandues qu'on ne le pense? Alors que le milieu de terrain de l'équipe de France a reconnu avoir fait appel à un marabout - afin de se prémunir de blessures et non pour nuire à l'autre Bleu Kylian Mbappé, assure-t-il, contrairement aux accusations de son frère - il semble que ces superstitions soient plus fréquentes qu'on ne l'imagine dans le milieu du sport.

Des croyances "irrationnelles"

Ce n'est pas la première fois que ce type de phénomène se produit. On peut ainsi citer le Zimbabwéen Bruce Grobbelaar - l'ancien gardien de but de Liverpool dans les années 80 - qui avait répandu sa propre urine sur les poteaux de but avant un match afin de s'assurer la victoire de son équipe. Ou encore Michel Denisot, qui avait révélé avoir payé un marabout alors qu'il était le président du PSG juste avant un match de Ligue des champions.

Des pratiques originaires d'Afrique - du Bénin pour le vaudou et d'Afrique de l'Ouest pour les superstitions liées à l'Islam - qui ont traversé la Méditerranée et ont été en partie adoptées en France. La sociologue des sciences et des croyances Romy Sauvayre n'est ainsi pas surprise de la multiplication de ces affaires.

"On assiste, dans la population générale, à un retour en force de tous ces types de croyances qu'on pourrait qualifier d'irrationnelles", explique-t-elle à BFMTV.com.

40% des moins de 35 ans

La population française semble en effet particulièrement réceptive aux sciences occultes. Selon un sondage Ifop pour Femme actuelle réalisé en 2020, près de six Français et Françaises sur dix croient à au moins à une parascience, de l'astrologie aux lignes de la main, en passant par la voyance, la numérologie, la cartomancie ou la sorcellerie. Un phénomène en hausse depuis une vingtaine d'années.

Certaines croyances sont largement partagées. Louise Juissan, chargée d'étude à l'Ifop et auteure de cette enquête, indique même sur BFMTV que 40% des moins de 35 ans croient à la sorcellerie. Pour Romy Sauvayre, enseignante-chercheuse à l'Université Clermont-Auvergne et au CNRS, dans toutes ces pratiques et croyances il est souvent question d'espoir.

"On fait appel à un marabout pour se soigner, faire revenir l'être aimé, s'assurer le succès ou au contraire apporter le mauvais sort à un rival. Mais c'est du même registre que l'astrologie, la lithothérapie ou la tarologie. L'idée, c'est d'élargir le champ des possibles."

"La sorcellerie est une réalité dans le sport"

Les footballeurs et de manière plus générale les sportifs de haut niveau n'y échappent pas. "C'est un phénomène assez présent dans le monde du sport", indique sur BFMTV Pierre Maturana, directeur de la rédaction de So Foot. Il évoque ainsi des cas de joueurs faisant appel à des "agents spirituels" qu'ils consultent régulièrement. Et qui ont parfois une grande influence sur eux.

Au point qu'il arrive que ces situations dégénèrent. Le joueur Ivoirien Gilles Yapi-Yapo, qui a eu recours aux services de féticheurs pour relancer sa carrière, a ainsi été escroqué de 200.000 euros, rappelle Le Figaro. Mais il est rare que les victimes se fassent connaître. En six ans, sur le sujet des marabouts, il n'y a eu que douze saisines de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).

La sorcellerie serait même "une réalité quotidienne dans le sport", confie ainsi au Figaro le pasteur Joël Thibault, aumônier des athlètes olympiques français. Il assure avoir recueilli des témoignages de sportifs français célèbres sur le sujet, certains craignant d'avoir été maraboutés.

"La plupart des sportifs y croient, car ils vivent dans l'obsession de la concurrence et de la performance, et cela renforce leurs superstitions", analyse-t-il. "Ensuite, beaucoup ont grandi dans une culture où la sorcellerie fait partie de la spiritualité."

Article original publié sur BFMTV.com