Le maire de Moscou sort de l'ombre pour contrer le coronavirus

Anna MALPAS
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Le maire de Moscou Sergueï Sobianine lors d'une réunion sur l'épidémie du nouveau coronavirus, le 27 mars 2020 à Moscou

Moscou (AFP) - Peu charismatique, effacé et d'ordinaire dans l'ombre du Kremlin, le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, apparaît sous un autre jour en occupant l'avant-poste de la lutte contre la propagation du coronavirus en Russie.

Lors d'une réunion avec Vladimir Poutine cette semaine, celui qui apparaît désormais quotidiennement sur les écrans télévisés des Russes a exhorté le président à prendre des mesures fortes, révélant pour la première fois que la Russie n'avait pas une "image claire" de l'avancée de l'épidémie, alors que 1036 cas ont jusqu'ici été officiellement recensés.

Après cette intervention, le discours officiel, qui présentait jusqu'alors la situation comme "sous contrôle", a changé.

Le président russe s'est adressé mercredi à la nation, un évènement rare. Il a ordonné une semaine chômée et annulé un référendum devant lui permettre de rester au pouvoir au-delà de 2024.

"Poutine s'est rangé à l'avis de Sobianine", estime l'opposant Vladimir Ryjkov à l'antenne de la radio Ekho Moskvy.

Maire depuis 2010 d'une capitale tentaculaire comptant de 12 à 16 millions d'habitants selon les estimations, Sergueï Sobianine était jusqu'ici surtout connu pour son manque de charisme et ses travaux publics coûteux qui ont transformé Moscou.

A 61 ans, cet affidé du Kremlin originaire de Sibérie a été propulsé en mars à la tête d'une équipe chargée de lutter contre la maladie de Covid-19 sur l'ensemble du vaste territoire russe.

Et il prend la mission très au sérieux, critiquant les dirigeants des régions faisant preuve de laxisme et encourageant des mesures toujours plus fortes pour enrayer l'épidémie.

Quand il a annoncé jeudi pour Moscou la fermeture dès samedi des cafés, parcs, restaurants et de la plupart des magasins, le gouvernement a décidé le lendemain d'ordonner les mêmes mesures pour toute la Russie.

Vladimir Poutine a laissé ces annonces à d'autres donc, appelant les Russes à faire preuve de "responsabilité" et à rester "à la maison", sans pour autant ordonner de confinement strict.

M. Sobianine a aussi organisé la construction express d'un hôpital près de Moscou, qui en avril doit déjà être en mesure de soigner les malades du coronavirus.

- 'Premier ministre' du coronavirus -

"La tâche de Sobianine aujourd'hui est d'être à la pointe pour régler le problème principal: le coronavirus. Cela montre que le président lui fait confiance", explique le politologue Konstantin Kalatchev.

Une confiance de longue date. Avant de diriger Moscou, Sergueï Sobianine a piloté pendant cinq ans l'administration présidentielle, un rôle clé.

En tant que maire, il a transformé profondément la capitale en modernisant les voies publiques et les transports, construisant des espaces verts et des tours d'habitations pour reloger les habitants d'immeubles soviétiques.

Il a aussi été une cheville ouvrière de la répression policière des manifestations de l'été dernier à Moscou, organisées par l'opposition pour exiger des élections locales libres.

"Le rôle de "Premier ministre" en charge du coronavirus convient parfaitement à Sobianine, maire de la ville la plus dangereuse en terme de contagion", relève Andreï Kolesnikov, du centre Carnegie.

Bien que les commentaires de M. Sobianine sur l'épidémie peuvent sembler parfois audacieux et prendre à contre-pied le discours rassurant du Kremlin, des analystes estiment qu'il s'agit en réalité du scénario voulu par la présidence qui laisse à d'autres le rôle d'annoncer les mauvaises nouvelles.

"Poutine et lui travaillent comme une équipe soudée et les mesures sont prises conjointement", affirme M. Kolesnikov, soulignant toutefois que, comme toujours, "c'est Poutine qui a le dernier mot".