Malgré le changement de méthode promis, le n°2 de l'Élysée bien parti pour rester

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Alexis Kohler, le secrétaire général de l'Elysée. - AFP
Alexis Kohler, le secrétaire général de l'Elysée. - AFP

Alors que la démission du gouvernement devrait avoir lieu à la mi-mai, les pistes sur la composition du remaniement sont bien gardées. Contrairement au Premier ministre -dont le nom est encore confidentiel- celui du secrétaire général de l'Élysée, lui, ne devrait pas changer.

"Très technique", Alexis Kohler est l'incarnation du haut-fonctionnaire d'État. Peut-être un peu "froid", mais "terriblement efficace", confient certains qui l'ont croisé au Palais. L'homme le plus puissant de l'État derrière Emmanuel Macron fait l'objet de critiques timides au sein de la majorité, plus franches chez les frondeurs. Mais tous verraient mal le chef d'État fraîchement réélu renoncer à ce "loyal", véritable "frappe de travail", s'accorde-t-on en Macronie.

"Emmanuel Macron a beaucoup réfléchi au fonctionnement entre Matignon et l'Élysée. Et en ça, Alexis Kohler fait très bien le travail. Je ne vois pas pourquoi le Président changerait d'horlogerie. Il veut que tout le gouvernement fonctionne bien et soit en dynamique pour impulser des changements", nous explique un parlementaire investi par "Ensemble!" pour les législatives.

"Technocrate" omniprésent, de loin

Surnommé "le cerveau" ou "le jumeau" du président, l'"omniprésence" du secrétaire général de l'Élysée fait grincer quelques dents. Les murmures se sont amplifiés pendant la campagne. Son "empreinte technocratique" a pu décevoir ceux qui préconisaient "un effet waou", un peu "fantaisiste", explique François-Xavier Bourmaud, journaliste et auteur d'"Emmanuel Macron, les coulisses d'une victoire" (Éditions l'Archipel). "Et c'est l'école Kohler qui l'a emporté", constate un dirigeant.

"Mon ressenti, c'est que c'est un homme de pouvoir très fort qui contrôle énormément de choses", nous résume une ancienne conseillère ministérielle qui l'a croisé à plusieurs reprises.

Sa "vision laser" qui maîtrise tous les chiffres, décrit François-Xavier Bourmaud, peut "manquer un peu de patte humaine", concède un parlementaire de la majorité. Une qualité qui a pu lui faire défaut dans l'anticipation de la crise des Gilets jaunes, analyse le journaliste. "La colère s'est agrégée sur les ronds-points et pas dans les chiffres que tenaient Kohler", nous explique-t-il.

Dans son livre "Ce que l’on ne veut pas que je vous dise. Récit au cœur du pouvoir" (Éditions Massot) l'ex-La République en marche, Frédérique Dumas, est plus sévère. Elle dénonce une "élite technocratique hors-sol", "seul dans son bureau", "qui prend 80% des décisions d’arbitrage sur tous les sujets et qui ne rend de comptes à personne". "Je n'ai eu le droit qu'à un mail durant tout mon mandat et il a plusieurs fois refusé de me recevoir sur des sujets sociétaux", ajoute un autre parlementaire qui a quitté le parti.

Il n'a jamais aimé les députés qui avaient une autre vision que lui. Il a une curieuse vision de la démocratie: nous les élus, nous sommes des imbéciles qui n'avons pas sa connaissance et sa formation très respectable", ironise-t-il.

"Il représente tout ce que la macronie a de plus problématique, de fonctionnaires déconnectés et de verticalité raide", ajoute-t-il avant de conclure sa tirade: "Kohler c'est le cost-killer de l'Élysée".

Hyperproximité avec le président

Oreille privilégiée d'Emmanuel Macron, les deux hommes se sont rencontrés en 2015 lorsque le chef de l'État était au ministère des Finances. Auparavant numéro 2 de Pierre Moscovici en 2012, le haut fonctionnaire est devenu à Bercy directeur de cabinet du futur chef d'État.

Aujourd'hui, "je connais personne qui a une aussi bonne proximité avec le Président", constate un ancien conseiller ministériel, "C'est rare qu'un président ait quelqu'un qui le connaît aussi bien et qui soit aussi efficace (...) On sait que quand il prend une décision, il sait exactement ce que pense le président", ajoute-t-il.

