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Le magnat des médias Rupert Murdoch passe la main mais promet de rester "actif"

Le magnat des médias Rupert Murdoch, le 10 septembre 2017 à New York (Jewel SAMAD)
Le magnat des médias Rupert Murdoch, le 10 septembre 2017 à New York (Jewel SAMAD)

L'influent et redouté magnat des médias Rupert Murdoch a promis mercredi de rester "actif", en passant la main à son fils Lachlan à la tête de son empire, sur fond d'interrogations sur la ligne de sa chaîne Fox News pour la prochaine présidentielle américaine.

C'est une page de l'histoire des médias qui se tourne: après des décennies à la tête d'un groupe présent sur trois continents, marquées par les controverses et son influence sur la vie politique britannique, américaine et australienne, Rupert Murdoch, 92 ans, est officiellement devenu mercredi "président émérite" de News Corp, lors d'une assemblée générale des actionnaires diffusée en ligne.

Comme annoncé le 21 septembre, il passe le relais à l'aîné de ses fils, Lachlan, 52 ans, réputé plus proche de la ligne conservatrice du père que son frère James et ses soeurs Prudence et Elisabeth, lesquels ont pris leurs distances ces dernières années avec l'empire familial.

Rupert Murdoch transmettra le flambeau de deux entités à Lachlan.

D'une part News Corp, présent dans l'édition avec HarperCollins et dans les médias aux Etats-Unis (The Wall Street Journal, Dow Jones, New York Post), au Royaume-Uni (The Sun, The Times) et en Australie (The Australian), et qui pèse près de dix milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2023.

Et d'autre part Fox Corporation, maison mère de Fox News, la chaîne d'information aux avant-postes des batailles idéologiques des conservateurs américains, dont l'assemblée des actionnaires est prévue vendredi.

- "Anathèmes" -

Mais au bout de 70 ans de carrière, Rupert Murdoch a prévenu qu'il ne s'en irait pas tout à fait.

"J'espère continuer à jouer un rôle actif dans l'entreprise", a-t-il assuré.

Déjà, lors de l'annonce de la transition, il avait dit aux employés de Fox qu'il resterait "impliqué chaque jour dans le débat d'idées", regarderait ses chaînes avec "un oeil critique" et qu'on le verrait encore "au bureau tard le vendredi".

"Il ne fait aucun doute que nous devrions tous nous inquiéter de la suppression du débat par une élite intolérante qui considère les opinions divergentes comme des anathèmes", a insisté mercredi le nonagénaire, dont les médias ont été accusés de favoriser la montée des populismes dans les pays anglo-saxons, symbolisée par le Brexit au Royaume-Uni et l'ascension de Donald Trump jusqu'à la présidence des Etats-Unis en 2016.

La transition familiale intervient après une année de fortes turbulences pour Fox News, pointée du doigt pour avoir nourri la désinformation sur le Covid-19 et servi de mégaphone à la fausse thèse, chère à Donald Trump, d'une présidentielle truquée en 2020 au profit du démocrate Joe Biden.

A l'arrivée, la chaîne préférée des conservateurs américains a dû régler la somme faramineuse de 787,5 millions de dollars au fabricant de machines de vote électronique Dominion Voting Systems, au centre de cette fausse théorie, pour s'éviter un embarrassant procès en diffamation.

Dans la foulée, Fox News s'est séparée de son présentateur le plus virulent et le plus populaire Tucker Carlson, et a perdu des parts d'audience, tout en restant devant ses concurrentes CNN et MSNBC.

- Toujours Trump -

Les autres chroniqueurs des émissions de soirée de la chaîne, comme Laura Ingraham ou Sean Hannity, continuent d'adopter un ton très hostile à Joe Biden, et répètent, à l'instar de Donald Trump, que ses procès sont le résultat d'une justice instrumentalisée par les démocrates.

Mais l'ancien président a boudé tous les débats télévisés entre candidats de la primaire républicaine, dont les deux premiers organisés sur Fox News.

"Du point de vue du contenu et du ton, ils sont très similaires à ce qu'ils ont toujours été", juge Angelo Carusone, président de Media Matters for America, organisation de veille des médias qui penche à gauche et a fait de Fox News l'une de ses cibles favorites.

"Mais ils ne sont plus à la même place dans l'environnement médiatique et au sein du Parti républicain. Ils ne sont plus aussi puissants et sont beaucoup moins influents", assure-t-il auprès de l'AFP, pointant la montée du site Daily Wire du chroniqueur Ben Shapiro ou de la plateforme vidéo Rumble.

A l'image du Parti républicain, Fox News doit toujours compter avec Donald Trump comme leader incontesté du camp conservateur, selon des experts.

"Ils ont essayé de pousser d'autres candidats, mais ça n'a pas marché. Ils ont un peu privé Donald Trump d'oxygène et de temps d'antenne. Et pourtant, il continue de prospérer", ajoute Angelo Carusone.

arb/nr/ube