«Mains», des gestes qui détournent la tension

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A l’ère du numérique et du tout-digital, le psychanalyste Darian Leader se penche sur notre incessante activité manuelle, qui à la fois nous lie aux autres et nous en sépare.

Il se peut qu’on perde la vue, le goût, l’ouïe, l’odorat. De tous les sens, seul le toucher est «toujours là». Car toucher ne se réduit pas à ce que la main, ou le pied ou l’épaule, frôle, appréhende, palpe, tâte, teste, brise ou caresse. Toucher, c’est être au monde, et on ne saurait être au monde sans une enveloppe corporelle par laquelle nous le touchons et à travers laquelle il nous touche. Tout ce qui arrive, arrive en touchant : les images frappent la rétine, les bruits cassent les oreilles et les fragrances chatouillent les narines… A l’inverse, tout ce que nous faisons arriver, en saisissant, en poussant, en tranchant, en soulevant, etc., nous oblige à toucher la matière qu’on veut transformer. A proprement parler, il n’y a pas d’organe du toucher, mais un corps touchant et un corps touché. Cependant, du corps touchant, la main est bien l’avant-garde.

Anaxagore l’a dit il y a bien longtemps : «L’homme pense parce qu’il a une main.» Rien de plus juste. Pourtant, la culture n’a pas hissé à la même dignité le travail manuel et le travail de la pensée. A la main, armée ou non d’outils, elle a confié les tâches les plus humbles, traire les animaux, tricoter, pétrir la pâte, travailler la terre, et à la tête celles, plus nobles, de saisir les causes et les fins des choses, découvrir la vérité, inventer la politique, la religion, la science, la philosophie. Mais l’heure de la revanche est venue. Nous vivons à présent dans un monde «digital», ce qui, à la lettre, signifie que nous y faisons tout avec les doigts. Agir, c’est désormais taper, tapoter, cliquer, faire glisser, zoomer, faire défiler… Mais pourquoi donc faut-il que nos mains soient toujours en activité ?

Se gratter la tête. A cette question répond l’essai, vraiment très original et curieux, du psychanalyste londonien Darian Leader, (...)

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