Des maires de l'opposition se rebellent contre la fermeture des commerces non-essentiels

Esther Paolini
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Un senior à Strasbourg le 18 mars 2020, pendant le confinement (photo d'illustration) - Patrick Hertzog-AFP
Un senior à Strasbourg le 18 mars 2020, pendant le confinement (photo d'illustration) - Patrick Hertzog-AFP

Le nouveau confinement est en place depuis moins de 24 heures et déjà, plusieurs municipalités se rebellent. Des maires de gauche, de droite et d'extrême droite ont annoncé ce vendredi prendre des arrêtés municipaux afin d'autoriser l'ouverture des commerces dits "non-essentiels" dans leurs villes, estimant cette mesure injustifiée ou discriminatoire par rapport aux grandes enseignes. Ces arrêts pourraient toutefois être retoqués car jugés "illégaux" par les préfets.

De son côté, l'Association des maires de France (AMF) appelle le gouvernement à "revoir rapidement la définition de commerce de première nécessité et de l’élargir", notamment aux librairies et au salon de coiffure.

· Perpignan (Pyrénées-Orientales)

L'élu du Rassemblement National Louis Aliot a jugé que la fermeture des petits commerces du centre-ville de Perpignan était "totalement incohérente et va à l'encontre de l'égalité de traitement des commerces." Lors d'une conférence de presse, l'édile a donc annoncé la réouverture des magasins non alimentaires de sa ville, en déclarant:

"Il n'y a pas plus de risque à fréquenter les boutiques de la ville qui appliquent parfaitement les protocoles de sécurité, que d'être contaminé dans les grandes surfaces."

· Béziers (Hérault)

En début de soirée Robert Ménard a également annoncé avoir pris un arrêté pour sa ville de Béziers (Hérault).

Dans le texte, il explique que "les petits commerçants sont parfaitement en mesure de respecter, autant que les centres-commerciaux, hypermarchés et supermarchés, les mesures d'hygiène et de distanciation sociale" et qu'une "rupture de traitement ne saurait être acceptée sur le territoire de la commune de Béziers".

· Un arrêté pour les librairies à Dijon (Côte-d'Or)

François Rebsamen, maire socialiste de Dijon a annoncé qu'il allait prendre un arrêté municipal pour autoriser uniquement les librairies à rester ouvertes. Il explique sa démarche à notre antenne:

"Ce n'est pas normal de considérer que les librairies ne sont pas des commerces essentiels pour notre vie. La culture n'est pas un supplément d'âme, c'est un élément particulier, historique dans notre pays et nos concitoyens ont le droit d'acheter des livres autrement que par la plateforme Amazon", tranche l'élu dijonnais.

· Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire)

Le maire Les Républicains Gilles Platret a annoncé dans un post Facebook avoir pris un arrêté semblable, s'en expliquant ensuite sur notre antenne:

"Le décret tel qu'il a été pris par le pouvoir, crée des conditions qui propagent la contamination. Les supermarchés ne sont pas en capacité d'empêcher cela alors que les petits commerçants, dans leurs échoppes, dans leurs boutiques, sont en capacité de leur faire. C'est du bon sens, ce n'est pas une rébellion", assure-t-il.

· Migennes (Yonne) et Decize (Nièvre)

François Boucher (LR), élu de la commune de Migennes, dans l'Yonne, a également pris un arrêté pour autoriser les petits commerces à ouvrir dans sa commune, estimant que l'actuel protocole va à l'encontre d'une "égalité de traitement":

"Vous rentrez dans les grandes surfaces, vous achetez aussi bien de l'habillement que de l'électroménager, que tout ce qui se trouve dans les centres-villes. Donc il y a un problème de fond, qu'il faut impérativement que l'État règle", s'est-il justifié auprès de nos confrères de France Bleu.

La maire socialiste de Decize (Nièvre), Justine Guyot, considère également qu'il y a "une rupture d'égalité" entre les petites enseignes et les grandes surfaces et a donc pris le même arrêté. Dans une interview au Journal du Centre, l'élue espère que sa décision fera "boule de neige":

"Ça peut faire boule de neige et faire bouger les choses si les maires montent ainsi au créneau", espère-t-il.

· Fresnay-sur-Sarthe (Sarthe)

"C'est une décision de bon sens, une décision de traitement identique sur le même territoire. J'ai un supermarché qui peut ouvrir tous ses rayons et j'ai une dizaine de petits commerçants qui ont déjà fermé pendant plus de deux mois et qui sont encore obligés de fermer. On ne comprend pas cette décision", s'indigne Fabienne Labrette-Menager, maire LR de Fresnay-sur-Sarthe, auprès de BFMTV.

Cette dernière demande donc que la grande distribution ne vende que de l'alimentaire.

Problème, ces arrêtés doivent être transmis au préfet qui peut lui, tout à fait demander son annulation auprès du juge administratif. C'est justement ce qu'a fait Julien Charles, préfet de Saône-et-Loire, qui a porté l'affaire devant le tribunal administratif de Dijon ce jour.

Article original publié sur BFMTV.com