Malgré le Covid, Macron ne veut pas "perdre le fil" de son quinquennat

Laurence BENHAMOU avec Jérôme RIVET
·3 min de lecture
Emmanuel Macron lors d'un déplacement à Tours le 5 janvier 2021

"Il ne faut jamais perdre le fil de ce qu on fait": Emmanuel Macron a consacré son premier déplacement de l'année à promouvoir une réforme sociale, celle des pensions alimentaires, pour s'extirper des critiques sur la crise sanitaire qui risque de peser lourd en 2022.

A Tours, le chef de l'Etat a échappé pendant quelques heures aux flèches sur "la lenteur" de la campagne de vaccination qui place l'exécutif sur la défensive depuis plusieurs jours. Il a refusé de l'évoquer devant la presse à l'issue d'une rencontre avec des parents séparés.

Mais comme en 2020, son agenda reste accaparé par la crise du Covid-19. Avec, comme priorité, de ne pas rater l'épreuve du vaccin "après l'échec de celles des masques et des tests", selon l'accusation de Xavier Bertrand, qui se place en rival pour la présidentielle.

Lors d'une réunion organisée dans l'urgence lundi, il a donc ordonné au gouvernement d'"accélérer vraiment" la campagne de vaccination en "simplifiant drastiquement" les procédures, selon un participant.

Le message devrait être répété aux Conseils de défense et des ministres mercredi avant que le Premier ministre Jean Castex ne fasse le point jeudi devant la presse.

Cette pression va rester vive au moins jusqu'au printemps car "les premiers mois de l'année seront difficiles", a prévenu Emmanuel Macron le 31 décembre dans ses voeux aux Français.

Pour autant, il ne veut pas rester inactif pour enrichir le bilan de son quinquennat dans l'optique d'une probable candidature en mai 2022.

"Il est très important de montrer que les choses continuent à avancer" et de "jamais perdre le fil de ce qu'on fait car, sinon, on ne fait que courir après les événements et on ne règle jamais les problèmes", a fait valoir Emmanuel Macron à Tours.

"Je m'occupe de tous les sujets qui font la vie d'une nation. J'aurai à parler du défi climatique, des sujets régaliens, militaires, et autres...", a-t-il ajouté.

- "Echec" -

Dans ses voeux, le chef de l'Etat a énuméré ses priorités pour 2021: la transition écologique, la lutte pour la laïcité, l’égalité des chances et la lutte contre "toutes les inégalités et les discriminations". Autant de dossiers sensibles sur lesquels se penchera le gouvernement à son séminaire de rentrée du 13 janvier.

Dans le même temps, Emmanuel Macron entend défendre les réformes déjà mises en oeuvre, à l'instar de celles des pensions alimentaires, un sujet dont il a "découvert la profondeur et la gravité lors de la crise des gilets jaunes" car "il y avait beaucoup de mamans solos sur les ronds-points qui ne pouvaient pas vivre" de leur travail, en raison de pensions impayées".

En mettant en avant ces réformes sociales, le chef de l'Etat entend montrer que "la jambe gauche" du macronisme n'a pas été oubliée face à "la jambe droite", dominante cet automne avec l'accent mis sur les projets de loi contre le séparatisme islamiste et pour la sécurité globale.

Mais le problème, pour l'exécutif, est d'être audible sur ces réformes alors que la crise sanitaire polarise toute l'attention de l'opinion et cristallise les critiques de l'opposition.

Xavier Bertrand, possible candidat de la droite à la présidentielle, s'est ainsi montré particulièrement sévère en accusant Emmanuel Macron d'avoir commis "une faute gravissime" avec sa stratégie de vaccination qui "nous conduit inévitablement à l'échec".

Car, pour le président ex-LR de la région Hauts-de-France, son erreur est d'avoir voulu appliquer "le en même temps" en cherchant à "faire plaisir" à la fois aux pro-vaccin et aux anti-vaccin.

Certains responsables de la majorité craignent qu'un ratage de la campagne de vaccination ne fasse fuir les traditionnels électeurs d'Emmanuel Macron, plutôt pro-vaccin, à savoir les Français âgés et issus des couches sociales favorisées. Dans l'optique de 2022, "il n'y a pas de place pour l'erreur sur ce dossier", prévient l'un d'eux.

leb-jri/ib/mm