Manifeste pour les villes moyennes

Fabien Verdier, maire de Châteaudun
Fabien Verdier, maire de Châteaudun

POLITIQUE - Nous sommes la France des bourgs, des villages, des villes moyennes. Nous sommes Châteaudun, Jonzac, Pointe-à-Pitre, Château-Chinon, Barcelonnette, Confolens, Aubusson, Le Marin, Lorient, Calais, Saint-Benoît, Béziers, Dax, Mulhouse, Saint-Laurent-du-Maroni, etc. Elles sont 233. Nous constitutions la colonne vertébrale de la France.

Cette France, c’est celle de la province ; celle du peuple (demos) qui ne se sent pas entendu. Cette France est la gardienne de notre démocratie et de notre vie sociale, culturelle, sportive, associative. Elle forme le ciment de notre pays. C’est la France de ceux qui sont attachés à leur territoire, aux valeurs républicaines, à une certaine idée de la France.

Les villes moyennes, la France de la province

Parce que nombre d’entre elles ont subi de plein fouet la mondialisation et donc la désindustrialisation. Parce que les centres-bourgs, les villages et les communes ont vu progressivement partir leurs commerçants, leurs médecins, leurs entreprises, leurs jeunes. Parce que l’impact de l’inflation est plus fort dans ces villes (et ces bassins de vie) des Sous-préfectures. Parce que la question transports (routiers et ferroviaires) est centrale. Écoutons cette France qui manque de considération ; qui a grondé en 2018. Et répondons-y par des politiques publiques : rapides et efficaces.

Longtemps appelée à tort la France Périphérique, cette France doit être remise au centre des priorités de l’État et de l’action publique, car c’est par elle que viendra la transformation qu’appellent les Français de leurs vœux. Parce que nous sommes le berceau et le creuset des classes moyennes.

Mais aujourd’hui à l’heure où Paris perd chaque année des habitants, nous en gagnons. Car nous bénéficions d’une grande qualité de vie. Car nous disposons, au niveau de l’intercommunalité et du bassin de vie, d’un espace et d’une taille critique qui permet d’apporter de nombreux services. Car cette diversité géographique est l’atout de notre pays sur laquelle repose notre formidable capacité d’adaptation et de résilience.

Pour toutes ces raisons, nous voulons nous battre pour que cette France des oubliés soit considérée et entendue. Pour que la France reste grande et forte. Parce qu’il s’agit de la France.

Elle forme notre colonne vertébrale, notre cœur battant, nous voulons que Paris entende ses craintes, mais aussi et surtout cette formidable force envie de changement pour notre pays.

Trois piliers – qui s’additionnent – sont à ce jour indispensables :

  • 1 - Nous avons besoin d’un très rapide puissant plan d’actions (complet) en direction de ces 233 villes et bassins de vie adossés aux Sous-préfectures. Il s’étend : de la sécurité au développement industriel ; du renforcement de l’éducation à celui de la santé avec de véritables hôpitaux dits MCO (médecine, chirurgie, obstétrique) ; de la promotion de la culture au fort soutien de la vie associative (essentiel au vivre ensemble) et au bien vieillir ; des transports (vital et avec un système totalement obsolète, en particulier au niveau des TER) aux commerces de proximité ; etc. Il s’agit – tout simplement – de (re)faire République dans l’ensemble de nos territoires de la France métropolitaine et de l’Outre-Mer.

  • 2 - Il convient en outre d’identifier par ville Sous-préfectures trois actions structurantes. Elles sont à mener et à déployer très rapidement. Nous changerons ainsi le visage de la France de demain et nous redonnerons (de) la confiance à cette France beaucoup trop oubliée (ou vue avec distance).

  • 3 – Il est nécessaire de mener une véritable politique de développement de nos territoires. Celle-ci se situe très nettement au-dessus de la « cohésion du territoire » ou de l’« aménagement du territoire », qui sont cruellement insuffisants, à l’heure où tout diverge.

Des changements nécessaires

Cela passera également par le renforcement (en particulier en nombre) des compétences et de l’ingénierie (avec par exemple un net abaissement des seuils pour les administrateurs territoriaux, seuil abaissé à 8 000 habitants) dans chacune de ces 233 villes Sous-préfectures.

Cela nécessite aussi au niveau de l’État déconcentré (notamment régional) de positionner des services publics (mini-TPE/PME publiques en renforts et en pôle de stabilité) dans les villes Sous-préfectures (ex : Insee, ARS, DREAL, etc.).

Cela oblige en outre à toutes les strates de la décision publique (chef de bureau, sous-directeur adjoint, etc.) à (re)positionner le terrain, les territoires Sous-préfectures et les classes moyennes au cœur de celle-ci.

Promouvoir une démocratie populaire

Voici quelques exemples (qui doivent être massifs pour être efficaces) : une maman qui a eu son fils en situation de handicap serait promue chef de bureau santé publique au Ministère de la Santé et de la Prévention. Un agriculteur serait le conseiller du Directeur général de l’enseignement et de la recherche (DGER). Un artisan plombier avec plus de 25 ans de métier se verrait proposer le poste de chef de bureau adjoint artisanat au Ministère de l’Économie. La moitié des cabinets ministériels seraient irrigués par des citoyens issus des classes moyennes.

Le salaire médian* se situe à environ 1 780 € nets par mois en France, selon l’INSEE. Très peu de décisionnaires dans la sphère publique et dans les Ministères en France perçoivent moins ou autant. Ainsi, les décisions publiques sont prises par les upper class et ailleurs ; elles sont vécues (et subies) par les middle class et sur le terrain.

Enfin, il apparaît indispensable de promouvoir une démocratie populaire : les représentants du peuple peuvent être tirés au sort. Comme dans la Grèce antique (la « Boulê »). Il convient de faire entrer les territoires dans les principaux lieux de décisions. Le Sénat, le Conseil régional, le Conseil départemental, le Conseil municipal, les Députés européens, etc. Un tiers des membres de chaque institution pourraient être tirés au sort.

Comme pour les Jurés d’assises**, le citoyen tiré au sort disposerait des mêmes prérogatives. Il bénéficierait d’une formation. Il aurait les mêmes indemnités de mandat. Il serait accompagné à la fin de celui-ci pour retrouver un emploi, correct et digne du mandat qu’il a occupé. Tout citoyen, de plus de 18 ans et jouissant de ses droits civiques, a vocation à être tiré au sort. La démocratie et la République constituent avant tout des devoirs.

Pour qu’enfin, les décisions émanent des territoires, du demos, des villes moyennes. Nous voulons vous mettre au centre. Parce qu’il s’agit de la France. De votre Pacte Républicain.

* : Cela signifie que la moitié des salaires et des Français perçoivent moins chaque mois. Beaucoup se situent à 1 300 € nets/mois, 1 380 € nets/mois, etc.

** : Les jurés sont des citoyens tirés au sort qui participent, aux côtés des magistrats professionnels, au jugement des crimes au sein de la cour d’assises. Les jurés sont des juges à part entière.

Fabien Verdier organise les vendredi 4 et samedi 5 novembre 2022 un Congrès de réflexion pour le développement des villes moyennes au Théâtre municipal de Châteaudun.
Théâtre municipal (salle Saint-André), place Saint-André 28200 Châteaudun, entrée libre et gratuite.

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