Manifestations en Russie: la rue peut-elle faire plier Vladimir Poutine?

Des policiers détiennent un homme suite à des appels à manifester contre la mobilisation partielle annoncée par le président russe, à Moscou, le 21 septembre. Plus de 1300 personnes ont été arrêtées. - ALEXANDER NEMENOV / AFP
Des policiers détiennent un homme suite à des appels à manifester contre la mobilisation partielle annoncée par le président russe, à Moscou, le 21 septembre. Plus de 1300 personnes ont été arrêtées. - ALEXANDER NEMENOV / AFP

L'annonce a poussé les Russes dans la rue. Quelques heures seulement après l'allocution de Vladimir Poutine sur la mobilisation de 300.000 réservistes pour aller combattre en Ukraine, des rassemblements se sont formés dans 38 villes du pays, 1400 personnes ont notamment été arrêtées. Mais cet embrasement pourrait-il avoir une influence sur les décisions du Kremlin?

Ce mercredi, plusieurs milliers de Russes ont bravé l'interdiction de manifester contre ce que Moscou continue d'appeler "l'opération spéciale en Ukraine". Au risque d'être condamnés à des peines de prison, ou d'être directement envoyé sur le front après avoir été interpellés. Ce sont surtout les plus grandes villes du pays qui ont été émaillées par ces manifestations, Saint-Pétersbourg et Moscou en tête, où l'on a également relevé le plus grand nombre d'interpellations, avec respectivement 541 et 509 détentions.

"La Russie compte quand même 145 millions d'habitants. On peut estimer que quelques milliers de manifestants sont sortis dans les rues", rappelle Jean-Didier Revoin, correspondant de BFMTV à Moscou. "Peut-être une ou deux dizaines de milliers, mais à l'échelle du pays, même s'il n'aime pas que les gens contestent ses décisions, le pouvoir a quand même réussi à limiter les dégâts."

Une mobilisation qui n'est certainement pas anecdotique pour autant. Les événements de ce mercredi ont en effet été les plus conséquents depuis les manifestations qui avaient suivi l'entrée en guerre du pays contre l'Ukraine en février.

Rôle des femmes et exode massif

Un "frémissement" dans l'opinion publique, où la contestation des femmes pourrait s'avérer prépondérante. "Ce qu'on dit, c'est que l'opinion est favorable au pouvoir jusqu'à ce que les femmes descendent dans la rue", rappelle Jean Didier Revoin.

Les réactions des femmes, et notamment des mères de soldats, devraient être suivies de près au cours des prochaines semaines. Car les précédents le montrent: lors de la guerre de Tchétchénie notamment, les femmes avaient pesé lourd sur l'issue du conflit.

Aux rassemblements, il faudra également ajouter l'exode, dont les débuts ont pu être constatés ce mercredi dans les aéroports russes. Une autre manière, en outre, de protester contre l'appel sous les drapeaux.

Une méthode qui est possible seulement "quand on a de l'argent", souligne Emmanuel Dupuy, président de l'Institut Prospective et Sécurité en Europe. "Il y a une flambée sur le prix des billets, ceux qui partent sont ceux qui ont les moyens de le faire. Ils partent à Istanbul, ils partent en Serbie."

Au moins "deux mois avant qu'ils n'arrivent sur le front"

Emmanuel Dupuy rappelle que théoriquement, les compagnies aériennes russes ont reçu l'interdiction d'embarquer des hommes de 18 à 65 ans, ce que le ministère russe du tourisme a démenti ce mercredi. Les aéroports pris d'assaut, et les images de files d'attente à la frontière avec la Mongolie, montrent en tout cas une tendance à quitter le plus rapidement possible le pays.

Pour le général Jérôme Pellistrandi, consultant défense de BFMTV, Vladimir Poutine risque de se heurter aux conséquences de ces contestations. Le temps de formation des réservistes mobilisés représentera également un défi pour la Russie. Un processus "qui prend du temps", entre le moment de convocation, les rassemblements au sein des centres de formation, puis l'entraînement

"Dans le meilleur des cas il faut au minimum deux mois avant qu'ils n'arrivent au front", estime le général Pellistrandi. "Dans deux mois on rentre dans l'hiver, ce seront des soldats qui pourraient arriver sur le front en plein cœur de l'hiver."

Début octobre, une première vague de 130.000 conscrits sera appelée sous les drapeaux. D'ici là, il est probable de voir un maximum de jeunes hommes faire tout leur possible pour éviter les combats.

Article original publié sur BFMTV.com