Malika Sorel, la prise de guerre du RN qui sème le trouble

Malika Sorel et Jordan Bardella à Paris le 26 mars 2024 (ALAIN JOCARD)
Malika Sorel et Jordan Bardella à Paris le 26 mars 2024 (ALAIN JOCARD)

Désignée dimanche numéro deux de la liste Bardella pour les Européennes, l'essayiste Malika Sorel a semé le trouble chez nombre de lepénistes après avoir reconnu mardi qu'elle avait formulé des offres de services à Emmanuel Macron il y a à peine trois mois.

"Bienvenue dans ce grand rassemblement pour la France!" : Jordan Bardella s'est fendu d'un message de félicitations sur le réseau X, après la parution d'un entretien au Figaro dans lequel Malika Sorel officialisait son arrivée dans l'équipe RN pour conquérir le Parlement européen.

La tête de liste, qui caracole en tête des sondages, pouvait d'autant plus se targuer de cette prise de guerre que l'intellectuelle était jusqu'alors associée à la droite traditionnelle - elle avait été nommée il y a quinze ans au Haut Conseil de l'intégration par le président Nicolas Sarkozy -, à l'heure où le RN ne se cache pas de cibler l'électorat de LR.

C'est d'ailleurs lors d'"Etats généraux de l'immigration", organisé par le "RPR" - une marque que des proches de Marine Le Pen ont opportunément rachetée faute d'avoir été protégée par les successeurs de Jacques Chirac - que Malika Sorel a réservé mardi sa première prise de parole devant les caciques du parti: un véritable alignement des planètes pour cette fille d'immigrés algériens.

Sauf que. Une heure avant le début du raout, un article du Canard enchaîné a révélé que Mme Sorel avait envoyé plusieurs SMS d'offre de services à Emmanuel Macron lors du remaniement de janvier.

Interrogée par plusieurs journalistes mardi soir, elle a dit "assumer d'avoir voulu servir la France", "en particulier sur les questions de l'éducation", évoquant des "échanges" avec M. Macron à partir de décembre.

Ironie de l'histoire, quelques minutes plus tôt, elle avait expliqué à la tribune que "les actes des hommes sont le meilleur interprète de leur pensée". Non sans paradoxe, puisqu'elle a également considéré qu'Emmanuel Macron était "à l'opposé de ce (qu'elle) porte en termes de principes républicains et de laïcité".

Trois jours plus tôt, dans Le Figaro, elle avait déjà considéré que le chef de l'Etat avait "consacré le triomphe du mépris social, du mépris de classe et du mépris intellectuel", tout en "ratatinant l'image du président". Et, en 2017, elle moquait le candidat d'En Marche, tenant selon elle d'une ligne "mondialiste et multiculturelle".

- Villepin, Fillon -

Car, à l'époque, Malika Sorel avait trouvé un champion: François Fillon.

Placée derrière le candidat de LR lors des débats télévisés, elle était également au centre de la photo lors du meeting du Trocadéro de fin de campagne du candidat plombé par les affaires. L'omniprésence de cette inconnue avait alors suscité un commentaire de François Baroin: "Qui est cette dame qu'on installe toujours à côté de moi?"

Diplômée de l'Ecole polytechnique d'Alger et de Sciences-Po à Paris en 1996, celle qui se disait déçue de Dominique de Villepin avait bombardé de SMS et de notes le champion de la primaire de la droite de 2016, jusqu'à le convaincre du bien-fondé de ses thèses sur l'immigration et l'intégration développées dans des ouvrages à succès.

Son intransigeance sur ces questions avaient pourtant heurté, y compris dans son camp: en 2011, la secrétaire d'Etat Jeannette Bougrab, fille de harki, avait dénoncé "certains mots qui blessent" après que Malika Sorel avait évoqué un déficit d'intégration, une mauvaise maîtrise de la langue et une ghettoïsation des immigrés souvent "voulue" et non "subie".

Son ralliement à la liste RN n'avait d'ailleurs surpris qu'à moitié, tant celle qui a effectué sa scolarité élémentaire en France, avant de passer quinze ans en Algérie puis de revenir dans l'Hexagone où elle s'est fait naturaliser, était familière de la sphère médiatique d'extrême droite.

L'affaire des SMS à Emmanuel Macron a ainsi suscité, en tout cas en privé, des réactions courroucées de la part de pontes du RN: "C'est certain que c'est... décevant", euphémise un député.

Avec une question en suspens: Jordan Bardella était-il au courant des "échanges" avec le président? Il savait "parfaitement que j'ai toujours voulu et que je veux servir la France", jure Malika Sorel, en martelant "assumer tout ce qu'elle a fait".

Mercredi soir, sur France 5, l'intéressé a éludé: "Peut-être qu'Emmanuel Macron aurait dû (la) prendre dans ses équipes. (...) Le rassemblement, certains en parlent, moi je le fais".

pab/jmt/lbx/cbn