Magnus Carlsen vs Hans Niemann : L’affaire de tricherie qui agite le monde des échecs

Depuis un match perdu contre le jeune américain Hans Niemann, le quintuple champion du monde Magnus Carlsen s’est engagé dans une cabale contre la tricherie aux échecs.
ARUN SANKAR / AFP Depuis un match perdu contre le jeune américain Hans Niemann, le quintuple champion du monde Magnus Carlsen s’est engagé dans une cabale contre la tricherie aux échecs.

ARUN SANKAR / AFP

Depuis un match perdu contre le jeune américain Hans Niemann, le quintuple champion du monde Magnus Carlsen s’est engagé dans une cabale contre la tricherie aux échecs.

SPORT - Si les scénaristes du Jeu de la dame cherchaient comment mettre sur pied une saison 2, ils n’auraient pas trouvé meilleure source d’inspiration. Début septembre, un tweet énigmatique du quintuple champion d’échecs Magnus Carlsen a secoué de manière inattendue ce sport, au point de replonger la discipline dans une paranoïa digne du dernier grand scandale de l’histoire de ce sport.

Tous les ingrédients sont présents : des accusations de tricherie portées par le numéro 1 mondial contre un jeune joueur prometteur, la réputation sulfureuse de ce dernier, des matchs terminés en moins de trois coups, des analyses par les plus grands experts du jeu d’échecs, sans oublier la promesse d’une grande révélation finale. Aucun doute, l’affaire Carlsen vs Nieman ne manque pas de rebondissements.

Et le dernier tweet publié ce lundi 26 septembre par le champion en est la preuve formelle. « Je crois que Niemann a plus triché, et encore plus récemment, qu’il ne l’a admis publiquement », écrit le Norvégien de 31 ans. Aucune preuve de tricherie révélée, mais une sensation tenace de la part de celui qui avait renoncé en mai à défendre son titre mondial par manque de motivation.

Premier match à la Sinquefield Cup

Dans son tweet publié lundi, Magnus Carlsen déclare : « Ses progrès sur l’échiquier sont inhabituels. Et pendant notre match à la Sinquefield Cup, j’ai eu l’impression qu’il n’était pas tendu ni même pleinement concentré sur le jeu dans les moments critiques, alors qu’il me surpassait avec les noirs en jouant à un niveau que seuls une poignée de joueurs peuvent atteindre ».

Pour mieux comprendre les origines de cette déclaration, un bref retour en arrière s’impose. Le 5 septembre, Magnus Carlsen, qu’on ne présente plus dans le monde des échecs, affronte le jeune Américain Hans Niemann, alors classé dans le top 50 mondial, après deux ans d’ascension fulgurante. C’est après ce match, remporté à la surprise générale par l’outsider américain, que l’affaire démarre réellement. Le champion des champions poste alors un tweet énigmatique, annonçant son retrait du tournoi, malgré les six duels qui lui restaient encore à disputer.

« Je me suis retiré du tournoi. J’ai toujours aimé jouer la Sinquefield Cup, et j’espère y revenir dans le futur », annonçait alors Carlsen. Si le grand maître international a sans doute été piqué dans son ego après cette défaite, son retrait ainsi que la suite de son tweet interrogent. Il glisse en effet une célèbre vidéo dans laquelle l’entraîneur de football José Mourinho, frustré par un arbitrage désavantageux, déclare : « If I speak, I am in big trouble. » En français : « Si je parle, je vais avoir de gros problèmes. »

La rumeur est lancée : Hans Niemann aurait donc triché, comme l’avance notamment le grand maître Hikaru Nakamura sur Twitch pour expliquer la défaite, puis le retrait du Norvégien. Malgré une enquête de l’organisation et des mesures supplémentaires pour endiguer la triche, aucune preuve ne sera trouvée.

Le prodige de 19 ans vient de mettre fin à la série de 53 matchs sans défaite de Carlsen, pourtant son niveau lors des matchs suivants questionne et incite à la suspicion. Surtout que Magnus Carlsen jouit d’une réputation exemplaire et inspire la confiance grâce à son statut de plus grand joueur de l’histoire des échecs. Alors qui croire ?

Deux coups et puis s’en va

Hans Moke Niemann n’est pas étranger aux actes de tricheries. Par le passé, le natif de San Francisco s’est déjà fait pincer en ligne, au point d’être banni de la plateforme la plus populaire de ce sport : Chess.com. Malgré son jeune âge, il a lui-même admis avoir triché à deux reprises, à l’âge de 12 et 16 ans. Une version contestée par le célèbre site en ligne, qui assure que les actes de tricherie de l’Américain seraient bien plus nombreux que ce qu’il prétend.

