Manifestations et répression: l’ONU publie un rapport sur les journées du 10 au 13 juillet 2020

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Avant le coup d’État militaire, en pleine contestation du régime d’Ibrahim Boubacar Keita, les manifestations se succèdent, avec des débordements dans les rangs des manifestants, avec aussi, une répression meurtrière, de la part des forces de l’ordre. La Minusma a longuement enquêté sur ce qui s’est réellement déroulé lors de ces journées, du 10 au 13 juillet. Elle vient de publier ses conclusions.

14 manifestants, dont deux enfants, ont été tués à Bamako par les forces de l’ordre au cours de ces journées de manifestations. Trois autres ont été tués à Sikasso. La Minusma parle « d’exécutions sommaires et extrajudiciaires » et pointe un « usage disproportionné de la force », avec notamment l’utilisation de balles réelles. Une quarantaine de manifestants a également été blessée dans la capitale malienne.

Des chiffres vérifiés et recoupés après plus de 200 entretiens menés avec des familles de victimes, des responsables politiques, des organisations de la société civile ou encore le personnel médical de certains hôpitaux. Les enquêteurs se sont également rendus sur les principaux sites concernés par ces violences (le siège de l’ORTM, la radio-télévision d’État, l’Assemblée nationale ou encore la mosquée de l’imam Mahmoud Dicko).

Exécutions et arrestations arbitraires

Les divers organes des forces de sécurité intérieures sont concernées, puisque ces violences ont été commises par la gendarmerie, la police, la garde nationale et la Forsat, force antiterroriste dont la mobilisation face à des manifestants avait suscité la polémique.

Le rapport note enfin qu’au moins 200 personnes, dont des femmes et des enfants, ont été arrêtées et détenues illégalement à Bamako. Parmi elles, des personnalités politiques qui menaient la contestation (Choguel Maïga, Mountaga Tall, l'Imam Oumarou Diarra et Issa Kaou Djim, alors unis au sein du M5-RFP). Toutes avaient été libérées assez rapidement. Le rapport pointe également d’importantes restrictions d’accès à internet, constituant « des atteintes aux droits et libertés fondamentales des citoyens ».

Suites judiciaires

Les enquêteurs onusiens ne citent aucun nom : qu’il s’agisse du recours contesté à la Forsat, ou surtout des exécutions perpétrées dans le cadre de la répression des manifestations, la Minusma souligne qu’il appartient aux autorités nationales d’établir les responsabilités de chacun et de donner des suites judiciaires. Les conclusions du rapport ont d’ailleurs été partagées avec les autorités de transition, comme elles l’avaient été avec les responsables de l’ancien régime.

Violences des manifestants

Les enquêteurs de la division Droits de l’homme de la Minusma se sont aussi intéressés aux débordements incombant aux manifestants, avec des violences, qui ont blessé une centaine de membres des forces de l’ordre, mais également des actes de vandalisme et de pillage, contre des biens publics ou privés, ou encore l’installation de barricades entravant la circulation. La Minusma a aussi relevé de nombreux appels à l’hostilité et même à la violence, dans la presse écrite et audiovisuelle ou sur les réseaux sociaux. Des appels lancés, notamment, contre le président d’alors, Ibrahim Boubacar Keïta, contre le gouvernement en place, mais aussi contre la Minusma, la Cédéao et la communauté internationale.

Au moment des faits, certaines allégations faisant état de plus d’une vingtaine de personnes tuées par les forces de l’ordre, ou encore de violences sexuelles subies par des manifestants, avaient été relayées. Les enquêteurs de la Minusma précisent en avoir eu connaissance et avoir enquêté sur ces chiffres et sur ces allégations, qui se sont donc révélées infondées ou, en tous cas, non étayées.