Manifestation pour Adama Traoré : "L’expression d’un dérèglement de la République", selon le politologue Stéphane Rozès

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Marianne : Comment comprenez-vous l'ampleur de cette manifestation mardi soir à Paris ? Faut-il y voir un phénomène de contagion après le mouvement en cours aux USA, suite au meurtre de Georges Floyd ?

Stéphane Rozès : Certains, parmi les initiateurs et partisans de cette manifestation parisienne, souhaiteraient sans doute opérer un transfert entre le drame qui s’est produit aux USA et les réactions populaires qu’il a suscitées, et la situation en France autour de la mort d’Adama Traoré. Je crois que le succès de la manifestation et la dynamique potentielle qu’elle entraîne ne peut pas être l’expression d’une possibilité de transfert.

Pour quelles raisons ?

Avant tout pour des raisons culturelles. Aux Etats-Unis, on peut considérer que les Afro-Américains sont en bute depuis toujours à un racisme systémique. Car l’imaginaire des Américains, ce qui les relie ensemble, ce qui fait leur représentation culturelle, leur mode d’organisation institutionnelle et politique, leur rapport à la question nationale, au monde et à la question sociale, vient de ce que tous les Américains ou leurs aïeux ont noué un contrat initial avec les Etats-Unis vus comme une terre promise dans laquelle ils allaient commencer une nouvelle vie. Tous, sauf deux catégories d’Américains, malheureusement par la force des choses : les descendants d’esclaves, des Afro-Américains et les premiers occupants, les Amérindiens.



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