La suspension des opérations franco-maliennes commence à se matérialiser

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La suspension par la France de ses opérations militaires avec l'armée malienne a commencé à se traduire sur le terrain, dans l'attente de "garanties" exigées du colonel Assimi Goïta après deux coups d'Etat en neuf mois dans ce pays crucial pour la stabilité du Sahel.

"Les opérations conjointes Barkhane/FAMa sont arrêtées, les Français continuent seuls", a dit un responsable à l'état-major malien, évoquant la force antijihadiste française et les Forces armées maliennes. Une mission militaire malienne vient de rentrer de Sévaré (Centre) à Bamako pour cette raison, a dit ce responsable sous le couvert de l'anonymat compte tenu de la sensibilité du sujet.

La force européenne Takuba, initiée par la France, "refuse aussi les éléments au sol des FAMa à Ménaka" (Nord-Est), a-t-il ajouté.

Dix jours après le deuxième coup de force du colonel Goïta, Paris a annoncé jeudi soir suspendre les opérations conjointes avec les forces maliennes, avec lesquelles elle coopère depuis des années contre les jihadistes. Les missions de conseil sont également mises en suspens.

C'est une mesure "conservatoire et temporaire" dans "l'attente de "garanties" que les colonels maliens rendront le pouvoir aux civils après des élections prévues en février 2022, a dit le ministère français des Armées.

Les colonels s'y étaient engagés après le coup d'Etat du 18 août 2020. Mais ils s'étaient aussi engagés sous la pression internationale à une période de transition conduite par des civils.

Cet engagement a été foulé aux pieds le 24 mai quand Assimi Goïta, resté le véritable homme fort sous un habillage civil de la transition, a fait arrêter le président et le Premier ministre.

Assimi Goïta s'est depuis fait déclarer président de la transition par la Cour constitutionnelle.

Aucune réaction publique n'a été obtenue de la junte à la décision française. Toutes les implications précises du coup de poing français sur la table restent à préciser.

- L'ombre de l'imam Dicko -

Barkhane, forte de 5.100 militaires au Sahel, poursuivra son action, mais pour l'heure en solo, a dit le ministère français. Cela pourrait concerner surtout les opérations aériennes (avions, hélicoptères, drones).

La force française continuera aussi de frapper si possible les chefs jihadistes mais, au sol, Barkhane ne sort plus de ses bases car elle ne le fait pas sans l'armée malienne, indique un diplomate occidental sous le couvert de l'anonymat.

La coopération avec les forces maliennes est un des piliers de l'action française au Mali.

"Ces décisions seront réévaluées dans les jours à venir au regard des réponses qui seront fournies par les autorités maliennes", a dit le ministère français.

La France et les partenaires du Mali devraient prêter une attention soutenue aux prises de parole et aux développements dans les prochains jours, à commencer par un rassemblement prévu vendredi après-midi, à l'appel du mouvement dit du 5-Juin, probable futur partenaire gouvernemental du colonel Goïta.

Lundi, le colonel Goïta devrait être investi devant la Cour constitutionnelle.

Cette cérémonie est considérée comme devant lever le blocage à la nomination d'un Premier ministre qui, réclament la France comme une grande partie de la communauté internationale, devra être un civil.

Le colonel Goïta a dit son intention de confier le poste au Mouvement du 5-Juin/Rassemblement des forces patriotiques (M5/RFP).

Ce collectif hétéroclite avait pris le tête en 2020 de mois de contestation parachevée en août par le putsch déposant le président Ibrahim Boubacar Keïta. Après le putsch, le M5 avait vainement réclamé d'être traité d'égal à égal par les militaires dans la mise en place de la transition.

Le M5 s'était retrouvé affaibli et divisé. Il avait durement critiqué le cours suivi par la transition.

Le colonel Goïta l'a rappelé dans le jeu. Le M5 a choisi pour le poste de Premier ministre un vétéran, Choguel Kokalla Maïga.

Ce choix a suscité des inquiétudes. M. Maïga est connu comme un ardent détracteur de l'accord de paix de 2015 avec d'anciens rebelles du Nord, dont l'application est jugée capitale pour sortir le pays de la tourmente.

La remise en cause des engagements pris par le colonel Goïta et le positionnement de M. Maïga ne sont pas les seuls motifs de préoccupation pour les partenaires du Mali. Ils s'interrogent sur la place qui sera faite à l'imam conservateur Mahmoud Dicko.

L'imam Dicko, figure tutélaire de la contestation de 2020, a pris ses distances avec le M5 depuis. Mais, comme les colonels, il est favorable au dialogue avec certains jihadistes, rejeté par Paris.

Les partenaires du Mali seront attentifs à son éventuelle présence au rassemblement de vendredi, ainsi qu'à la tonalité des discours.

bur-lal/sst

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