"Ça embraye tout de suite. Kohler n'est jamais sans réponse face à son chef. Emmanuel Macron commence une phrase, l'autre la finit. Quand l'un coupe les oignons, c'est l'autre qui pleure", résume François-Xavier Bourmaud.

Un parlementaire ex-LREM met en garde contre ce fonctionnement en toute petite équipe qui marche "à l'obéissance absolue".

Pas le plus écolo

Si nombreux sont ceux qui reconnaissent l'efficacité de ce duo, sur l'écologie, "il y a un peu de retard", concède un fidèle LaRem, fin connaisseur de ces questions. La confiance du Président accordée à son secrétaire général pourrait en être une des causes. "Kolher est une personne qui continue à penser qu’on peut juste changer les sources d’énergie et rester comme on fait là", raconte un ancien conseiller à la Transition écologique.

"Emmanuel Macron fait une mue progressive et clairement pas achevée sur le climat, trop souvent confronté à ses anciens réflexes technophiles. Mais Monsieur Kohler, j’aurais tendance à penser que sa mue est encore plus lente (...) Les deux sont toujours persuadés que la transition écologique sera technologique", déplore un autre spécialiste passé au cabinet de Barbara Pompili.

"Cela peut expliquer pourquoi l'écologie a été traitée dans cette campagne de façon aussi homéopathique et uniquement du point de vue énergétique", ajoute cette même source.

Au gouvernement, on préfère se concentrer sur les cinq ans à venir. "Ce qu’on attend maintenant c’est que le système mis en place soit le plus utile et le plus efficace pour le prochain quinquennat", nous confie un proche du tandem pour qui le dernier quinquennat "qui partait de loin" est celui "qui a le plus œuvré pour l'environnement".

Les critiques sur la personne de l'ombre sont minimisées: "Quand les choses ne vont pas, ce n'est jamais la faute du président, donc c'est Alexis qui prend tout, c'est comme ça", confie l'entourage d'Édouard Philippe. "Je n’ai jamais compris la caricature que certains cherchaient à faire de lui, en le présentant comme un techno, alors qu’il est très fin politiquement", le défend le porte-parole Gabriel Attal.

"Il s'adaptera à la méthode du président"

Pour plusieurs macronistes, il n'est pas nécessaire de changer de secrétaire général pour atteindre la planification écologique promise par le président pendant l'entre-deux tours. Ni même pour permettre le changement de méthode annoncé.

"Il s’adaptera à la méthode du président, si la méthode est tournée vers le dialogue et la négociation, il la suivra", nous assure François de Rugy. 876450610001_6305036520001

L'ancien ministre trouve appréciable qu'Alexis Kohler reste dans l'ombre, à sa place, "sans se prendre pour un Premier ministre bis". Un ancien conseiller à Matignon loue un bras droit "loyal", "sans agenda politique" et "très scrupuleux". "Il ne fait pas partie de l'appareil à renouveler de toute façon. L'équipe qui entoure un président est beaucoup plus stable que le gouvernement", analyse le politologue Thomas Guénolé.

La personne ne serait pas "assez symbolique" pour nécessiter un changement. "Prenez quelques Français dans la rue, pas sûr du tout que beaucoup d'entre eux connaissent le nom du secrétaire général de l'Élysée", concède un ex-député LaRem.

Malgré les affaires qui entourent le secrétaire général de l’Élysée -il est visé depuis 2020 par une information judiciaire sur ses liens avec l’armateur italo-suisse MSC et depuis 2021 par une enquête pour trafic d'influence autour de la fusion Veolia-Suez- on n'imagine pas Macron, dans ce nouveau quinquennat qui s'annonce plus dur que le premier, se couper de "son brillant bras droit", selon les mots d'une ministre.

"C'est le seul dont le Président concède que le cerveau fonctionne plus rapidement que le sien", s'amuse François-Xavier Bourmaud.

"Puissent alors trôner sur les tables de nuit du duo pour les mois à venir, les rapports du Giec plutôt que les livres d'orthodoxie budgétaire", soupire une ancienne conseillère ministérielle.

Article original publié sur BFMTV.com

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