"Nous sommes mal protégés car mal identifiés" : l'inquiétude des métiers d'art face à la crise

*

Aude Tahon est présidente d'Ateliers d'art de France, syndicat des professionnels des métiers d'art né en 1868. Ce dernier regroupe l'ensemble des entreprises du secteur, fédérant 1.700 entreprises, adhérents directs, et 120 associations regroupant un total de 6.000 professionnels par métiers, territoires ou enjeux de formation. L'action du syndicat déborde le seul périmètre des revendications du secteur, œuvrer à son rayonnement à travers l'organisation de salons (Révélations, Salon international du patrimoine culturel) et le parrainage de divers autres événements publics, l'édition de deux revues (Ateliers d'art et La Revue de la céramique et du verre), des prix, une galerie etc.

Ne faisant pas partie des activités économiques considérées « indispensables à la vie de la nation », les métiers d'art ont subi une suspension forcée des activités depuis la mi-mars. Quel est l'état des lieux pour le secteur ?

Ordinairement, nos ateliers sont actifs à partir du printemps. Les artisans d’art préparent leurs collections lors des mois creux puis, au printemps, vont à la rencontre du public. Or, tout est à l'arrêt : événements annulés (marchés, salons...), boutiques – locales ou étrangères – fermées, et l'incertitude demeure quant aux marchés d'été. Les professionnels de métiers d'art sont confinés, en incapacité de vendre et en réduction d'activité, faute d'accéder à leur atelier ou aux matériaux, l'activité des fournisseurs étant suspendue. Tout notre réseau de détaillants est en difficulté. Les commandes ont été gelées et passeront-ils commande à la rentrée ? Les galeries aussi sont en difficulté. Qui plus est, après plusieurs mois sans activité avec des pertes de chiffre d'affaires (CA), comment chacun va-t-il rattraper ses pertes ? Est-ce que les prix des matières premières vont augmenter ? Les métiers d'art sont la « cerise sur le gâteau » : nos créations seront-elles « prioritaires » dans les achats ?

Lire la suite