Et comme dans une bonne série, l’heure du « rematch » a sonné. Le 19 septembre, les deux hommes s’affrontent à nouveau, en ligne cette fois, lors de la Julius Baer Generation Cup. Et alors que la communauté des échecs est suspendue aux doigts de Magnus Carlsen, ce dernier éteint soudainement sa webcam et jette l’éponge au bout du deuxième coup, prenant de court son adversaire et les commentateurs du match. Un coup médiatique pour contester la présence du supposé tricheur dans ce tournoi.

Si Niemann s’était dit prêt à jouer nu pour prouver son innocence, c’est bien Magnus Carlsen qui sort les grandes phrases afin que « la tricherie aux échecs soit traitée sérieusement ». « Je publierai certainement une déclaration très bientôt et ce ne sera pas tout ce que vous entendrez de moi à ce sujet », surenchérissait-il, promettant alors de futures révélations.

Une menace existentielle pour le jeu ?

Les jours passent et les analyses des plus grands experts des échecs défilent. Pourtant personne ne semble en mesure de donner une preuve formelle de triche durant ce match du 5 septembre, pas même le célèbre Kenneth Regan, spécialiste mondial de la triche aux échecs. Reste alors de sulfureuses théories qu’on se glisse çà et là pour tenter d’expliquer les accusations du Numéro 1 mondial.

L’une d’elles, popularisée par Elon Musk en personne, laisse entendre qu’Hans Niemann aurait fait usage d’un plug anal vibrant. Dans un article du sérieux Guardian, deux sources du monde des échecs « ont toutes deux déclaré que si les meilleurs joueurs savaient qu’un mouvement leur procurant un avantage significatif existait (peut-être avec l’utilisation d’une sorte de signal), cela les aiderait à le trouver plus souvent ». Parmi les autres théories envisagées : une oreillette cachée, un implant sous la peau ou une caméra miniature, mais toujours aucune preuve pour en attester.

Dans un tweet en réponse à une blague sur la rumeur d’un plug annal utilisé par Hans Niemann, Elon Musk déclare : « Le talent, c’est le tireur qui atteint un but que les autres ne peuvent toucher ; le génie, c’est celui qui atteint un but que les autres ne peuvent même pas voir (parce que c’est dans ton cul) - Schopenhauer ».
Capture d’écran Twitter Dans un tweet en réponse à une blague sur la rumeur d’un plug annal utilisé par Hans Niemann, Elon Musk déclare : « Le talent, c’est le tireur qui atteint un but que les autres ne peuvent toucher ; le génie, c’est celui qui atteint un but que les autres ne peuvent même pas voir (parce que c’est dans ton cul) - Schopenhauer ».

Capture d’écran Twitter

Dans un tweet en réponse à une blague sur la rumeur d’un plug annal utilisé par Hans Niemann, Elon Musk déclare : « Le talent, c’est le tireur qui atteint un but que les autres ne peuvent toucher ; le génie, c’est celui qui atteint un but que les autres ne peuvent même pas voir (parce que c’est dans ton cul) - Schopenhauer ».

L’affaire divise, même parmi les grands champions de la discipline. Si certains ont demandé de plus amples explications à Magnus Carlsen sur ces accusations, comme le grand Garry Kasparov, pour le Français Maxime Vachier-Lagrave, champion du monde de blitz, l’heure est à la discussion pour éviter une éventuelle « chasse aux sorcières ». S’exprimant pour le site Chess24, il estime que « le mieux est bien sûr de mettre tout le monde à table, Magnus et le reste des joueurs, pour réfléchir à ce qu’on veut ».

Mais à la fin, le grand perdant de cette affaire reste le jeu d’échecs lui-même. Un avis partagé par le streameur français Blitzstream. Dans L’Équipe, ce joueur s’inquiète des répercussions de l’affaire Carlsen vs Niemann, « une très mauvaise pub » : « ça va devenir très compliqué à regarder dès lors que le doute s’est immiscé ».

De quoi convoquer de vieux démons sur l’échiquier. Comme le « Toiletgate » de 2006, lorsque le champion Vladimir Kramnik, dont les séjours « étranges, sinon suspects » aux toilettes avaient interrogé l’équipe du challenger Veselin Topalov et suscité des accusations de tricherie. Mais là encore, aucune preuve formelle n’avait pu être établie, même par l’expert Kenneth Regan.

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