"Mafia des déchets": des milliers de tonnes "détournées" et des menaces de mort

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La balance de la Justice (illustration) - AFP
La balance de la Justice (illustration) - AFP

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Tout était bon, jusqu'aux menaces de mort, pour déverser en pleine nature ou chez des particuliers des centaines de milliers de tonnes de déblais de chantiers, parfois pollués au plomb ou à l'arsenic, a appris l'Agence France-Presse (AFP) ce lundi, au procès de "la mafia des déchets".

Les dix-sept prévenus, dans ce dossier examiné jusqu'à vendredi à Draguignan, encourent jusqu'à dix ans d'emprisonnement et un million d'euros d'amende pour diverses infractions pénales et atteintes à l'environnement. L'affaire fait suite à un retentissant coup de filet de juin 2020, lors d'une opération baptisée "Terres brûlées".

Les prévenus, dont sept entreprises, sont poursuivis pour abandon et gestion irrégulière de déchets en bande organisée, au titre du code de l'environnement. Mais aussi, sur le plan pénal, pour escroquerie en bande organisée, menaces de mort, de crime ou de délit, ou encore extorsions par violence, entre autres.

"Des centaines de milliers de tonnes de déchets"

"On a des centaines de milliers de tonnes de déchets qui sont détournées dans des filières illégales", a témoigné Sylvain Dutoit, inspecteur de la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) du Var, qui a lui-même constaté ces déversement de déchets.

Au total, 18 sites, dans le Var et les Alpes-Maritimes, ont reçu des terres dites "inertes" mais mêlées de briques, de bitume ou de plastique, voire de mercure ou de plomb, et sont irrémédiablement pollués.

Parmi eux, le château du Thouar, au Muy (Var), où les propriétaires avaient souhaité se faire livrer de la terre avant de planter des chênes truffiers. En guise de terre végétale, des dizaines de camions ont déversé des déchets de démolition contenant "de fortes teneurs en plomb et arsenic", a expliqué Sylvain Dutoit.

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Des appels d'offre pour évacuer des déblais de chantier

Les espaces pollués comptent également, selon la Fédération nationale de l'environnement (FNE), partie civile aux côtés notamment de la Fédération du BTP du Var, des zones Natura 2000 ou des espaces boisés classés, dont la Réserve naturelle nationale de la Plaine des Maures.

La méthode de "la mafia des déchets" était simple: proposer, via des petites annonces sur Le Bon Coin ou Facebook, la livraison gratuite de terre. Au lieu de deux ou trois camions, certains sites se transformant en "déballes" ont vu défiler des centaines de poids lourds déversant des déchets issus des chantiers de l'aéroport de Nice ou du futur site Pôle emploi de Cannes La Bocca.

Les entreprises répondaient à des appels d'offres pour évacuer ces déblais de chantiers en proposant des prix extrêmement concurrentiels. Au lieu de se conformer à la réglementation qui oblige à recycler, elles s'en débarrassaient sur des terrains privés, souvent à l'insu de leurs propriétaires. Voire sur des chemins forestiers, risquant de bloquer les véhicules des pompiers en cas d'incendie.

La localisation de ces "déballes" était ensuite communiquée à d'autres sociétés qui venaient vider leurs bennes contre rémunération.

Les problèmes réglés "à coup de fusil"

La "mafia des déchets" était très bien organisée. "Des écoutes téléphoniques ont mis au jour les relations entre les différents protagonistes et leurs méthodes parfois violentes", a souligné le tribunal.

Des propriétaires qui avaient protesté après avoir découvert le désastre ont ainsi été intimidés, voire victimes de menaces de mort: "Je leur ai demandé d'enlever la terre, ils m'ont menacé de m'enterrer dans le terrain", a témoigné l'un d'eux, en marge du procès.

Un autre propriétaire d'un terrain, sur lequel plus de 100 camions sont venus certains jours, s'est vu rétorquer par un des prévenus: "Vous ne connaissez pas notre milieu. Dans le BTP, nous réglons les problèmes à coups de fusil".

Certains des prévenus présentent des casiers judiciaire déjà épais, comme cet homme de 34 ans, poursuivi notamment pour "menace de mort" et déjà condamné à sept reprises

Article original publié sur BFMTV.com

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