Manifestation contre les violences policières et la loi "sécurité globale"

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Manifestation contre le projet de loi "sécurité globale, à Toulouse le 17 novembre 2020

Manifestation contre les violences policières et la loi "sécurité globale"

Manifestation contre le projet de loi "sécurité globale, à Toulouse le 17 novembre 2020

"Loi liberticide!": des milliers de manifestants ont protesté mardi dans plusieurs villes contre les violences policières et le texte sur la "sécurité globale" qui prévoit notamment de réprimer pénalement l'usage "malveillant" d'images des forces de l'ordre.

À Rennes, 300 à 400 personnes se sont rassemblées dans la matinée. "C'est une loi particulièrement liberticide. L'idée est de faire peur au citoyen", déclarait à l'AFP Patrick Rothkegel, président de la section rennaise de la Ligue des droits de l'homme (LDH).

"Il faut des contre-pouvoirs et le citoyen qui filme est une forme de contre-pouvoir", ajoute-t-il.

Selon Marie-Françoise Barboux, bénévole à Amnesty international, les rapports de l'ONG sur les violences policières "sont basés en grande partie sur les reportages et vidéos de journalistes et simples citoyens. Il y a un déni du gouvernement face à ces violences. Là, on va vers la censure".

À Lyon, 700 personnes ont participé vers 18H00 à un rassemblement devant la préfecture tandis qu'était publiée une étude sur le devenir des plaintes visant les forces de l'ordre, intitulée "La fabrique de l'oubli". Réalisée par le "Comité de liaison contre les violences policières" regroupant collectifs de victimes, syndicats et partis politiques, elle souligne l'importance des vidéos dans les enquêtes.

Le Comité a recensé "78 cas de violences policières" à Lyon depuis le début du mouvement des "gilets jaunes", dont 16 ont fait l'objet de plaintes.

En s'appuyant sur des témoignages, le Comité met en cause des pratiques "qui font obstacle aux plaintes" comme la présence de policiers au sein des hôpitaux.

Il dénonce aussi "une partialité institutionnalisée", évoquant le cas d'une femme blessée par des tirs de LBD en janvier 2019, dont la plainte déposée à la gendarmerie s'est retournée contre elle.

"Cette loi entrave la liberté de manifester. On ne pourra plus témoigner des violences policières", estime Léa, étudiante de 23 ans.

À Toulouse, 1.300 manifestants selon la préfecture, dont de nombreux "gilets jaunes" venus pour les deux ans du mouvement, se sont rassemblés dans le centre, dispersés à coups de gaz lacrymogènes au bout d'une heure par les forces de l'ordre.

"Quand il y a des violences policières caractérisées, le réflexe du gouvernement est de défendre le policier avant même de se pencher sur la légalité de son action", déplore Tristan Benoist, un chercheur de 35 ans.

À Bordeaux, 700 à 800 personnes, dont des "gilets jaunes", se sont rassemblées en soirée près du palais de justice. Des membres de la LDH, outre leurs masques anti-Covid, portaient des baillons noirs sur les yeux.

"Continuez de filmer la police et de diffuser les images", exhorte Antoine Boudinet, élu municipal du groupe Bordeaux en Luttes, qui a eu une main arrachée lors d'une manifestation de "gilets jaunes" en 2018: "s'il n'y avait pas eu de vidéo, personne n'aurait su ce qui m'était arrivé".

"Cette loi répond directement à une demande de la police", relève de son côté Pierre-Antoine Cazau, de la LDH. "Quand la police tient le stylo de la loi, l'État porte le nom d'État policier".

À Marseille, la manifestation a réuni plusieurs centaines de personnes qui ont applaudi la diffusion d'images du documentaire de David Dufresne "Un pays qui se tient sage", dénonçant les violences policières.

À Grenoble, 400 personnes rassemblées contre les violences policières ont été rejointes par une retraite aux flambeaux d'une centaine de "gilets jaunes", une banderole réclamant "moins de sécurité globale, plus de sécurité sociale", une autre affirmant: "vous ne confinerez pas notre colère".

Des "gilets jaunes" se sont rassemblés aussi à Tarbes et Gap.

bur-cha/ppy/or