Le maintien de Fillon, pari gagnant ou suicidaire ?

Julien MIVIELLE
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François Fillon (G), Luc Chatel (C) et Eric Ciotti, chantent "la Marseillaise" lors d'un rassemblement de campagne le 2 mars 2017 à Nîmes

Paris (AFP) - A 52 jours du premier tour de la présidentielle en France, la décision du candidat de la droite François Fillon de maintenir sa candidature envers et contre tout malgré ses ennuis judiciaires, fait débat jusque dans son propre camp.

Au sein du parti les Républicains (LR), ses plus fervents soutiens martèlent qu'il n'y a pas d'alternative, "pas de plan B": "il n'est pas du tout dans une sorte de fanatisme de candidature, il est dans la responsabilité, il est dans le devoir", assurait jeudi le patron des sénateurs de droite Bruno Retailleau.

Mais d'autres doutent et, à l'image du sénateur Bruno Gilles, pensent que l'élection "était imperdable" mais "devient de plus en plus ingagnable". L'ex-Premier ministre de droite Dominique de Villepin (2005-2007) a même estimé qu'en se maintenant François Fillon emportait "son camp dans une course vers l'abîme".

M. Fillon a parlé d'"assassinat politique" quand il a annoncé mercredi sa probable mise en examen dans une affaire d'emplois présumés fictifs et sa décision d'aller "jusqu'au bout".

Les investigations portent notamment sur la réalité des emplois d'assistants parlementaires occupés par Penelope Fillon et deux enfants du couple auprès de M. Fillon.

"Il a choisi une stratégie de défense jusqu'au-boutiste, il est trop tard pour faire marche arrière", analyse Martial Foucault, directeur du Cevipof, un centre de recherche sur la politique. Assez unanime, la presse française voit là une "stratégie suicidaire".

Même si François Fillon assure que sa base "tient", les défections s'accumulent. Le quotidien de gauche Libération a créé un "compteur des lâcheurs de Fillon", avec une liste "pour l'instant" de 56 noms, dont l'ancien ministre Bruno Le Maire et son directeur adjoint de campagne. Un appel des maires des grandes villes de France pour son retrait est aussi en préparation.

"Il y a un mois, on cherchait à s'accorder sur un plan B. Là, c'est plutôt: on le vire et on verra bien qui on met à la place, l'important, pour tous les courants de LR, c'est d'éviter la honte à la présidentielle", assure un membre du parti à l'AFP.

Mais pour cette hypothèse, le temps presse: les 500 parrainages d'élus locaux nécessaires pour formaliser une candidature doivent être rassemblés avant le 17 mars en complément des 737 signatures déjà recueillies par François Fillon.

Le député de droite Georges Fenech a appelé jeudi les élus à donner leur parrainage à Alain Juppé, rival malheureux de François Fillon à la primaire de la droite.

- 'Guerre des chefs' -

L'option Juppé ne fait cependant pas l'unanimité et l'ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy (2007-2012), qui reste légitimé par sa large victoire en novembre à la primaire de la droite, bénéficie des divisions de son camp, selon les experts.

Il restera candidat "par défaut", pense Jean Petaux, politologue à l'Institut d'études politiques de Bordeaux (sud-ouest): "Les grands féodaux des Républicains s'auto-bloquent entre eux et ça permet à Fillon d'être celui qui incarne la candidature aujourd'hui et encore à mon sens jusqu'au 17 mars".

"Il faut parler en termes de guerre des chefs dans un parti vertical et hiérarchique", abonde Martial Foucault.

En attendant, la campagne de ce libéral assumé risque de rester perturbée. Mercredi sa visite au salon de l'Agriculture a été ponctuée par les cris de ses partisans ("Fillon Président") et de ses adversaires ("Voleur, rends l'argent").

Ses arguments pour maintenir sa candidature sont "peu audibles pour les Français mais aussi une partie de son électorat", souligne Martial Foucault.

Seul un Français sur quatre souhaite qu'il maintienne sa candidature, selon un sondage réalisé après sa déclaration et publié jeudi.

Toutes les enquêtes d'opinion montrent que M. Fillon serait devancé au premier tour par la candidate d'extrême droite Marine Le Pen et le centriste Emmanuel Macron. Il ne se qualifierait donc pas pour le second tour du scrutin, le 7 mai.

Si une mise en examen ne l'empêche pas de se maintenir, sa stratégie de mise en cause de l'impartialité des juges a suscité une pluie de critiques de ses rivaux sans trouver d'écho dans l'opinion: plus de 7 Français sur 10 (73%) estiment qu'"il faut laisser la justice faire son travail".

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