Mamie Smith, première blueswoman noire si vite oubliée

Mamie Smith, reine du blues. | Via Wikimedia Commons

En 1920, Mamie Smith enregistre «Crazy Blues». Ce morceau plein de douleur va devenir le premier succès d'un·e artiste afro-américaine, et casser de nombreuses barrières.

Il y a un siècle, on vendait déjà des dizaines de millions d'oeuvres musicales aux États-Unis comme en Europe, mais on ne pensait pas qu'une femme noire puisse enregistrer un disque. Et puis, étonnamment, la donne a changé en quelques mois.

Évidemment, la porte ne s'est pas ouverte toute seule. Il aura fallu un personnage capable d'affronter le préjudice: Perry Bradford. Originaire d'Alabama, ce musicien et compositeur afro-américain s'est fait connaître dans les minstrel shows, ces spectacles comiques, musicaux et surtout racistes, puis dans le vaudeville, avec la volonté de mettre en avant des artistes noirs de façon authentique.

En février 1920, Bradford se rend à New York, aux bureaux de Okeh Records, avec des chansons qu'il a écrite pour une certaine Mamie Smith -révélée dans le spectacle de vaudeville Maid in Harlem- et un argumentaire limpide: «Il y a quatorze millions de Noirs dans ce grand pays et ils achèteront des disques s'ils sont enregistrés par l'un d'entre eux, parce que ce sont les seuls gens qui peuvent chanter et interpréter correctement des morceaux de jazz qui viennent juste de sortir.»

Dans son ouvrage Cowboys and Indies, Gareth Murphy rappelle qu'Okeh Records, fondé par l'Allemand Otto Heinemann, faisait entrer des disques européens, en yiddish, allemand ou suédois sur le marché américain, à destination des communautés immigrées. Quitte à viser un marché de niche. «La population noire n'était-elle pas potentiellement la plus fructueuse aux États-Unis? Et si oui, pourquoi considérer la musique noire différement des autres styles vendus par Okeh?»

Le label a vite compris qu'il faisait face à une solide barrière raciale, étant probablement victime de lettres de menaces: «Enregistrer des filles de couleur (...) Lire la suite sur Slate.fr