Des milliers d'Arméniens réunis pour demander la "reconnaissance" de l'indépendance du Haut-Karabakh

Françoise KADRI
·4 min de lecture
Manifestation d'Arméniens pour la "reconnaissance" par la France et la communauté internationale de l'indépendance du Nagorny Karabakh, théâtre combats entre forces arméniennes et azebaïdjanaises, le 25 octobre 2020 à Paris

Des milliers d'Arméniens réunis pour demander la "reconnaissance" de l'indépendance du Haut-Karabakh

Manifestation d'Arméniens pour la "reconnaissance" par la France et la communauté internationale de l'indépendance du Nagorny Karabakh, théâtre combats entre forces arméniennes et azebaïdjanaises, le 25 octobre 2020 à Paris

"L'Artsakh est à nous", des milliers d'Arméniens - entre 15 et 20.000 selon les organisateurs, 4.200 selon la police - ont réclamé dimanche à Paris la "reconnaissance" par la France et la communauté internationale de l'indépendance du Haut-Karabakh, théâtre de violents combats entre forces arméniennes et azerbaïdjanaises.

"Stop agression turque-azérie", "stop indifférence", drapeaux français et arméniens côte à côte, une foule déterminée s'est massée Place du Trocadéro pour demander que la France abandonne "sa neutralité" vis-à-vis du conflit au Haut-Karabakh.

"Nous sommes les descendants du génocide arménien de 1915, des Arméniens sont de nouveau en butte à une tentative d'extermination", a dénoncé, depuis une tribune, Ara Toranian, co-président du Ccaf (conseil de coordination des organisations arméniennes de France).

Il a accusé "une coalition pan-turque" d'avoir déclenché le conflit fin septembre pour que l'Azerbaïdjan s'empare de l'enclave du Nagorny Karabakh, région à majorité arménienne qui a proclamé son indépendance à la chute de l'URSS, lors d'une guerre ayant fait 30.000 morts.

Aujourd'hui, a dit M. Toranian, "ce n'est pas une guerre quand on a d'un côté la Turquie avec 80 millions d'habitants, les Azéris avec 8 millions, et de l'autre seulement 4 millions d'Arméniens et un petit pan de terre arménienne peuplé de 140.000 habitants". "C'est une tentative de meurtre de masse avec des moyens militaires", a-t-il dit, en dénonçant l'implication de la Turquie.

La foule s'est mise alors à scander "Recep Erdogan, terroriste". 

L'Arménie accuse Ankara d'apporter "un soutien technique militaire" et d'avoir envoyé des "terroristes" aider l'Azerbaïdjan à "recouvrer ses terres occupées", selon les termes employés par M. Erdogan.

Le co-président du Ccaf a justifié le soutien de l'Arménie au Haut-Karabakh: "nous partageons leurs valeurs, la liberté, la démocratie, le féminisme", a-t-il dit, fustigeant le silence de l'Europe où "on aime pourtant pleurer sur le sort des Chrétiens d'Orient".

"La France doit prendre ses responsabilités, l'heure n'est plus à la diplomatie. Pendant 30 ans, on a négocié mais aujourd'hui l'armada turco-azérie fait pleuvoir un déluge de feu sur le Haut-Karabakh", a-t-il dit, appelant le président Emmanuel Macron à "aller au bout de sa logique, après avoir dénoncé la présence de jihadistes syriens, et de dire stop à la Turquie".

Paris doit, selon lui, "reconnaître politiquement la République du Haut-Karabakh et la protéger".

"Reconnaissance, reconnaissance", a alors repris en choeur la foule.

- "résistance au fanatisme" -

Patrick Karam, vice-président du Conseil régional d'Ile de France, originaire d'Arménie, a vivement attaqué la Turquie.

"Erdogan doit être traduit devant un tribunal international, bouté hors de l'Otan, l'Europe doit lui dire dehors. (Ilham) Aliev (le président azerbaïdjanais) doit être mis au ban de la communauté internationale", a poursuivi l'élu.

Pour lui, la "neutralité (dans ce conflit) de la France insultée par Erdogan et de l'Europe humiliée, c'est de la complicité".

Le journaliste Franz Olivier Giesbert, éditorialiste de l'hebdomadaire Le Point, marié à une Arménienne, a apporté en tribune sa solidarité "au peuple arménien qui incarne la résistance au fanatisme, à la barbarie, à la corruption et au national-islamisme d'Erdogan et Aliev".

Il a lui aussi critiqué "la neutralité" défendue par le ministre des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian, la qualifiant "de lâcheté face à des dirigeants corrompus et corrupteurs" utilisant les dollars du pétrole pour acheter des armes.

S'adressant également au ministre Le Drian, Jean-Michel Ekherian, un médecin à peine de retour du Haut-Karabakh, a tenu à témoigner de l'utilisation par les forces azerbaïdjanaises d'"armes non conventionnelles". 

Le chirurgien a dénoncé le rôle du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu dans la vente à l'Azerbaïdjan d'armes létales comme les drones. "Ça concerne vous et votre clique, pas la population ni les Juifs", a-t-il bien précisé, en ajoutant: "l'argent est un bon serviteur mais un mauvais maître". 

Il s'est aussi adressé au peuple azerbaïdjanais, "privé d'accès à des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter": "votre gouvernement vous trompe et vous vole, ils vont chercher les enfants dans les familles pour les enrôler de force".

fka/cbn